"Un grand potentiel sur toutes les filières en PACA"

Interview d’Arno Foulon, animateur en région PACA de l’association Énergie Partagée depuis le 11 mars 2014.

Peux-tu nous situer tes missions dans le projet Énergie Partagée en PACA ?

Le but d’Énergie Partagée (EP) est d’accompagner, financer et fédérer les initiatives sur les territoires pour se réapproprier la production d’énergie. Concrètement, EP est là pour les accompagner et les financer afin de créer leur propre centrale de production d’énergies renouvelables. On parle bien de centrale de production, ce sont des projets collectifs d’une certaine envergure, ça ne concerne pas la toiture d’une maison individuelle par exemple.

Pour accompagner des porteurs de projet, il faut être proche d’eux. Ce n’est pas une mission qui peut se faire nationalement, de manière centralisée mais en région, en travaillant directement avec des acteurs locaux. La première région dans laquelle EP se lance, c’est PACA. Ce poste a vocation à ouvrir la voie à d’autres : Rhône Alpes, Île de France et Nord Pas de Calais sont déjà en réflexion. Il existe aussi un réseau en Bretagne qui est né à peu près en même temps qu’EP, avec une identité propre, et qui s’appelle le réseau Taranis et un réseau dans la région des Pays de la Loire qui s’est créé sur le même modèle.

Dans ce cadre, ma mission est l’accompagnement des porteurs de projet d’une part. Il s’agit de les orienter vers des ressources, des expertises grâce au réseau qu’on anime, leur fournir des outils, des formations, bien connaître leurs besoins pour les aider à les exprimer et orienter au mieux le projet pour, au final, les aider à faire le "tour de table" des investisseurs, c’est-à-dire aller trouver les différentes sources de financement de leur centrale de production. EP dispose d’un outil de financement qui ne suffit pas à lui seul mais qui a un effet de levier important pour les autres investisseurs, c’est le fonds d’investissement EP.

Mon autre mission consiste à faire la promotion du modèle citoyen de production d’énergie notamment auprès des élus et techniciens dans les collectivités afin qu’ils comprennent l’opportunité et la faisabilité des projets. Leur faire prendre conscience que les collectivités peuvent ne pas être spectatrices de la production d’énergie sur leur territoire, qu’elles ne sont pas réduites à voir des grands opérateurs monter des projets qui ne laisseront que quelques miettes pour la location d’un terrain ou d’une toiture. Les collectivités peuvent être actrices voire facilitatrices, voire même investisseurs dans ces projets-là.

Ensuite, j’ai également pour mission de sensibiliser les habitants, les citoyens sur le fait que ce sont des projets dans lesquels ils peuvent s’investir en termes de temps et de compétences mais aussi s’investir financièrement.

Enfin, toujours dans cette mission de sensibilisation, il y a aussi les développeurs, ces entreprises privées dont c’est le métier de développer et réaliser les projets d’énergies renouvelables sur les territoires, ce sont souvent des filières d’EDF, GDF etc.. C’est aussi mon rôle de travailler avec eux pour voir comment ils peuvent s’y retrouver à ouvrir leurs projets aux collectivités et aux citoyens.

Pour avoir fait de Provence Alpes Côte d’Azur un territoire pilote ?

En PACA, on retrouve des acteurs volontaires, à commencer par le conseil régional. Dans son Schéma régional du climat, de l’air et de l’énergie (SRCAE), le conseil régional a intégré un plan d’action où l’on retrouve en bonne place l’expérimentation de formes innovantes pour associer les habitants à la production d’énergies sur leur territoire. Ils ont également des objectifs ambitieux en termes d’énergies renouvelables. Ambitieux mais réalistes parce qu’il y a beaucoup de ressources en région PACA. C’est la deuxième raison pour laquelle on a choisi cette région, le grand potentiel sur les différentes filières : solaire, éolien, hydroélectricité, bois, géothermie... et nous savons que l’avenir de la région passera par une diversification de la production de l’énergie.

En terme de géographie, c’est également un territoire intéressant : on y trouve globalement trois grands espaces avec la vallée du Rhône, le littoral et les zones d’arrière pays montagneux. Trois zones avec des climats différents, trois terroirs énergétiques qui ont trois sociologies différentes, le littoral étant très urbanisé et les deux autres zones vivant un étalement urbain plus diffus. Ces sociologies posent deux questions qui nous intéressent : le vivre ensemble de ces habitants, qu’ils soient natifs ou qu’ils viennent d’arriver, et la question de la dépendance de certaines zones (rurales ou non) vis à vis de locomotives économiques dans une logique de métropolisation à l’œuvre actuellement dans notre région.

Nous pensons que les projets citoyens d’énergies renouvelables sont aussi des projets économiques de développement local qui peuvent intéresser de nombreux Pays, territoires, notamment ruraux, pour gagner en résilience, en autonomie par rapport à des centres métropolitains.

Ensuite, il y a les acteurs en présence. La région dispose de nombreux professionnels des énergies renouvelables comme le Geres, Enercoop PACA, Energ’éthique 04, FNE PACA, Attitudes Solidaires... sans parler des acteurs territoriaux comme les Parc Naturels Régionaux, les Pays ruraux... tous ces ingrédients ont poussé Energie Partagée à demander des subventions au CR pour l’expérimentation.

La dynamique citoyenne autour des questions d’énergie ne se décrète pas. Comme agit-on pour la provoquer ?

Il n’y a pas de recette magique. Ce serait complètement paradoxal d’avoir une recette alors qu’on parle d’une réappropriation citoyenne des outils de production d’énergie. Ce n’est pas un opérateur extérieur qui pourrait dire comment il faut faire, ce serait complètement technocratique et prétentieux.

En revanche, le fait qu’EP soit un réseau permet d’avoir des retours d’expérience de projets qui sont mené partout en France. Aujourd’hui, il y en a une quinzaine et cela permet de partager cette expérience, de voir quels sont les besoins, les écueils, les atouts, les bons ingrédients pour qu’un projet fonctionne. Ça nous permet d’apporter un conseil dans notre accompagnement mais nous n’apportons pas de recette miracle parce qu’une dynamique coopérative, participative, citoyenne autour d’un projet concret est à 100 % liée au contexte local. Par conséquent, il n’y pas une manière de faire un projet citoyen, il y autant de manières qu’il y a de territoires et de contextes locaux. Tout dépend de l’histoire du territoire, de son expérience... Peut-être a-t-il déjà eu un projet d’énergie renouvelable qui a essayé de s’implanter et qui a reçu une opposition locale. Ça peut être le cas avec un projet éolien mené par un gros opérateur qui aurait fait les choses violemment. Si des citoyens veulent mener un projet sur ce même territoire, il faudra tenir compte de cette histoire.

Inversement, sur un territoire qui aurait déjà réussi à sortir d’une désindustrialisation en retrouvant des formes coopératives de production de textile, comme c’est le cas dans le nord par exemple, la dynamique sera toute autre et la manière de mener le projet aussi. Il y a des contextes ou ça va partir d’une collectivité avec des élus moteurs qui vont être exigeants avec les développeurs, et faire un appel aux citoyens pour mettre en place des panneaux photovoltaïque sur les toits des équipements publics. Ce sera aussi une dynamique complètement différente de l’initiative concrète de deux agriculteurs et d’un sculpteur qui, au bout de dix ans, auront réussi à réunir plus de 800 citoyens autour d’un projet en Bretagne avec 4 éoliennes, 8 MW de puissance, 18 millions d’euros d’investissements sans aucune implication d’un opérateur privé.

Les projets sont à l’image des contextes locaux, de leur histoire, des acteurs aux manœuvres et nous venons apporter un conseil. On a créé un guide méthodologique avec les grandes phases pour avoir de la méthode quand on construit des outils économiques et financiers, construire un business plan pour aller voir les banques gagner en crédibilité par exemple. On crée des outils de communication, des méthodes d’animation de réunions ou nous-même on vient parfois animer des réunions publiques de concertation. De plus, on a tout un réseau et des listes de discussion où les porteurs de projet peuvent se poser des questions concrètes. Par exemple, sur des problèmes d’assurance pour des toitures photovoltaïques, l’expérience d’un projet en Champagne Ardenne a récemment répondu aux interrogations d’un projet parisien. Tout devient beaucoup plus facile que lorsqu’on est tout seul dans son coin.

Ton poste est logé au sein de la Ruche à Marseille, juste à côté des bureaux d’Enercoop Paca, comment articulez-vous vos missions ?

Avec Enercoop Paca, on partage nos bureaux, notre quotidien. Par conséquent on partage de l’information sur un rythme accéléré pour faire face à toutes les questions un peu compliquées autour de l’évolution réglementaire et politique, ce qui change sur les territoires etc... On met en commun notre connaissance du territoire.

Ensuite, Enercoop Paca va être un acteur incontournable des projets citoyens. il vont avoir beaucoup d’expertise pour en accompagner et ils font partie des fondateurs du réseau EP en PACA avec le Geres et Energ’éthique 04. On est naturellement très lié et c’est très riche de travailler dans les même locaux. Par exemple, ils ont fait une étude sur les freins au développement de la filière éolienne en PACA et, à partir de cette étude, on travaille ensemble pour voir comment agir sur ces freins. Ensemble, nous travaillons également sur des modèles économique d’autoconsommation d’électricité sur des installations photovoltaïques sur des grandes toitures de coopératives agricoles par exemple.

On met en commun nos questionnements, nos réflexions. On coordonne également notre présence sur les événements. In fine, notre but est que les projets citoyens qu’on accompagne et qui sortent, produisent de l’énergie vendue à Enercoop et ainsi lui permettre de continuer à avoir de plus en plus de clients qui souscrivent à leur offre 100 % renouvelable.

D’un point de vue plus personnel, qu’est-ce qui te motive dans le projet d’Énergie Partagée ?

Contrairement au nucléaire, au pétrole, au gaz, les projets de production d’énergies renouvelables, quand bien même ils sont de grande envergure, sont tout a fait concevables par des citoyens pour peu qu’ils se mettent ensemble et qu’une intelligence collective émerge de ce rassemblement.

Ce sont des projets qui rendent fiers ceux qui s’y impliquent, ils créent du bonheur. Quand les gens voient le compteur tourner après un long investissement personnel, il y a une grande satisfaction au-delà du plaisir d’avoir construit ensemble, d’avoir vécu une expérience associative riche de sens.

Plus d’infos :
Arno Foulon
Animateur en région Provence-Alpes-Côte d’Azur
Énergie Partagée Association
28 bvd national 13001 Marseille
arno.foulon@energie-partagee.org

Mis à jour : jeudi 12 juin 2014
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