L’hortithérapie

Soigner en prenant soin

Sébastien Gueret est technicien du paysage et formateur. Également président de l’association Réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens (RJSM), il anime depuis plusieurs années avec passion des activités d’hortithérapie dont il se fait ici le porte parole.

Qu’est-ce que l’hortithérapie ?
La définition que je propose est la suivante : l’intégration des activités horticoles dans un processus de soin, d’éducation, de lutte contre la maladie ou l’exclusion, comme activité ergo-socio-thérapeutique. Au-delà d’une vision thérapeutique, c’est avant tout un moyen de se retrouver en harmonie avec son entourage au sens large. Je n’ai pas la prétention d’être un thérapeute mais je mets l’activité au service du soignant et nous la co-construisons selon les objectifs à atteindre. Ensuite, le principal atout de notre activité, c’est le sens qu’elle porte. Aujourd’hui, se retrouver à cultiver quelque part un morceau de la planète, ça a du sens en soi. Ça devient un acte de résistance et c’est ainsi qu’il faut percevoir l’hortithérapie. Comme un moyen de lutter contre la maladie, le vieillissement, le stress mais aussi contre les maux qui menacent la planète tout entière...

Faire oublier au malade sa condition l’espace d’un instant ?
Non, pas faire oublier mais faire accepter, la rendre moins pénible. Tout comme la mort. Le jardinage permet d’observer le cycle des plantes, la graine pousse, devient une fleur puis fane et meurt. Elle part au compost et redevient une matière qui contribuera à la croissance des autres plantes. En prenant soin des végétaux, on prend conscience de l’importance de prendre soin de soi et pendant qu’il jardine, l’assisté devient assistant, le soigné devient soignant. Les rôles s’inversent, ce qui est intéressant en terme d’estime de soi. Les personnes âgées par exemple savent beaucoup de choses sur le jardinage. Dans les ateliers intergénérationnels, elles deviennent sources du savoir qu’on met en pratique. Cela les valorise et elles, qui ont souvent perdu tout sentiment d’utilité dans la société, se retrouvent utiles pour le groupe et se réapproprient l’environnement dans le plaisir.

À quels types de public s’adresse l’hortithérapie ?
On peut fonctionner avec n’importe qui ! Il suffit d’être à l’écoute pour adapter ses pratiques. Avec les malades d’Alzheimer, ce qui est intéressant, c’est que la plupart des gens de ces générations ont déjà eu un contact dans leur vie avec le jardin. Avec les autistes, le jardin est un beau vecteur de communication. On connaît bien aujourd’hui les vertus de l’équithérapie (où le cheval est utilisé comme partenaire thérapeutique) mais on sait moins que les végétaux aussi peuvent aider à s’ouvrir sur le monde extérieur. Les personnes cérébro-lésées par exemple ont souvent vécu « normalement » avant, et le co-jardinage provoque des choses intéressantes avec elles. Avec les personnes aveugles également. Là, je vous renvoie à l’ouvrage de Christian Badot qui en parle parfaitement [1]. D’un point de vue éducatif, l’hortithérapie déplace la question du maître et de l’élève. Un psychanalyste qui a observé notre travail faisait remarquer qu’au jardin, c’est la nature qui détient le savoir. Nous ne sommes qu’un relais, nous ne faisons que transmettre, des passeurs en quelque sorte. Les règles sont celles de la nature, pas les nôtres.

Où en est la reconnaissance de l’hortithérapie en France ?
En France aujourd’hui, c’est le vide. Il n’existe pas de formation longue mais il devrait s’en ouvrir bientôt. En fait, il n’y a pas de diplôme parce que ce n’est pas un métier et ce n’est pas un métier parce qu’il n’y a pas de diplôme. Un paradoxe typiquement français... alors qu’aux Etats-Unis, pas moins de 11 universités proposent des diplômes d’hortithérapie. Aujourd’hui, quelques formations courtes sont accessibles comme celles que propose le RJSM et un peu partout, ça se développe. De là à une reconnaissance officielle... Elle ne se fera pas sans l’aval des médecins qui ont peu de curiosité pour la pratique alors que sur le terrain, les soignants s’accordent sur le fait que ça fonctionne. Au delà des querelles pour la reconnaissance, c’est inéluctable, tout le monde va revenir tôt ou tard au jardin et à l’allure où notre environnement se dégrade, mieux vaut tôt que tard ! Pour rappel, le végétal est le seul producteur d’oxygène et de matière organique sur la terre. Tous les autres êtres vivants sont des consommateurs. Notre survie en dépend.

Quelques conseils de lecture de Sébastien sur l’hortithérapie :

Anne RIBES
Toucher la terre, jardiner avec ceux qui souffrent
Éditions Médicis

Suzanne MENEZO
La Thérapie par l’horticulture en France et à l’étranger
Bordeaux, imp. Castera, 2000.

Christian BADOT
Jardintégration, un rêve devenu réalité (Le jardinage mis à la portée des non-voyants)
Les éditions de Nature et Progrès (Belgique)

Denis RICHARD
Quand jardiner soigne (initiation pratique aux jardins thérapeutique)
Delachaux et Nestlé

Jean-Luc CHAVANIS
Ces jardins qui nous aident
Le courrier du livre

En savoir plus :
Sébastien Guéret - Formavert
28, Traverse St Pons - 13012 Marseille
06 81 47 53 19
formavert@free.fr
www.formavert.com/

Mis à jour : mardi 16 avril 2013
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