Une stratégie altermondialiste


Depuis les années 1990, le mouvement altermondialiste s’est imposé comme une des principales forces de transformation du monde. Mais si la crise globale de la mondialisation capitaliste a largement confirmé ses analyses, beaucoup s’interrogent désormais sur les perspectives d’un mouvement dont certains pensent qu’il doit trouver un « nouveau souffle ».

Gustave Massiah montre à la fois les multiples facettes, souvent méconnues, d’une nébuleuse particulièrement dynamique et propose des axes stratégiques pour son développement. Pour lui, la crise économique mondiale ouverte en 2007 n’est pas seulement celle du néolibéralisme, mais aussi celle des fondements mêmes de la mondialisation capitaliste. Il montre comment la résistance « antisystémique » des altermondialistes débouche aujourd’hui sur une alternative concrète au néolibéralisme, celle de l’égalité d’accès pour tous aux droits fondamentaux. Il interroge les deux questions stratégiques majeures posées au mouvement : le rapport au pouvoir et au politique ; les bases sociales et les alliances de la transformation sociale, écologique, politique et culturelle. Et il insiste sur les opportunités ouvertes par la crise pour articuler pratiques alternatives et politiques publiques nationales, afin de permettre l’émergence de grandes régions solidaires et, demain, d’un nouveau système international.

Les douze hypothèses d’une stratégie altermondialiste

Pour mettre en évidence la cohérence et les questions controversées de la stratégie du mouvement altermondialiste, il est proposé de retenir douze hypothèses sur l’analyse de la situation actuelle et sur les projets de transformation mis en avant par le mouvement altermondialiste.

Première hypothèse : La situation est caractérisée par une crise globale. C’est en premier lieu une double crise emboîtée : celle du néolibéralisme et celle du capitalisme.

Deuxième hypothèse : La crise actuelle, qui se présente comme une crise financière, monétaire et économique, a des fondements beaucoup plus profonds. C’est une crise sociale, démocratique, géopolitique et écologique, et au total une crise de civilisation

Troisième hypothèse : Le mouvement altermondialiste est porteur d’une logique anti-systémique par rapport à la logique dominante.

Quatrième hypothèse : Le mouvement altermondialiste est un mouvement historique d’émancipation qui prolonge et renouvelle les mouvements historiques des périodes précédentes : les mouvements historiques de la décolonisation ; pour les libertés ; des luttes sociales ; de l’écologie.

Cinquième hypothèse : L’orientation stratégique du mouvement altermondialiste est celle de l’accès aux droits pour tous et de l’égalité des droits à l’échelle mondiale. Elle prend tout son sens avec l’impératif démocratique.

Sixième hypothèse : Le mouvement altermondialiste revendique la mise en œuvre des quatre générations de droits qui ont été générés par chacun des mouvements historiques : les droits civils et politiques ; les droits économiques, sociaux et culturels ; les droits des peuples ; les droits écologiques. Chaque période historique a repris à son compte, complété et renouvelé les droits formalisés dans les périodes historiques précédentes.

Septième hypothèse : Le mouvement altermondialiste, formé par la convergence des mouvements sociaux et citoyens, met en avant une culture politique fondée sur la diversité et l’horizontalité.

Huitième hypothèse : Les bases sociales de l’altermondialisme et ses alliances dépendent des enjeux de la période, des issues qui se présentent à la crise : le néo-conservatisme de guerre ; la refondation du capitalisme à travers le « green new deal » ; le dépassement du capitalisme.

Neuvième hypothèse : Le débat continue dans le forum sur plusieurs questions stratégiques, particulièrement sur les questions du pouvoir et du politique. Le pari est d’inventer de nouvelles formes de rapport entre la question sociale et les mouvements, et entre le politique et les institutions. L’impératif démocratique est au centre de cette réinvention.

Dixième hypothèse : La crise globale ouvre des opportunités pour le mouvement altermondialiste. Ces opportunités articulent, dans l’urgence, un programme d’améliorations immédiates, et dans la durée, un espace de transformation radicale.

Onzième hypothèse : Les analyses et les propositions discutées dans les Forums sociaux mondiaux ont été validées, depuis l’ouverture de la crise, dans la bataille des idées. Mais elles ne se sont pas imposées dans les politiques mises en œuvre. Le mouvement altermondialiste, à côté des recommandations immédiates, avance de nouvelles propositions qui articulent la sortie du néolibéralisme et le dépassement du capitalisme.

Douzième hypothèse : Le mouvement altermondialiste est engagé dans une réflexion globale, celle du renouvellement de la pensée de la transition, et dans la recherche de solutions politiques correspondant aux différentes situations. Il propose d’articuler les réponses en fonction du temps, l’urgence et la durée ; de l’espace, du local au global ; des formes d’intervention. Il mène de front les luttes et les résistances, l’élaboration intellectuelle, la revendication de politiques publiques visant à l’égalité des droits, les pratiques concrètes d’émancipation.

A propos de l’auteur : Gustave Massiah, économiste, ancien président du Crid et ancien vice-président d’Attac, est membre du conseil international du Forum social mondial.

Une stratÉgie altermondialiste
Collection : Cahiers libres – 324 pages - Janvier 2010

Mis à jour : mardi 27 mars 2012
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