Semailles

Des fleurs dans les paniers

Parmi les jardins d’insertion qui ont fleuri un peu partout ces dernières années, Semailles mène son petit bonhomme de chemin depuis 1997 à Avignon.

Devenu une référence matière d’insertion par les jardins, Semailles fait partie du réseau des jardins de Cocagne qui rassemble 120 jardins dans toute la France. Inscrite dans le champ de l’ESS, Semailles est une association qui n’a cessé de diversifier ses activités depuis 16 ans.

Au départ, il s’agissait d’exploiter un jardin maraîcher bio avec des personnes en insertion à travers des contrats de 6 à 12 mois. La production était alors distribuée sous la forme de paniers à un réseau d’adhérent-consommateurs, une formule qui reste le cœur d’activité de l’association mais qui, depuis, s’est ouverte à d’autres champs. En 2000, Semailles devient un acteur de l’éducation à l’environnement et au développement durable auprès des écoles, collèges, centres sociaux et associations de quartier en créant un jardin pédagogique jouxtant les autres jardins. En 2008, l’équipe se lance dans un pari audacieux : cultiver des fleurs bio, locales et solidaires qui seront confectionnées en bouquets et distribuées aux adhérents ainsi que dans d’autres réseaux. Et depuis 2011, Semailles exploite un verger appartenant au centre hospitalier de Montfavet. Autant d’activités qui ont permis à l’association de se structurer et de devenir un acteur incontournable de l’insertion dans le bassin d’emploi avignonnais.

Deux bonnes doses de pragmatisme pour une pincée d’utopie

Certains voient dans cette diversification un éparpillement, d’autres des effets d’opportunité, toujours est-il que Semailles avance et crée de l’activité. Aujourd’hui, ce sont près de 3 hectares exploités fournissant 320 paniers qui sont distribués chaque semaine dans 13 dépôts. Semailles, c’est également une quinzaine de permanents et 45 contrats en insertion, des méthodes dans l’accompagnement socio-professionnel reconnues et innovantes. L’association a tout d’une véritable entreprise où l’on parle de rentabilité de secteurs, d’objectifs de production, de projection de croissance. Semailles a par exemple créé en 2007 un club des entreprises partenaires. Question de pragmatisme pour la structure. Pragmatisme quand il s’agit de trouver des formations et débouchés aux personnes en insertion pour éviter de rester en vase clos. Pragmatisme également qui rend la course aux financements moins éreintante lorsqu’on a quelques mécènes sous le coude. Mais force est de constater que les 15 entreprises partenaires de Semailles n’embauchent pas à tour de bras et profitent de la belle image "responsable" que leur procure ce genre de convention.

Malgré ces interrogations légitimes, les jardins de Semailles restent un lieu d’innovation sociale et d’expérimentations. Le plus bel exemple est Fleurs de Cocagne.

Le pari de la fleur bio et locale

Plusieurs constats sont à l’origine de la création de Fleurs de Cocagne en 2008. Tout d’abord, le bilan écologique et social catastrophique de la production de fleurs coupées. Seulement 3 producteurs en France et des fleurs qui arrivent dans les vases au moment des fêtes après avoir fait le tour du monde pour quelques jours de vie. Ensuite, le fait qu’en terme d’insertion, il fallait trouver un secteur adapté à un public féminin.

C’est ainsi que Semailles a créé Fleurs de Cocagne. Après 4 ans d’exploitation, ce secteur occupe 12 salariés dont 60 à 70% sont des femmes. En 2012, 63 espèces de fleurs (180 variétés) étaient cultivées dont 13 variétés de rosiers. Afin de ne pas se frotter à la concurrence des acteurs du secteur, le choix a été fait de ne cultiver que des variétés de roses anciennes. La différence se fait également sur la composition des bouquets qui sont distribués sur la base de contrats d’abonnement. À ce jour, ce sont avant tout les professionnels qui jouent le jeu mais une quarantaine de particuliers ont souscrit un abonnement. Grâce à un partenariat avec le Festival In d’Avignon par exemple, Semailles embellit les théâtres pendant 3 semaines et propose des paniers composés de fruits et de fleurs.
Le secteur floriculture oblige également à une gestion très pointilleuse car saisonnière. Il faut pouvoir répondre à la demande en période de fête.

Investir le secteur de la fleur coupée en respectant des valeurs auxquelles l’association reste fidèle (agriculture biologique, solidaire et locale) n’était pas un pari aisé. 5 ans après avoir planté les premiers bulbes, il n’est pas question de revenir en arrière. Et Semailles d’essaimer puisqu’un jardin parisien devrait prochainement tenter l’expérience d’introduire des fleurs dans les paniers !

Mis à jour : mercredi 17 avril 2013
La dynamo

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