Sandra Blondel

Situation du mal-logement en France


Depuis 1995, la Fondation Abbé Pierre publie tous les ans un rapport sur l’état du mal-logement en France. Cette année, c’est un véritable livre noir complété d’une campagne intitulée « Carton rouge au mal-logement » que l’antenne régionale Paca de la fondation a présenté le 8 mars 2011 au Parc Chanot. En effet, la fondation compte aujourd’hui 3,6 millions de personnes dans une situation aigüe de mal-logement et plus largement 10 millions de personnes concernées par la crise du logement en France.

Les situations de mal-logement recouvrent des réalités très diverses. La Fondation distingue plusieurs critères :

  • 1ère situation de mal-logement : l’absence de logement
  • 2ème situation de mal-logement : les difficultés d’accès au logement
  • 3ème situation de mal-logement : les mauvaises conditions d’habitat
  • 4ème situation de mal-logement : les difficultés de maintien dans le logement
  • 5ème situation de mal-logement : la mobilité difficile et « l’assignation à résidence »

En 2010, parmi les 3,6 millions de personnes souffrant d’une situation aiguë de mal-logement, on recense 685 000 personnes privées de domicile personnel et 133 000 personnes sans domicile (source Insee en France métropolitaine). Parmi les 685 000 personnes souffrant de l’absence de logement figurent également toutes celles qui ont recours à des formes d’habitat extrêmement précaires : baraques de chantier, logements en cours de reconstruction, locaux agricoles aménagés ... Parmi les 133 000 personnes sans domicile, on compte notamment 33 000 personnes qui dorment habituellement dans un lieu non prévu pour l’habitation (rue, abri de fortune) ou des centres d’hébergement d’urgence. Enfin, il faut aussi prendre en compte les 411 000 personnes hébergées chez un parent, des amis ou connaissances faute de solution de logement adaptée à leurs besoins.

Face à cette situation, la Fondation dénonce une inertie politique de plusieurs décennies et interpelle les pouvoirs publics afin qu’ils s’attaquent aux vrais causes et conséquences de la dégradation en cours. A juste titre, elle considère que le logement doit « être au coeur des priorités politiques actuelles et de celles de la campagne présidentielle de 2012 ».

Après 15 ans d’interpellation et de propositions, la Fondation ne peut que s’alarmer du fait que les problèmes d’accès et de maintien dans le logement figurent en tête dans la hiérarchie des préoccupations des ménages en France, alors que le budget qu’ils consacrent au logement constitue parallèlement leur premier poste de dépenses (au risque de voir ces charges devenir insoutenables).

Cependant, ne pouvant se résoudre au fatalisme, la Fondation appelle à la mobilisation générale avec le "Chantier pour une politique du logement" et lance quatre mots d’ordre et vingt chantiers pour sortir de la crise et inspirer une politique permettant d’agir en profondeur sur les causes de la pénurie et du mal-logement.

Premier mot d’ordre : « Produire / capter massivement et sans délais des logements car chacun doit pouvoir être logé dignement »

  • Chantier 1 : Mettre en place, avec l’appui d’une véritable « loi foncière », une stratégie qui permette localement de mobiliser les terrains constructibles à hauteur des besoins et à des prix compatibles avec les différents types de logements à produire.
  • Chantier 2 : Fixer un objectif national de production et lui faire correspondre des moyens et un cadre d’intervention stable en le réorientant vers la satisfaction des besoins sociaux en logement.
  • Chantier 3 : Mobiliser un maximum les logements disponibles et les réponses dans le parc existant.
  • Chantier 4 : Définir, aux plans national et local, la gouvernance qui permettrait d’atteindre l’objectif quantitatif fixé.
  • Chantier 5 : Redéfinir le modèle économique (industriel et financier) et administratif permettant de développer des modalités de production plus efficientes.

Deuxième mot d’ordre : « Maîtriser les prix et réguler les marchés, car le logement n’est pas un bien comme les autres »

  • Chantier 1 : Affirmer l’intérêt social et économique d’une véritable maîtrise des loyers
  • Chantier 2 : Redéfinir les conditions d’octroi des aides au logement afin qu’elles retrouvent leur pouvoir solvabilisateur
  • Chantier 3 : Prévenir la précarité énergétique
  • Chantier 4 : Produire moins cher sans perdre en qualité
  • Chantier 5 : Agir sur les acteurs de l’immobilier qui sont au coeur des mécanismes de formation des prix ( les secteur bancaire, les agences immobilières, les notaires, les administrateurs de biens ...)

Troisième mot d’ordre : « Construire une ville de qualité, équitable et durable : un impératif pour vivre ensemble »

  • Chantier 1 : Régir et réglementer la mixité / diversité
  • Chantier 2 : Favoriser une plus grande densité et limiter l’étalement urbain pour une politique de l’habitat durable
  • Chantier 3 : Mettre enfin en oeuvre un plan d’action ambitieux pour les banlieues
  • Chantier 4 : Mieux répartir les ressources fiscales et de solidarité entre territoires
  • Chantier 5 : Engager une politique urbaine globale et spécifique pour Paris Ile de France

Quatrième mot d’ordre : « Combattre et prévenir les facteurs d’exclusion et d’inégalités pour en finir avec le mal-logement »

  • Chantier 1 : Intervenir massivement sur tous les habitats dégradés ou en voie de l’être
  • Chantier 2 : Préserver le parc social existant en engageant un programme ambitieux de réhabilitation
  • Chantier 3 : Instaurer un dispositif de prévention des expulsions
  • Chantier 4 : Donner au secteur de l’hébergement comme à celui de l’urgence les moyens nécessaires pour remplir leurs missions
  • Chantier 5 : Mobiliser les ménages et les mettre en situation d’être acteurs dans le traitement de leurs difficultés

Contact :
Fondation Abbé Pierre - PACA : 16 Rue Loubon - 13003 Marseille
04 91 50 61 77 - agr-paca@fondation-abbe-pierre.fr

Mis à jour : mardi 22 mars 2011
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