Par Christian Araud

Transition et décroissance

Christian Araud est auteur de "Préludes à la Transition" et "La décroissance ou le chaos" parus en 2012. En préambule au dossier de la Dynamo, il nous livre ici sa définition de la Transition.

Parmi ceux qui s’intéressent à l’environnement et à son évolution, l’accord est à peu près unanime : inquiétudes sur les conséquences du changement climatique et du pic pétrolier, sur la baisse alarmante de la biodiversité, et sur bien d’autres sujets. Si l’inquiétude est générale, elle se dissipe souvent, mais selon deux voies bien différentes.

Les uns, la majorité, pensent que l’humanité en a vu d’autres et saura bien grâce à la Techno-Science, nous tirer d’affaire. Les autres, la minorité, pensent à la nécessité d’une certaine décroissance de la production matérielle. Une minorité de la minorité est plus exigeante : elle souhaite une décroissance généralisée qui seule nous sauverait du désastre. On parlera volontiers de « frugalité heureuse » ou de « abondance frugale » pour reprendre des expressions chères à Serge Latouche ou Pierre Rabhi. On remettra l’économie à sa place dans la société : utile, mais seconde. Les grands principes directeurs dans la société décroissante seraient plutôt liés à la qualité des liens sociaux qu’à la quantité des biens matériels. Les choix de vie, et les débats qu’ils peuvent susciter, seraient plus importants que les techniques pour faire marcher la machine à produire du matériel.

L’éparpillement se poursuit quand il s’agit de donner un peu de chair au squelette de la décroissance et surtout à la façon d’y arriver concrètement, si c’est possible. Ce chemin, c’est la transition. Mais laquelle ?

Dans de nombreux esprits, « transition » est complété par « énergétique » comme si l’on trouvait une réponse globale aux inquiétudes évoquées plus haut. Les médias dominants remplacent dans le discours public le « développement durable », déjà bien usé, par une neutralisation du terme de transition qui ouvre à beaucoup de choses très différentes et qui est potentiellement subversif pour l’établissement.

La transition dont on parlera ici, est d’abord une attitude pragmatique. Nous nous intéressons fondamentalement à la transition vers une situation viable dans la toute petite partie du monde où nous sommes implanté. L’initiative ne viendra pas des pouvoirs constitués qui nous ont mené à l’impasse, mais des citoyens qui conduisent déjà un certain nombre d’activités qui vont dans le sens de cette fameuse transition désirée.

Les vrais acteurs de la Transition, ce sont les mangeurs qui s’associent avec des maraîchers dans les AMAP, ce sont les consommateurs, plus acteurs que consuméristes, qui soutiennent les épiceries bio ou équitable, ce sont les petits épargnants qui soutiennent des projets éthiques, ce sont les utilisateurs d’électricité d’origine renouvelable, etc, etc.

La Transition ne prend sa véritable dimension que quand elle se territorialise. Alors, les activités se fécondent mutuellement sur un territoire donné et les citoyens reconquièrent un véritable pouvoir : celui de faire des choses. La création d’un collectif national pour la transition citoyenne au rassemblement de Cluny en mai 2013 est un pas décisif dans cette direction.

Le pas suivant est ici et maintenant.

Mis à jour : jeudi 24 octobre 2013
La dynamo

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