Janvier 2011

Piles ou Versa


Tout est parti d’une bande de copains de lycée à Laragne-Montéglin (Hautes-Alpes) et de leur rencontre avec un prof de théâtre. Un de ces profs qui faisait plus que ses heures de cours et qui a transmis le goût pour sa discipline. Et, ce faisant, a soudé, dans son atelier de théâtre, un groupe de jeunes gens de seize à dix-sept ans, qui ne se connaissaient pas par ailleurs. Plusieurs années plus tard ils allaient monter une initiative originale de théâtre itinérant, ancrée sur son territoire avec un montage juridique original, permettant un partenariat multliple : la Scic.
Une façon de vivre pleinement de sa passion, en assumant les contraintes afférentes. Un bon exemple d’alternative et d’autonomie locale sur un territoire mal loti par les services publiques culturels.

Rencontre avec Robin Vargoz, acteur et sociétaire.

L’association a été créée en 1996, « on était tous mineurs du coup on n’était pas au bureau, des amis majeurs et la famille nous ont aidé » témoigne Robin. Ils ont tout de suite produit des spectacles, notamment un grand projet fédérateur : une tournée en calèche avec des représentations dans les villages.
Dès le début l’idée d’itinérance était fortement imprimée sur l’idée de troupe. « On a commencé à faire du théâtre là où on vivait, plutôt dans la campagne, avec deux calèches alignées et un paravent en fond de décor ».

Le théâtre comme métier

Au bout de trois ans de cheminement un carrefour s’est dessiné : faire plus de théâtre ou avoir un métier à côté et le théâtre comme passion. La grande majorité a choisi le théâtre comme profession.
Il leur a fallu créer tout l’outil administratif, deux d’entre eux se sont formés en gestion de projet culturel. Côté théâtre, l’un d’eux a fait le conservatoire à Marseille, d’autres des stages.
« Notre prof a été formé à l’école Lecoq, un théâtre ouvert à toutes les formes d’expression théâtres ; cette approche très ouverte nous a guidés ».

Côté réseaux, ils rencontrent d’autres compagnie au sein du Citi (Centre international du théâtre itinérant), « des rencontres très fortes ».
Leur troupe, nombreuse, avec beaucoup de bras, énergique, jeune, a chaque année eu des projets avec des compagnies étrangères. Dont une marquante avec les Tréteaux du Niger, qui les ont accueillis au Niger ensuite. « On est allé là bas de manière solidaire, logés et nourris chez l’habitant, on a voyagé avec le spectacle comme moteur de voyage, pas en touriste ».

Un soutien précieux pour le montage économique et juridique

En 2002 sont créés les premiers postes, en emplois jeunes. Il y a eu des spectacles magnifiques, comme celui au Niger, mais où l’économie réelle n’était pas prise en compte. Les caisses ne se remplissaient pas.
En 2005 une difficulté financière les amène à une première rencontre avec le DLA (Dispositif local d’accompagnement), leur accompagnateur leur parle du statut de Scic. « On était mauvais en gestion, surtout on avait mal géré les investissements. Nos premiers grands achats sont les gradins. Le DLA nous a donné des outils de gestion et un regard sur nous-même ».
La réalité se rappelant à eux ils ont monté en 2006 un projet Creactives [ndr : financement du Conseil régional Paca sur trois ans] qui aboutira deux ans après. « Ça nous a forcé à formaliser, structurer notre activité. »
Notamment d’éclaircir leurs choix : où ils jouent leurs spectacles, de quelle manière ils abordent le public, leur politique tarifaire.
Dans le dossier Creactives était prévu, au bout de trois ans, de passer en Scic. Le processus a duré plus de quatre ans pendant lesquels a été redéfini le modèle économique et construit le passage en Scic.
« Le DLA nous a permis d’écrire le dossier Creactives, car on n’était pas capables de « nous écrire », de décrire notre fonctionnement, notre collectif... »

Pour le montage du projet Scic, c’est à dire l’écriture des statuts et le fonctionnement réel ils rencontrent Tristan Klein du piles de Nice, Philippe Oswald de la coopérative Place, Alix Margado de la Confédération générale des Scop et la Scic culturelle Akwaba, basée à Avignon

Pour éviter autant que possible le statut d’intermittent, jugé pas toujours très honnête, ils ont créé cinq emplois aidés dont quatre sont pérennisés. Trois cogérants salariés ont été nommés à la création de la Scic, un responsable administratif, un responsable technique, un responsable artistique, tous trois ayant en plus un travail d’artiste.
Pour le montage du projet Scic, c’est à dire l’écriture des statuts et le fonctionnement réel ils rencontrent Tristan Klein du piles de Nice, Philippe Oswald de la coopérative Place, Alix Margado de la Confédération générale des Scop et la Scic culturelle Akwaba, basée à Avignon.

Les bénévoles de l’asso était très partie prenante durant tout le processus, de 2005 à 2009. Avant 2005, la structure associative était presque fantôme, à partir de la crise financière et du DLA une bonne équipe bénévole s’est constituée. Les collectivités locales ont aussi été présentes : la commune de Laragne-Montéglin, le département des Hautes-Alpes et sa responsable du service Vie associative, Christine Balducci, « très compétente et intéressée par le projet », et enfin Christine Miègge, de l’antenne du Conseil régional à Gap, « elle aussi d’une aide précieuse ». Preuve que dans les collectivités locales on certains techniciens saisissent bien les enjeux d’une démarche de développement local et savent actionner les bons leviers.

Il leur aura a manqué d’avoir un interlocuteur qui a monté une Scic, à Akwaba le gérant qui était présent à la transformation était déjà parti.
« Ensuite j’ai aidé Buech coopéractifs dans sa transformation en Scic. C’est important de bénéficier de l’expérience des autres. »
Même si avec le recul Robin témoigne que chaque Scic est spécifique dans son fonctionnement et son identité et que cela conditionne les statuts même de la Scic. « La Scic est outil très malléable ».

Une remise en question du statut associatif

Ce qui est intéressant avec cette expérience c’est que ça remet en question le statut associatif comme un statut obligé et presque “ factice ”. Le statut associatif, souvent permet de faire l’économie d’une réflexion sur le fonctionnement collectif, la prise de décision, le modèle économique et la prise de responsabilités réelles.
« Auparavant on était beaucoup moins clairs et on faisait porter les responsabilité sur le bureau qui était assez loin de l’activité. La SCIC oblige à se questionner et sur ce modèle, on est trois à être gérants, qui oblige à la co-gestion ».

La Scic est composée de six collèges : usagers, bénéficiaires, bénévoles, conseil des sages, salariés (les intermitents réguliers en font partie, les exceptionnels non), personnes morales (entreprises, associations, institutions).
Le Conseil des sages rassemble les anciens administrateurs qui ont connu toute l’histoire et connaissent l’identité de la compagnie, qui sont capables de réguler les tensions et rappeler le sens voulu par la compagnie.

Circuits-courts culturels ?

Ils ont entendu parler des Amacca, pensent que c’est un bon système pour un lieu culturel. Un fonctionnement qui favorise la participation du public dans la définition de la production culturelle c’est plus adéquat pour un lieu de diffusion comme une salle de spectacle, ou pour un festival.
Pour une compagnie itinérante c’est différent, « on risque de perdre notre liberté de création avec un tel système ; on veut rester indépendants à tous prix sur nos créations ». Même si ils répondent à des commandes, comme la ville de Briançon qui chaque année leur commande un spectacle itinérant sur le patrimoine. « Comme on n’a pas de directeur artistique, on travaille en collectif au sein de la compagnie, on choisit parmi des projets que l’équipe apporte ».

Nombre d’habitants sont fidèles à chaque spectacle, « on sait qu’on peut compter sur eux, on a une base locale qui ressemble à une Amap »

Aujourd’hui la compagnie jouit d’une bonne reconnaissance du public sur le territoire du Buëch et au delà. Nombre d’habitants sont fidèles à chaque spectacle, « on sait qu’on peut cmpter sur eux, on a une base locale qui ressemble à une Amap ». On a par contre on a un gros déficit en dehors du territoire, les entreés ne suivent pas pour couvrir les besoins d’une compagnie. On n’a pas de poste de diffusion.

Jusqu’à présent les tournées sont de courtes durées, un mois maximum. En 2011 ils veulent faire une tournée de quatre mois, avec leurs familles et onze enfants. Donc l’école à prévoir. Des familles sont plus impliquées d’autres, des conjoints trouvent un rôle dans la compagnie d’autres ne le souhaitent pas.
Avec le Citi (Centre international pour les théatres itinérants) la compagnie suit les travaux de l’Ufisc, très intéressée mais pas directement partie prenante, faute de temps.

En images

Mis à jour : samedi 29 janvier 2011
La dynamo

· Lire les anciens numéros