Résines : rendre l’éphémère durable

Faire utile et durable avec du futile éphémère, telle est la mission des petites mains du chantier ALINEAS porté par l’association Resines Esterel Azur. Ici, on réemploie des bâches pour en faire des sacs. Et un peu plus encore...

Festivals, communes, associations etc. produisent chaque année des tonnes de bâches et kakémonos pour leurs événements. Une forme de communication jugée nécessaire, utile quelques semaines tout au plus, mais qui laisse des traces durables sur l’environnement. En effet, aucun moyen de les recycler : bâches et kakémonos finissent enfouis ou incinérés.

Face à ce constat, l’association Resines Esterel Azur (qui porte depuis 2000 un chantier d’insertion autour de la récupération et la confection d’objets en bois pour l’environnement numérique) a lancé en 2010 une expérimentation à travers un chantier d’insertion en écomaroquinerie. Objectif : confectionner sacs, besaces et autres objets de maroquinerie à partir de bâches et kakémonos récupérés. Dominique Blanc, directrice de l’association précise "nous ne demandons pas aux salariés de traiter des déchets mais de travailler un matériau particulier". Quatre ans après ses débuts, l’atelier accueille 14 personnes en insertion, encadrées par une équipe compétente et créative dans deux appartements au cœur du village de Peymeinade (06).

Récupérer, anoblir, vendre

Tout commence par la récupération des bâches, qu’il faut transporter avant de les dérouler pour savoir quelles parties pourront être exploitées. Vient ensuite le nettoyage dans l’ancienne salle de bain d’un appartement avant la découpe, le façonnage et la couture. Outre les bâches, l’atelier a récupéré des sièges d’avion "pour anoblir nos productions avec du cuir" ajoute Dominique Blanc et noué un partenariat avec la plus grande casse automobile du département pour réutiliser entre autres les ceintures de sécurité comme lanières.
Reste ensuite à vendre la production. Aujourd’hui, le bouche à oreille fonctionne et des clients se déplacent jusqu’à l’atelier. Certains articles sont également en dépôt à l’office du tourisme de Mandelieu la Napoule, au Cannet, à la maison du commerce équitable de Mouans Sartoux mais la vitrine de l’atelier reste le site internet (www.biogeek.fr) à partir duquel il est possible de passer commande. Des débouchés divers mais pas toujours suffisants. C’est ainsi qu’un projet de boutique à Grasse est en passe de se réaliser avec un collectif d’initiatives de l’ESS et l’appui de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse (CAPG).

Créativité et partenariats

Sacs, besaces, tabliers, poufs en patchwork, couvertures d’agenda, sacoches pour vélo, portes-chéquier, trousses... les idées ne manquent pas à l’atelier Alineas. Car l’activité, si elle répond évidemment à des besoins environnementaux (via la récupération) et sociaux (via l’insertion), est aussi très créative. La gamme évolue en permanence grâce aux idées apportées par les clients, l’encadrante technique (styliste-modéliste de formation), les salariés, les besoins du marché...

Depuis la phase d’expérimentation, l’atelier a parcouru beaucoup de chemin. Aujourd’hui, elle a noué de nombreux partenariats (festival de Cannes, d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence, de Jazz à Juan les Pins, les communes de Valbonne, Peymeinade...) et participe au recyclage de leurs bâches événementielles. L’atelier porte également un projet avec l’artiste Patrick Moya pour développer une filière "luxe".

Un projet avant tout solidaire

Autour de ce bouillonnement créatif et productif, l’association n’oublie pas que l’activité doit être au service de la réinsertion de personnes éloignées de l’emploi. Outre "l’effet immédiat d’estime de soi et la fierté de produire quelque chose de beau" que constate Dominique Blanc chez les salariés, il y a un accompagnement socio-professionnel pensé pour placer le salarié dans un véritable parcours d’insertion. La mutualisation de postes structurels avec une association intermédiaire ou les ponts faits avec l’atelier bois sur Cannes (ils ont travaillé conjointement à la création de mobiliers de jardin) sont autant d’ouvertures qui offrent de sérieuses perspectives de réinsertion aux salariés de passage. À les écouter et voir leurs sourires malgré la concentration que réclame la couture, il ne fait pas de doute qu’il est bon de réapprendre à travailler à l’atelier Alineas. Le jour de notre visite, une partie de l’équipe s’est absentée pour un atelier code de la route dans le village. D’autres iront suivre un peu plus tard des cours de langues ou de petites formations plus spécifiques. Chez Résines, l’insertion ne s’arrête pas à la nature des contrats et aux aides qui en découlent, c’est un véritable engagement. Les valeurs restent centrales comme nous l’explique Dominique Blanc, "l’association fonctionne sur une idée collaborative plus que pyramidale. Quand on recrute, on cherche les valeurs avant même les compétences". Et bien que la situation financière de la structure soit fragile malgré une part d’autofinancement qui ne cesse d’augmenter, Mme Blanc tient à rappeler que, conformément aux textes en vigueur, "elle ne doit pas dépasser 30 % et être consacrée à l’amélioration des outils d’insertion".

En mettant l’humain au centre du projet, l’atelier Alineas donne à l’écodesign, très en vogue actuellement, toute la cohérence et la force solidaire qui lui manque bien souvent.

Plus d’infos :
Resines Esterel Azur
06 20 97 45 90
boutique@biogeek.fr
33 rue Léon Noël - 06400 Cannes

Mis à jour : vendredi 4 avril 2014
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