Interview de Cyrille Berge, coordinateur régional du réseau des Ressourceries

Professionnaliser la filière du réemploi

Cyrille Berge, co-fondateur du Recyclodrome, il coordonne le réseau des ressourceries en région PACA. Acteur incontournable du réemploi, il répond à nos questions.

Comment peut-on définir une ressourcerie ?

Tout d’abord, la ressourcerie a une entrée environnementale. Son objectif est la réduction des déchets prioritairement par le réemploi, la réutilisation. Une ressourcerie met en place 4 fonctions :

  • la collecte avec priorité aux déchets ménagers encombrants mais aussi la collecte de déchets professionnels,
  • la valorisation par le réemploi puis par le recyclage,
  • la vente pour donner une seconde vie aux objets,
  • la sensibilisation à la réduction des déchets pour favoriser les changements de comportements.

Pour être une ressourcerie, il faut respecter ces 4 fonctions. Quand on parle de collecte, il s’agit de collecte multi-produits. Par exemple, une structure qui ne va collecter que des vélos par exemple n’est pas une ressourcerie.
Une ressourcerie répond à un besoin d’un territoire en complétant les services déjà existants. Selon les motivations des porteurs de projet, selon l’historique, selon tout un tas de critères, on retrouve des spécificités dans chacune des ressourceries.

Les différents modes opératoires des ressourceries :

IMG/mp3/des_modes_operatoires_differents.mp3

Aujourd’hui, il y a 120 ressourceries en France, elles sont toutes différentes et pourtant elles répondent toutes au même objectif : la réduction des déchets.

Parlons de la diversité des projets justement...

Oui, cette diversité dépend de la façon de mettre en œuvre les 4 fonctions d’une ressourcerie et, bien entendu, sur la structuration sociale puisqu’aujourd’hui, 70% des ressourceries sont dans l’IAE (insertion par l’activité économique).
En PACA on retrouve tous les grands modèles de ressourceries. Tout d’abord, il y a les associations de droit commun classiques comme Recyclodrome, TriLogik, Huile de coude et matière grise. On va retrouver également une majorité de chantiers d’insertion. En PACA, il y a aussi une entreprise d’insertion mais en règle générale, elles sont plus rares. Enfin, on retrouve un projet porté par une collectivité, le SMICTOM d’Embrun qui a en plus la spécificité de porter un chantier d’insertion.
Être une structure de l’IAE entraîne aussi des façons de faire différentes car l’objectif premier de ces structures est l’insertion, la ressourcerie n’étant qu’un outil au service de cela. Les structures comme Recyclodrome sont un peu plus militantes d’un point de vue environnemental que les structures dont le métier premier est l’insertion.

Le Recyclodrome fête ses dix ans. Comment un « vieil acteur » du domaine perçoit le succès récent des ressourceries qui se créent un peu partout ?

Comme une réussite ! L’objectif du réseau est de professionnaliser la filière du réemploi et de la réutilisation et faire en sorte qu’elle fasse partie intégrante du schéma de gestion et de prévention des déchets. C’est également de travailler sur le métier de technicien du réemploi et de la réutilisation. Aujourd’hui, on retrouve ce métier dans les codes ROME de Pôle Emploi alors qu’il n’existait pas il y a dix ans. On est donc sur un nouveau métier qui demande des compétences et un savoir-faire qui va se développer et qui deviendra un jour, j’en ai la conviction, un métier reconnu. J’espère qu’il y aura des techniciens du réemploi et de la réutilisation dans toutes les déchèteries.

Il y a eu aussi l’effet Grenelle de l’environnement où, dans la fiche déchet, le réemploi et la réutilisation était un axe premier. En fait, on s’est rendu compte que la gestion des déchets, on savait faire. En revanche, elle représente un coût de plus en plus important qui ne cesse d’augmenter car il y a de plus en plus de déchets. Donc l’enjeu est bien de réduire les déchets. C’est ce qu’on appelle la prévention des déchets.

La prévention des déchets en 30 secondes :

IMG/mp3/prevention-des-dechets.mp3

Depuis le Grenelle, la prévention des déchets est devenu un axe majeur pour toutes les collectivités. Il leur a été demandé de mettre en place un programme sur la prévention des déchets dans lequel on retrouve le concept de ressourcerie.
Contrairement à ce qui s’est passé pour recyclodrome il y a 10 ans où des personnes militantes voulaient développer une éducation pour réduire les déchets, aujourd’hui des collectivités ont la volonté de monter sur leur territoire une ressourcerie et le porteur de projet doit s’inscrire dans ce programme. La dynamique est donc très différente. Il y a une véritable avancée dans l’esprit de la professionnalisation et cela facilite l’émergence de nouveaux projets.

Un réseau formalisé a donc aujourd’hui d’autant plus de sens. Quel est le rôle du réseau des ressourceries ?

Le rôle du réseau national est d’apporter de la cohérence à tout ça. Le réemploi, la récup’, le détournement d’objets sont dans l’air du temps. On peut donc vite tomber sur des projets qui font tout et n’importe quoi.
La ressourcerie est un concept très précis avec la mise en place des 4 fonctions dont on parlait plus haut. Le réseau va être vigilant à ce que les structures qui s’appellent ressourceries en soient véritablement et prennent en compte ces 4 fonctions et des façons de faire. Ce qui ne dénigre absolument pas d’autres projets liés au réemploi et à la réutilisation.
Ensuite, le réseau national a pour ambition de fédérer tout ce monde-là, favoriser la mutualisation et faire du lobbying. Sur la mise en place des filières REP (responsabilité élargie du producteur) Déchets d’Eléments d’Ameublement, le réseau a travaillé pendant 2 ans avec le Ministère de l’Environnement pour que le réemploi et la réutilisation aient une vraie place dans la mise en place de cette filière, ce qui n’avait pas été le cas sur les déchets électriques et électroniques parce qu’à l’époque, nous n’avions pas assez de poids.

Au niveau régional, on travaille moins sur le lobbying. Mais l’enjeu, c’est que les ressourceries de la région se connaissent et n’essaient surtout pas de se porter en concurrentes. C’est également une vigilance sur la répartition géographique des ressourceries. Quand un porteur de projet arrive, on lui demande toujours de commencer par un diagnostic territorial pour connaître les besoins du territoire, les autres acteurs du réemploi et ne pas se poser en concurrent mais bien en partenaires sur l’existant. Il faut arriver ensemble à être efficace en terme de réduction des déchets. L’enjeu premier c’est qu’il y ait de la mutualisation, du transfert d’expériences. Ensuite, c’est aussi essayer de communiquer, de faire de la représentation pour bien expliquer ce qu’est une ressourcerie. Enfin, c’est favoriser l’émergence de nouvelles ressourceries tout en consolidant l’existant. Cela passe par l’incitation des collectivités à créer des partenariats avec les ressourceries. On a de plus en plus de ressourceries qui nouent un lien fort avec leur collectivité. C’est un élément primordial de leur consolidation ; ça montre que la ressourcerie est un outil professionnel de collecte et de valorisation des déchets.

La professionnalisation passe aussi par mieux former, outiller les ressourceries ?

Le programme d’action de l’association régionale est financé par le Conseil régional, l’ADEME et la DREAL. Un axe fort de ce programme est la professionnalisation des porteurs de projet. Nous avons monté un partenariat avec l’IRFED pour la mise en place d’un programme de formation d’une trentaine de journées auprès des porteurs de projet en PACA. L’IRFED gère le suivi pédagogique de ce programme. Ce sont des formations très transversales. En effet, quand on est porteur d’un projet ESS, on a besoin de s’outiller sur des thématiques transversales, comme des questions sur le droit du travail, la gestion d’équipe, les valeurs de l’ESS, la communication... Elle permet aux porteurs de projet d’avoir un socle commun.
C’est une formation-action. Chaque porteur de projet a un tuteur d’une ressourcerie existante. On est plus sur du transfert d’expériences, un accompagnement, un suivi concret entre le tuteur et le porteur de projet. D’où le terme de formation-action : un apport théorique d’un côté et un accompagnement suivi par un tuteur de l’autre.
Porter un projet de ressourcerie est une chose complexe qui demande deux années voire plus entre l’idée et le démarrage. Cela fait appel à beaucoup de compétences. Dans cette formation-action, les porteurs de projet passent beaucoup de temps ensemble, se connaissent et donc mutualisent déjà entre eux. Ces nouveaux projets intégreront un jour le réseau et accompagneront à l’avenir d’autres projets. On est dans l’esprit de la mutualisation dès le départ.
Il y a deux ans, nous n’étions que 3 structures dans l’association régionale, aujourd’hui nous sommes 15. L’objectif n’est pas de devenir une megastructure où les gens sont là sans y être, une problématique qu’on retrouve souvent dans les réseaux. Nous souhaitons que les gens qui s’inscrivent dans l’association régionale en deviennent véritablement acteurs. Quand on a bénéficié de service à un moment donné, on a plus de facilité à mutualiser par la suite.
Aujourd’hui, il y a une douzaine de participants à ce programme. Les intervenants sont tous des acteurs professionnels de terrain de la région. Des périodes d’immersion sont également prévues où les porteurs de projet oublient un temps leur casquette pour participer à l’activité des techniciens, participer à une collecte, bref voir comment ça se passe. Tout cela va les aider à modéliser leur projet car il n’y a pas un modèle duplicable d’un territoire à un autre. C’est à chaque porteur de projet de s’inspirer de ce qui se fait tout en tenant compte des réalités d’un territoire pour arriver petit a petit à créer sa propre identité.

Un programme qui a du sens :

IMG/mp3/un-programme-qui-a-du-sens.mp3

Plus d’infos :
Recyclodrome
21, rue Chateauredon 13001 Marseille
0954 246 246
recup@recyclodrome.org
www.recyclodrome.org
http://www.ressourcerie.fr/

Mis à jour : vendredi 4 avril 2014
La dynamo

· Lire les anciens numéros