Qu’est ce qu’on entend par économie alternative et solidaire ?


La Révolution Française de 1789 abolit les corps intermédiaires entre l’individu et l’Etat. La loi Le Chapelier de 1791 interdit les corporations, les confréries et tout type d’association. Perçue auparavant comme une menace pour les privilèges aristocratiques, l’association est désormais considérée comme une entrave à l’épanouissement de la liberté, en premier lieu celle d’entreprendre.

Durant le XIXème siècle, le capitalisme industriel prend son essor, prolétarise une grande partie de la population et engendre les premières crises économiques et révoltes ouvrières. Face à cette paupérisation, les classes populaires cherchent à répondre à leurs besoins que ce soit pour s’assurer contre la maladie à travers les caisses de secours (avant que la Sécurité sociale n’existe), accéder au crédit par le biais d’organismes de crédit coopératif, acheter des biens auprès de coopératives de consommation, ou s’organiser en groupements de producteurs, c’est ainsi que naît l’associationisme et que l’idée d’économie sociale apparaît. Le délit de coalition est supprimé en 1864, la Charte de la mutualité est adoptée en 1898 et surtout la liberté d’association est instituée en 1901.

Après la guerre 39-45, l’économie sociale regroupe trois grands secteurs d’activités : le secteur coopératif, mutualiste et associatif. Mais l’économie sociale ne constitue pas un tout homogène, tellement peuvent être différentes des entreprises comme le Crédit Agricole qui ne se distinguent guère des entreprises classiques, et des associations à but non lucratif. L’économie solidaire est issue de cette économie sociale dans les années 1970 - 80. L’économie solidaire a les mêmes racines que l’économie sociale et des convergences quand au projet politique.


Les activités d’économie solidaire se créent à partir d’initiatives associant les parties prenantes (usagers, travailleurs, volontaires, producteurs, consommateurs, habitants, collectivités locales), et rappelle à l’économie sociale qu’elle ne peut se contenter de situer sa spécificité par les statuts. Elle ne se construit pas à partir d’un modèle conceptuel mais sur la base d’initiatives concrétes et d’expérimentations, elle cherche à se développer à partir de constructions horizontales (réseau, échange, mutualisation) plutôt que sur des constructions verticales (fédération, regroupement par délégation de représentation). Ainsi elle expérimente d’autres modes d’organisation démocratiques et participatifs.

L’économie solidaire, ou économie plurielle, n’est pas une économie de réparation, elle renouvelle le débat public en matière économique et sociale. Apparus dans la mouvance de la contre-culture à la fin des années 60, les réseaux de l’économie solidaire sont à l’origine d’une myriade d’initiatives ayant pour finalité l’utilité sociale et la satisfaction de nouveaux besoins. L’économie solidaire combine la réciprocité, le marché, la redistribution dans un cadre légal fondé sur la liberté d’adhésion, la non lucrativité individuelle (excédents non redistribués par rémunération du capital apporté) et l’égalité en fonction des besoins réels : recherche d’une hybridation des ressources (marchande, non marchande, non monétaire).

C’est au début des années 1980 que naît l’économie alternative & solidaire, avec notamment l’apparition des premières Régies de quartier et de l’Agence de liaison pour le développement de l’économie alternative (Aldéa. Cette dernière détourne une loi de Giscard d’Estaing, dont l’objet était d’inciter les français à boursicauter, pour créer les Clubs d’investisseurs pour une gestion alternative et locale de l’épargne solidaire (CIGALES). La notion d’alternative est alors clairement positionnée comme volonté de vivre, travailler, consommer autrement, d’échapper à la massification, à l’uniformisation, à la standardisation des modèles dominants.

En 2000, l’économie solidaire est reconnue officiellement par la création d’un secrétariat d’Etat à l’économie solidaire, traduisant la volonté gouvernementale de lui donner une place entière dans l’économie et surtout de la développer.

L’économie solidaire est une notion qui propose d’autres manières de vivre l’économie. Que ce soit par leur forme (coopérative, mutuelle, ...) ou par leur objet social, ces structures sont dans une logique de développement durable et de citoyenneté économique. Elles ne visent pas le profit mais le développement des individus et de la collectivité. Elles poursuivent la réalisation d’objectifs à utilité sociale, résolument tournés vers les initiatives de développement local, de réinsertion et de lutte contre l’exclusion. Cohésion, solidarité, projet collectif, telles sont les valeurs de ce secteur en plein essor.

Soucieuses de l’environnement, du juste prix pratiqué dans les échanges, elles contribuent à remettre l’économie à sa place : au service de l’homme. L’économie capitaliste ne peut pas résoudre l’exclusion sociale et son productivisme se rélève dévastateur pour la planète. En effet, la pauvreté et la dégradation des ressources naturelles sont, à moyen terme, des causes imparables d’asphyxie de la croissance économique. Il s’agit de prendre en compte en amont les coûts sociaux, écologiques, de réparation, supportés d’habitude en aval par le sous-traitant et le contribuable.

L’économie solidaire prône une société avec marché plutôt qu’une société de marché et propose un mode différent de création d’autres richesses, productrices de sens, de liens, et d’équité.

L’économie solidaire ne peut plus être considérée aujourd’hui comme une économie à la marge : elle existe et fonctionne au quotidien. C’est une force de proposition alternative et concrète qui permet à chacun de retrouver sa place d’acteur au sein de la société. En terme de consommation (commerce équitable, réseau des Biocoops, AMAP), d’épargne (CIGALES, la Nef, Garrigue, ...) mais aussi d’échanges (SEL, RERS), chacun peut y trouver les moyens d’agir pour construire une société plus solidaire.

En résumé :

L’économie solidaire favorise la coexistence d’une pluralité de logiques :

- une logique économique
- une logique d’utilité sociale et/ou sociétale
- une logique territoriale

Les principes « acteurs » de l’action :

  • un projet de proximité : au service d’un territoire ...
  • un caractère participatif et collectif
  • une réciprocité et une hybridation des ressources
  • une finalité sociétale
  • une gouvernance démocratique et participative

Les champs par lequels elle peut se décliner

  • Entreprendre autrement
  • Financer autrement
  • Consommer autrement
  • Echanger et participer autrement

Si vous pensez que la citoyenneté ne s’arrête pas aux portes de l’économie, que les règles du jeu ne seraient pas intangibles et les comportements obligés, posez vous la question qu’est ce que notre société considère comme étant de la richesse, de la valeur et comme ayant de l’utilité, et rejoignez nous.

Mis à jour : mercredi 29 mars 2006