Interview Colette Charriau, conseillère régionale

"On ouvre les portes !"

Conseillère régionale déléguée au logement, Colette Charriau a impulsé la politique de la région en matière d’habitat participatif. Une politique volontariste qui ouvre une voie alternative entre le modèle pavillonnaire et le modèle social. Elle répond à nos questions.

photo©Cyrille de Villèle photo©Cyrille de Villèle

Pourquoi la région s’intéresse-t-elle à l’habitat participatif ?
En France, la dynamique participative n’a pas investi le champ de l’habitat. Le travail qu’on essaie de faire à la région consiste à dire que la dynamique participative - les citoyens dans leur ensemble - ont leur rôle à jouer dans la construction de la ville de demain. Elle ne peut plus être le seul produit d’un face à face entre les élus et les promoteurs. Aujourd’hui, on voit bien comment il est nécessaire de remettre l’habitant et le locataire au centre de cette discussion.

Ensuite, nous les élus, on doit permettre aux gens de faire ces choix-là parce qu’ils ne sont pas accompagnés, pas aidés aujourd’hui. On doit permettre aux gens de sortir du choix entre le modèle pavillonnaire et le modèle social. Entre les deux, il n’y a rien. On passe son temps à dire que les Français rêvent d’habitat pavillonnaire mais c’est parce qu’ils n’ont pas d’autres modèles en tête. Il faut montrer qu’il y a d’autres possibilités d’habiter et que l’entraide peut être un facteur d’épanouissement énorme. Cette forme d’habiter n’est que vertueuse, même s’il ne faut pas nier que c’est parfois difficile. Quand on arrive à dépasser les difficultés, on obtient des choses sur le plan humain qui aident beaucoup à se construire.

Depuis 2010, je n’ai cessé de pousser pour qu’on aille dans ce sens mais il y avait des dossiers à traiter avant de s’attaquer à la question de l’habitat participatif. Depuis 2012, on a adhéré au réseau national des collectivités en matière d’habitat participatif dans lequel on vient s’associer à la quarantaine de villes déjà engagées. A la fin 2013, on a créé le réseau régional des collectivités pour essayer d’avancer plus vite en Provence Alpes Côte d’Azur.

A écouter les acteurs sur le terrain, sans vous l’habitat participatif n’aurait pas été aussi bien soutenu à la région.
Même si j’ai beaucoup poussé pour qu’on aille sur ces questions, ce qui est intéressant, c’est la vitesse à laquelle les services m’ont emboité le pas. On est allé à Grenoble et Villeurbanne voir ce qui se passait et les services ont tout de suite compris l’enjeu que ça représentait et ont été très motivés. Ils ont compris tout ce qui se cachait derrière, que le logement ne pouvait être réduit à une simple marchandise. C’est un bien de première nécessité, un bien d’usage et il faut sortir de la spéculation sur la question du logement.

L’habitat participatif constitue un moyen de contourner cette bulle spéculative. Les Norvégiens sont à 650 000 logements en habitat participatif aujourd’hui, c’est la démonstration que certains pays européens peuvent le faire et qu’on arrête enfin de penser que le prix d’un logement peut augmenter de 20 ou 30 % à chaque revente. Car tout ça se fait au détriment de l’accès du plus grand nombre à un logement correct. Je trouve immoral qu’on fasse des plus-values comme on en observe aujourd’hui sur du logement, tout ça étant décidé par une économie sur laquelle nous n’avons aucune maitrise.

Au départ j’étais un peu seule à la région à être habitée par cette idée mais très vite tout le monde a relayé mon propos car on s’aperçoit que l’habitat participatif est porteur de grandes valeurs humaines et qu’il permet de limiter l’empreinte écologique. Les gens qui résident dans ce genre d’habitat font attention à leurs déchets, à leur consommation énergétique, ils réduisent les surfaces inutiles... Tout cela rejoint mon engagement d’écologiste.

Comment la région a-t-elle choisi d’intervenir sur la question ?
Nous on ne décide rien, il faut qu’on rende visible les expériences qui sont menées sur le territoire et qu’on fasse comprendre aux citoyens que c’est un modèle qui existe et que chacun peut s’en emparer. Ça passe par le biais des acteurs élus qui instruisent les permis et qui sont à l’origine des outils de planification (PLU) mais ça passe aussi par les collectifs citoyens.

Lors de nos rencontres en décembre dernier, on a reçu Daniel Mosmant, adjoint au logement à Montreuil. Il m’a expliqué qu’à peine arrivé sur sa délégation, des collectifs d’habitants sont venus le voir. En Provence Alpes Côte d’Azur, les collectifs d’habitants qui vont voir les élus sont rares parce qu’à ce jour, personne n’a véhiculé ce modèle-là. C’est pour cela que la région va accompagner les collectivités territoriales et faire connaître ces projets dans un premier temps.

De plus, la région donne son avis sur les Plans Locaux de l’Habitat (PLH) qui sont menés à l’échelon intercommunal. Je vais exiger que ces questions soient regardées à la loupe et qu’il y ait des débuts de proposition parce que si on commence à l’inscrire dans les outils stratégiques qui définissent un projet politique, on sera sur la bonne voie. Une des priorités est de faire reconnaître l’habitat participatif dans les PLH.

Ensuite démocratiser l’habitat participatif. Ce ne doit pas être uniquement un outil au service de ceux qui en ont les moyens mais ça peut aussi être un outil de mixité sociale et intergénérationnelle. Ça veut dire qu’on peut aussi impliquer des bailleurs sociaux.

Et puis on va soutenir les projets exemplaires sur des critères liés à la qualité environnementale des bâtiments (économie d’énergie, production de déchets, récupération d’eau etc...), plein de choses sur lesquelles on peut accompagner et modifier des démarches.

Globalement, aujourd’hui on ouvre les portes ! Sur les Alpes de Haute Provence, on constate plus d’engouement car il y a des gens qui viennent habiter sur le territoire avec un projet précis, ils savent ce qu’ils veulent et souhaitent habiter autrement.

Pourquoi la question de l’habitat participatif arrive-t-elle si tard dans notre région ?
On a mis un peu de temps depuis 2010 pour venir sur cette question parce qu’on avait besoin de construire quelle serait notre place et notre implication à la région. Il fallait qu’on porte fort des valeurs et on avait besoin voir ce qui se passe ailleurs, qui avait fait de la mixité sociale dans les expériences, comment ces expériences-là avaient été accompagnées par d’autres collectivités.

Globalement en France , ça fait a peu près 10 ans que des collectivités locales s’intéressent à ça. Strasbourg, Grenoble, Rennes..., ce sont surtout des grosses agglomérations qui sont le plus avancées. En région Provence Alpes Côte d’Azur les premiers projets qui risquent de déboucher sont sur des territoires très ruraux.

Par exemple, sur la toute petite commune de Limans, proche de Forcalquier, il existe un projet avec un bailleur social qui introduit en plus de l’autoconstruction. Ça rend les choses plus complexes mais c’est fabuleux. D’habitude un bailleur social pose son projet et là, il faut qu’il co-construise. Plus on aura des modèles en tête plus ça va devenir facile.

Avant tout, il est important de développer des compétences pour que les projets ne mettent pas 10 ans à sortir.

D’une manière générale, la région souffre d’un retard important sur la question du logement
Quand je suis arrivé sur ce poste, j’ai très vite réalisé où j’avais mis les pieds et découvert le retard qu’on avait en terme de logement dans la région notamment concernant le respect de la loi SRU et tout ce que ça générait en matière d’aménagement du territoire. Quand on a commencé à se réapproprier cette idée de logement social, on se sentait un peu seul, 122 communes ne respectaient pas la loi et se permettaient en plus d’en faire un argument politique. Depuis, les choses changent, les questions de logement sont reprises par mes collègues conseillers régionaux. Sur le logement social, on a complètement retourné notre façon de voir et on a été capable de prendre une délibération qui minore les subventions régionales aux communes qui ne respectent pas la loi en matière de logement social. C’est une décision qui est hautement politique et j’en suis satisfaite.

Et le foncier dans tout ça ?
L’habitat participatif, c’est aussi une manière d’amener du choix, de l’habiter autrement, une réponse à la spéculation foncière et au désœuvrement de populations qui vivent dans des lotissements où il y a un mal vivre très apparent dans toutes les zones périurbaines de la région.
Mais ce n’est pas terminé, maintenant il va falloir se lancer sur le foncier, notre prochain cheval de bataille.

Jeudi 13 février, je lance une première réunion technique avec tous nos partenaires sur la question du foncier. On veut lancer un club régional des opérateurs fonciers pour que les élus aient un propos clair sur la question foncière et n’entretiennent pas des outils spéculatifs mais à l’inverse, qu’ils puissent comprendre comment ça marche et comment on peut travailler à cette régulation. Techniquement, on a des outils qui nous permettent de savoir ce qui se passe mais trop peu d’élus suivent. Il est temps de dire arrêtons l’étalement urbain, reconcentrons l’habitat sur les zones urbaines qui existent déjà, refaisons de la densité..

Et puis, avec ma casquette écologiste, j’observe les terres agricoles qui disparaissent de plus en plus. Nous devons préserver du foncier agricole pour éviter d’artificialiser trop de terres.

Mis à jour : vendredi 14 février 2014
La dynamo

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