Cédric Lefèbvre

Réhabiliter son logement pour mieux se construire


Rencontre avec le Collectif hébergement varois (CHV)

Participation de Florence Rousseau, Directrice du CHV, Jean-Paul Péralès, éducateur technique et Naouel Bentali, locataire.

« J’étais dans une situation personnelle difficile, au RMI avec un enfant en bas âge, tout juste séparée. Avec 400€ par mois, impossible de trouver un logement dans le privé. Et sans logement impossible de construire sa vie et d’espérer trouver du travail. Heureusement j’ai rencontré le CHV qui m’a permis de débloquer la situation » Ce témoignage, c’est celui de Naouel, jeune femme à la voix émue, qui raconte comment elle s’est sortie d’une situation de détresse par un chantier de réhabilitation de son logement.

« Pour être bien socialement, on a besoin d’être bien chez soi, le logement c’est la base tout » affirme Florence Rousseau, directrice du CHV. Depuis quinze ans, cette association intervient dans la réhabilitation de logements dégradés « avec » les habitants concernés. « Avec » et non pas « pour », car la participation des locataires aux chantiers de rénovation est le fondement de la double démarche du CHV. D’abord être bien chez soi favorise une vie sociale équilibrée, nécessaire pour que les autres dimensions de la vie se réalisent : économique, éducative, sanitaire, spirituelle... Ensuite chacun est doté de compétences et de richesses qui peuvent se révéler si l’on crée les conditions adéquates.

Réinstaurer la confiance entre propriétaires et locataires

Les ménages pauvres, premières victimes du logement insalubre, pourraient être les premières victimes de la loi qui oblige les propriétaires à louer des appartements en bon état. Ce qui semble une provocation est pourtant une réalité selon florence Rousseau : « si l’on s’en tient à la loi, en réalité il n’y a pas assez de logements en bon état pour les locataires à bas revenus. Un appartement rénové change automatiquement de standing et échappe ainsi à ceux qui en ont le plus besoin. Sans compter que nombre de propriétaires possèdent un bien immobilier depuis longtemps, et n’ont pas toujours les moyens de le rénover. Pourtant rénover l’habitat insalubre est une nécessité. Pour développer l’offre de logement au bénéfice des personnes en situation de précarité, mieux vaut leur donner les moyens que d’imposer d’importants travaux aux propriétaires ».

C’est fort de ce constat que le CHV a mis au point un programme intéressant pour les propriétaires comme pour les locataires : les appartements dégradés peuvent être rénovés par les locataires eux-mêmes, avec l’appui d’une équipe technique et avec une participation financière du propriétaire. Le CHV mène en moyenne 55 chantiers de d’auto-réhabilitation par an. Une équipe de 4 techniciens travaille avec les familles sur les chantiers, un éducateur technique en assure la préparation et la coordination.

« Avant dans le bâtiment mon seul objectif était de livrer des chantiers à l’heure. Ici mon premier critère c’est la participation des familles dans le chantier »

Changer de regard

Avec un chantier d’auto-réhabilitation, le propriétaire change de regard sur son locataire et voit son bien rénové sans avoir à en acquitter le coût entier. Le locataire accède à un logement rénové selon ses goûts, auquel il n’aurait pas pu prétendre selon la loi du marché. Surtout, le locataire devient autonome en prenant en charge lui même la transformation de son quotidien et change le regard des autres sur lui autant que son propre regard.

« C’est une entente cordiale que nous essayons de mettre en place. La préparation du chantier compte autant que les travaux eux-mêmes » précise Jean-Claude Péralès, ancien chef de chantier dans le BTP, reconverti éducateur technique au CHV. « On fait un gros travail sur la dynamique familiale. Avant dans le bâtiment mon seul objectif était de livrer des chantiers à l’heure. Ici mon premier critère c’est la participation des familles dans le chantier, les enfants comme les parents ». Les familles qui entrent en contact avec le CHV n’ont souvent plus la capacité de dire ce qu’elles veulent pour améliorer leur quotidien. « Le ressort est parfois cassé, il faut le retendre lors des réunions de préparation ».

La reconstruction

Naouel Bentali témoigne : « je n’avais jamais bricolé. Le logement que m’avait proposé Alinea (Association pour le logement indépendant et autonome des jeunes) était très dégradé, inhabitable. Dans la situation d’urgence dans laquelle je me trouvais Alinea avait trouvé comme solution ce logement avec un projet de réhabilitation en partenariat avec le CHV. L’ouvrier du CHV m’a appris à reboucher et peindre un mur. Je me suis senti suivie, entourée tout au long du chantier, j’ai travaillé avec eux. Mon fils m’a vue travailler pour notre logement. J’étais très motivée, le chantier a duré un mois. À la fin je n’avais pas les moyens de remercier l’ouvrier de sa bonne humeur ! ».

Au CHV, la tradition c’est de faire venir le propriétaire à la fin des travaux pour constater l’amélioration du logement. Un appartement rénové par ses occupants, c’est souvent un gage de respect des lieux par les occupants petits et grands.

Le CHV mène aussi des chantiers dans des appartements déjà occupés. Pour Florence Rousseau « le déménagement n’est pas toujours une solution, quand on déménage on emporte ses problèmes avec soi. D’autant que des familles installées depuis longtemps dans un quartier ont des repères et une vie sociale. Ce qui compte dans la réhabilitation du logement c’est le processus par lequel les locataires se revalorisent, rèvèlent des compétences cachées, changent leur image pour eux-mêmes comme pour les autres ».

Contact :
Collectif hébergement varois
19 rue Paul Lendrin - 83000 Toulon
04 94 92 18 13

Mis à jour : mardi 22 mars 2011
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