Novembre 2010

Suppression d’Envie d’Agir : une faille importante dans les missions éducatives d’Etat auprès des jeunes


Responsable technique et pédagogique des programmes Envie d’Agir et Défi Jeunes, au titre du Ministère de la Jeunesse et des Sports, pendant une grande partie de la décennie 2000–2010, sur le département des Bouches du Rhône, Bernard Poyet a suivi les quelques 500 porteurs de projet qui ont grandi dans le cadre de ce dispositif.

Nous publions ici son témoignage.

«  La richesse d’Envie d’Agir, c’était sa pédagogie ancrée dans une trame institutionnelle, à savoir un passage obligé dans un espace–temps organisé offert au jeune.

Ses atouts étaient forts : Prise de distance avec son idée-projet d’origine, par l’examen de toutes ses composantes avec des acteurs d’accompagnements, miroirs exigeant des réalités possibles de leur projet.

Peu de concepts savant comme « étude de faisabilité » (sauf pour quelques créations d’entreprise) mais beaucoup d’investissements, individuels et collectifs, permettant, au terme de plusieurs mois de travail, la validation de son projet et de son financement par un jury pluridisciplinaire.

L’État, que je représentais, en sus de sa traditionnelle mission de service instructeur et financeur, était, innovation forte, l’homme orchestre de ces acteurs d’accompagnement et garant de l’émancipation lente de ces jeunes qui dans cette confrontation au regard critique des autres, grandissaient en même temps que grandissait la viabilité de leur projet.

L’Etat posant un acte éducatif, hors le milieu scolaire, en s’appuyant sur le secteur associatif le plus professionnalisé, donnait un sens à une mission qui avait cette dimension d’éducation populaire qui intégrait des liens nécessaires de solidarité avec autrui. Les critères d’utilité sociale, d’impact local, avaient une place importante dans l’évaluation de ces projets et représentait une valeur structurante pour les jeunes dans cette société, à l’opposé de la valeur travestie du « gagner plus » que porte trop souvent notre actualité.

Parmi les projets, prenaient place aussi bien des premières créations culturelle, technique ou scientifique, des projets de solidarités internationales, comme des projets de création d’activité pouvant porter parfois un, des petits salaires. Les projets alternatifs, les expérimentations y trouvaient leur place.

Le gouvernement d’aujourd’hui en supprimant ce programme, prend le risque de déstabiliser définitivement les réseaux partenariaux associatifs construits pendant des années pour le soutien et l’accompagnement des jeunes dans leur projet. On s’attendait à une coupe déjà sévère pouvant aller de 25 à 50 % de son financement – le budget total du programme n’était pourtant que de 3,6 millions d’euros - mais la brutalité de sa disparition totale surprend !

Ce n’est plus une simple économie budgétaire, c’est une volonté politique qui éradique, pour faire à la place, du tout « service civique », où l’initiative des jeunes, le réseau associatif d’entraide collectif et la qualité de l’accompagnement sont rayés d’un trait de plume. Des témoignages d’ « anciens » porteurs de projet nous arrivent de plus en plus pour attester de la richesse de cette expérience, et la nécessité d’en faire encore profiter d’autres.  »

Bernard Poyet,
Ancien Conseiller d’éducation populaire et de jeunesse
Nouvel administrateur de l’Apeas

Mis à jour : jeudi 4 novembre 2010
La dynamo

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