Oléodéclic carbure à l’huile usagée

Depuis 2012, l’association Oleodéclic développe la collecte et la valorisation d’huile alimentaire usagée en une énergie utilisable notamment dans les chaudières.

Un process bien huilé

Une fois par semaine, Alain et Cédric partent de la rue Transvaal à Marseille pour collecter les huiles usagées des restaurateurs du centre-ville. Une trentaine leur font déjà confiance et peut justifier auprès des autorités, comme la loi les y oblige, de l’enlèvement de leurs déchets dans une filière adaptée.
De retour à l’atelier, le processus de filtration commence. Un premier pompage les débarrasse de quelques impuretés, puis vient le temps de la décantation pendant 3 semaines. Ensuite, de cuves en filtres, l’huile usagée effectue un lent parcours du combattant qui lui rendra une deuxième jeunesse.

La voilà prête à intégrer les chaudières ou, dans un monde qui ne serait pas régi par les lobbies pétroliers, nos moteurs diesel. Cet usage étant interdit par la loi, ce n’est évidemment pas celui que préconise Oleodéclic.
Quant aux chaudières de moins de 100 Kwh (les autres étant réglementées), elles peuvent tourner à l’huile alimentaire usagée. Pour cela, il est nécessaire d’installer des brûleurs adaptées que développent par ailleurs l’association Chaufmafrite, partenaire d’Oleodéclic. Moins onéreuse que le fioul (l’huile filtrée coûte environ 70 centimes par litre), elle permet de se débarrasser d’un déchet sans conséquence sur l’environnement. "Notre objectif de base est bien de réduire l’empreinte environnementale de l’activité humaine" explique Alain Vigier, à l’origine du projet Oleodéclic. Et ça marche ! Oleodéclic qui a été accompagné par InterMade et qui a installé son atelier dans le hangar du bâtiment, fournit le combustible recyclé pour chauffer tous les bureaux de la rue Transvaal à l’huile. Plus loin dans le Var, à Six-Fours, la mairie en partenariat avec l’association Kroc’Can chauffe désormais 3 bâtiments publics dont deux écoles à l’huile. Juste une question de volonté...

Des débouchés à ouvrir

En deux ans, Alain et Cédric ont traité 18 000 litres d’huile usagée. La plupart du stock est revendu à la trentaine d’adhérents de l’association pour leur usage particulier. Quant aux surplus, ils sont écoulés vers les filières d’esterification détenues par des grands groupes pour la production de "biocarburants". La pratique ne satisfait pas Alain Vigier qui préférerait uniquement "travailler en circuit court pour mettre en cohérence un gisement et les usages potentiels", mais force est de constater qu’il reste du chemin à parcourir, la législation favorisant largement les filières industrielles. En effet, après avoir cédé aux sirènes (et surtout aux lobbies) des agrocarburants, les institutions européennes ont fini par faire marche arrière pour éviter que les terres vivrières servent à remplir nos réservoirs plutôt que nos assiettes. Entre temps, les grands groupes ont construit de grandes usines de transformation faisant voyager les matières à travers l’Europe pour y produire du "biodiesel". Une hérésie qui fait bouillir les fondateurs d’Oleodéclic, porteurs d’un projet de développement local.

Aujourd’hui, les débouchés sont donc un peu restreints et lutter contre les grandes filières industrielles n’est pas aisé. L’association compte notamment sur les partenariats avec les collectivités locales pour ancrer l’activité et développer les usages sur le territoire. Une réflexion est en cours avec la Communauté du Pays d’Aix. Il nourrit également l’espoir qu’avec le débat sur la transition énergétique, la réglementation change et ouvre la possibilité aux chaudières de plus de 100 Kwh (collectives) de s’alimenter en huiles recyclées. Malgré les limites d’ordre réglementaire et bien qu’il soit difficile d’évaluer précisément les "gisements", on estime à 2 millions de litres le potentiel d’huiles recyclables à Marseille et à 170 000 tonnes en France. Si les usages restent limités, la matière première, elle, est abondante. Et ne parlons pas des déchets issus de la filtration qui pourraient trouver une place de choix dans les filières de méthanisation, encore trop peu développées.
Côté réseau, Oleodéclic travaille avec d’autres structures de la filière comme Chaufmafrite ou encore Vegetoil dans le Vaucluse. Elle a également noué un partenariat avec l’Ecole Centrale de Marseille. Chaque année des étudiants ingénieurs viennent travailler à l’optimisation du process.

En deux ans, Oleodéclic a déjà parcouru beaucoup de chemin. Partout en France, des petites structures, principalement associatives, développent le même type d’activité porteuse de sens sur les territoires. La transition énergétique passe incontestablement par des actions ciblées et locales qui transforment nos pratiques polluantes en ressources énergétiques créatrices d’emplois. Oleodéclic y croit et le prouve au quotidien. Goutte après goutte, l’association ouvre la voie...

Plus d’infos :
Oleodéclic
http://www.oleodeclic.org_ 18 rue du Transvaal - 13004 Marseille
04 86 11 04 74
contact@oleodeclic.org
Coordination // Développement : Alain Vigier
06 34 03 20 86
alain.vigier@oleodeclic.org
Commercial // Administratif : Cédric Hamon
06 52 82 36 17
cedric.hamon@oleodeclic.org

Mis à jour : jeudi 5 juin 2014
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