Juillet 2010

Trafiksound

Un circuit court culturel pour faire éclater la bulle spéculative et mercantile.

Christian Clerc, rédacteur en chef de Trafiksound Christian Clerc, rédacteur en chef de Trafiksound

À l’heure des grandes réformes de l’État - entendre : destruction du compromis social d’après guerre ayant permis, entre autres, de développer un service public culturel - tous les dangers planent sur la culture. Exception faite de quelques grosses scènes nationales, que le Ministère de la culture continuera de subventionner, les autres, les plus nombreux, les acteurs culturels du territoire, ceux qui vont toucher le public qui ne fréquente pas les grosses scènes nationales, ont du souci à se faire.

Entre la fin du service public culturel et les dérives de la culture-marchandise, les acteurs locaux culturels peuvent-ils inventer d’autres modèles pour se développer et survivre ?

C’est l’ambition, grande mais nécessaire, de Trafiksound, portée à bout de bras par Christian Clerc, son rédacteur en chef.

Trafiksound n°1 Trafiksound n°1

Dans la grande marmite des médias, que sont internet et les réseaux sociaux tels que Myspace et Facebook, il est important de faire ressortir le meilleur des artistes, des labels, des festivals, émergents et confirmés, en voie de professionnalisation. Les technologies de l’information ont démocratiser les outils de production musicales à un point que ladite production a explosé ces dernières années. Pour suivre ce qui se produit et être capable d’évaluer ce qui peut toucher un public, il faut être rodée à la production musicale.

D’abord un journal musical

De premier abord Trafiksound est un journal musical qu’on pourrait trouver en kiosque. Les vingt-quatre pages imprimées en couleur, les photos, la mise en page, les titrages le classe clairement du côté de la presse musicale professionnelle.
C’est plus du côté du choix des sujets et du modèle de diffusion qu’on saisira la singularité de ce journal.

Ici rien sur la musique "people", pas d’incartades dans le monde moisi de la jet-set musicale, pas de complaisance avec le marketing musical et les grosses productions. Seul critère retenu : la qualité musicale et l’authenticité des productions, petits et gros groupes confondus.

En couverture du premier numéro on retrouve une superbe photo de Calvin Russell, ce guitariste de blues, écorché vif, refractaire au modèle américain, avec sa gueule à faire peur la nuit, sa veste classieuse et sa Fender Monza. Une image claire-obscure de ce personnage mi-ange mi-démon qui symbolise bien tout l’ambivalence des musiques actuelles .
Au sommaire on retrouvera quelques pointures, Dr Feelgood, Vieux farka Touré - fils de son père Ali Farka Touré, le jazzman mailien -, Iggy Pop ou le Ministère des Affaires Populaires ou encore Marcel et son orchestre ; mais aussi des productions plus locales comme Gigi de Nissa de Nice comme son nom l’indique.

Trafiksound s’adresse à un lectorat féru de découvertes, toutes esthétiques musicales confondues. Il s’adresse aussi aux professionnels du secteur, soucieux de tester de nouveaux modèles économiques dans l’industrie du disque, de l’édition musicale et de l’événementiel.

Mutualiser pour survivre : le modèle des diffuseurs-diffusés

Un groupe qui veut survivre et se développer doit sortir de la confidentialité. C’est la gageure de chaque groupe que de développer une double activité : composer, jouer et produire ce que l’on joue.
Pour la majorité des petits groupes on se situe dans l’autoproduction.

La communication est un passage obligé pour qui veut toucher un public. Et quand on rejette le monde de la publicité et ses valeurs mercantiles, comment communiquer efficacement sans trahir ses valeurs ? C’est à ce besoin que Trafiksound veut proposer un outil.

Le principe est simple : un artiste, un groupe ou une association qui signe la charte et une convention avec Trafiksound peut annoncer, sous forme d’encart dans le journal, une sortie d’album, une date de concert, un festival... Cet encart peut aller d’un quart de page à une page complète.

Le groupe, l’artiste ou l’association dispose ainsi d’un support professionnel à diffuser autour de lui, pour un coût raisonnable : 80 centimes d’euros l’exemplaire, moins qu’une photocopie couleur ! Un paquet de 50 exemplaire revient à 40€.

Un média culturel participatif

Plus le nombre d’artistes participant au système Trafiksound sera grand, plus la diffusion sera grande et l’impact de la communication réel. En additionnant les salles de concerts, les équipements culturels, les associations de développement du territoire, on peut obtenir un réseau de diffusion important.
Et en même temps ceux qui diffusent sont aussi ceux qui annoncent leurs événements.

Au delà des encarts publicitaires, Christian peut faire des interviews ou des reportages selon l’intérêt du journal.
Les adhérents au système Trafiksound peuvent eux-mêmes écrire dans le journal et bénéficier par exemple d’accréditations pour des festivals.

Un circuit court pour faire éclater la bulle spéculative et mercantile

Pour ne pas subir l’uniformisation de la culture et "faire éclater la bulle spéculative et mercantile", Trafiksound veut développer un circuit court musical : faire connaitre ce qui se produit dans la région Paca et supprimer au maximum les intermédiaires entre les artistes et le public.

En projetant le modèle pensé par Christian on retrouve un outil de soutien à la diversité de la création musicale, un outil partagé pour améliorer la visibilité de la production indépendante, un circuit court, un modèle économique de l’économie solidaire. Pas mal non ?

Mis à jour : jeudi 22 juillet 2010
La dynamo

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