Par Alaric Stephan

Un Système de Garantie Participatif : le cas d’Alliance Provence


Depuis la création de la première AMAP [1] dans le Var en 2001, ce nouveau partenariat qui lie un paysan à un groupe de consommateurs a suscité un formidable engouement, puisque notre région compte aujourd’hui plus de 150 AMAP. En 2003, Alliance Provence et ses membres rédigent la Charte des AMAP, avec l´objectif d´avoir un outil de référence qui pose les fondements éthiques et les valeurs de ce nouveau concept.

Afin de s´assurer que chaque nouvelle AMAP créée se réfère à ces valeurs, le terme AMAP et sa Charte sont alors déposés à l´Institut National de la Propriété Intellectuelle. Alliance Provence doit alors assumer un nouveau rôle : celui de garantir l´éthique des AMAP et le respect de la Charte qui s´y réfère. Mais Alliance est très vite confrontée aux conséquences de cette forte croissance : création d’AMAP tous azimuts, multiplication du nombre de producteurs partenaires, difficultés à faire appliquer la Charte du réseau... Dès 2006, la question de la garantie de l’éthique est donc au coeur des débats de l’association. Une AMAP étant une association régie par un contrat d’ordre privé passé entre un producteur et des consommateurs, Alliance Provence décide donc légitimement de s’appuyer sur les AMAP elles-mêmes pour lancer un chantier novateur pour garantir le respect de la Charte et l’éthique du mouvement.

Suite à des rencontres avec Nature et Progrès, mouvement d’agriculture biologique, et l’ADEAR du Var, association de développement agricole, Alliance opte pour la mise en place à l’échelle de son réseau d’un mode de garantie participatif avec pour objectifs de :

  • Assurer une meilleure connaissance des AMAP ;
  • Recenser les difficultés des producteurs et des groupes de consommateurs pour leur proposer un accompagnement adéquat (médiation en cas de conflits, réalisation de supports de communication, organisation de formations techniques...) ;
  • Garantir l’application de la Charte.

Pour l’aider à mettre en place ce chantier, Alliance Provence sollicite l’ADEAR du Var fin 2007 du fait de son expérience en matière de diagnostic en agriculture paysanne, avec un soutien technique de Nature et Progrès, déjà à l’origine d’un SGP [2] pour assurer le respect de son cahier des charges d’agriculture biologique. En effet, dans les années 70, Nature et Progrès décide d’attribuer sa mention de façon interne, sur la base d’un contrat de confiance, en s’appuyant sur des Commissions Mixtes d’Agrément et de Contrôle (COMAC). La mention est ensuite délivrée sur avis de la COMAC, par le service professionnel (voir schéma 1).

Ces procédures vont largement inspirer Alliance Provence dans la construction de son SGP. La collaboration avec l’ADEAR débouche ainsi sur la mise en place d’un dispositif propre à Alliance Provence (voir schéma 2). Le logiciel de diagnostic utilisé par les ADEAR pour évaluer les pratiques des paysans engagés dans la démarche d’agriculture paysanne va aussi servir de base pour créer des grilles d’évaluation, puis des questionnaires utilisables lors des enquêtes auprès des paysans et des consommateurs en AMAP.

Tout un travail d’expérimentation est ensuite conduit afin de faire évoluer les questionnaires et former les volontaires sur la conduite des enquêtes. Cet outil pourrait donc se révéler particulièrement intéressant pour faire un état des lieux de ce qui se passe aujourd’hui dans les AMAP de la région.

L’une des valeurs fortes de l’agriculture paysanne, mais aussi de la démarche de Nature et Progrès, est l’idée que chaque acteur reconnaisse ses marges de progression, voire nécessaires. Ainsi, l’enquête du producteur et du groupe de consomm’acteurs peut déboucher sur un contrat d’objectifs qui concrétise l’idée de « démarche progrès », élément fondamental de ce système. Encore une fois, l’essentiel étant d’avoir une démarche précise et claire pour tous, et reconnue et acceptée par un maximum d’acteurs, aussi bien producteurs que consommateurs.

Certes, la mise en place de cette certification participative est un chantier lourd, mais d’autres structures régionales fédérant des AMAP ont rejoint cette démarche (Rhône-Alpes et Ile de France notamment) et participent aux réflexions. Bien que les AMAP soient avant tout une aventure humaine et qu’elles aient toute une histoire distincte, cet outil participatif a réellement pour ambition d’améliorer les relations au sein des AMAP, d’anticiper les moments difficiles et de pérenniser ce système dans le temps. La sensibilisation des différents acteurs aux valeurs portées par le système AMAP et à la démarche d’agriculture paysanne sera donc bien un facteur déterminant de réussite.

Contacts :

  • ADEAR du Var
    Place des Trois Moulins
    83170 Brignoles
    04 94 59 92 89 ou 06 30 60 97 14
  • Alliance Provence
    17 rue Daniel Melchior
    83000 Toulon
    04 94 98 80 00

[1] AMAP : Association de Maintien de l’Agriculture Paysanne. Dans ce système, le producteur s’engage à fournir chaque semaine un panier de ses produits à un groupe de consommateurs qui lui pré-achètent la récolte. Lancées au départ sur des légumes, les AMAP comptent aujourd’hui des fromages, de la viande, des oeufs, des fruits, du miel, du pain , etc. issus de productions de proximité et de saison.

[2] SGP : Système de Garantie Participatif. Ce sont les adhérents qui attribuent eux-mêmes la marque de qualité en interne.

Mis à jour : mercredi 13 avril 2011
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