Forum de la Biodiversité - 17 et 18 octobre 2009 à Marseille

"Nous sommes plus nombreux qu’on ne croit"


Guy Kastler, du réseau Semences Paysannes, revient sur les enjeux de la préservation de la biodiversité et sur le Forum qui s’est tenu les 17 et 18 octobre 2009 à Marseille. Un entretien mené pour festi’Sol et la Dynamo par Sylvain Musseri, paysan en installation.

Voir également la vidéo de l’interview, réalisée par David Bitoune, 26mn

Sylvain : Guy, présente nous le réseau Semences Paysannes
Guy Kastler : C’est un réseau d’organisation pour défendre la biodiversité cultivée dans les fermes et les jardins qui rassemble des acteurs de la bio, des organisation syndicales, des associations de paysans et de jardiniers, des associations de défense de l’environnement... Le problème est que les variétés anciennes n’ont pas de statut légal. Mais elles sont très utilisées par les jardiniers amateurs, les associations et certains paysans. Elles sont conservées par des paysans, comme par exemple de variétés de fourragères, qui ne disparaissent heureusement plus. Le réseau a des liens avec des ONG, certaines collectivités locales sont adhérentes, ainsi que des parcs naturels régionaux.

Quelles sont vos actions concrètes ?
Le réseau est né de défenseurs de l’agriculture bio du fait que l’obligation légale de ne commercialiser que des espèces stables et homogènes, répertoriées au Catalogue officiel, ferme le processus de préservation des variétés anciennes par les agriculteurs. Concrètement nous avons commencé par recenser les paysans qui continuent de produire leurs semences et surprise on a découvert qu’ils sont plus nombreux qu’on ne l’imaginait car ils se cachent. Nous avons aussi compris que tout n’est pas interdit : les semences destinées à un usage amateur (non commercialisées) peuvent être produite et vendues sans être inscrite au Catalogue. Pourtant nos semences ne présentent pas les mêmes risques que celles enrobées de produits chimiques, mais les institutions et les gens ne donnent de valeur qu’à ce qui est validé par la science officielle. Nous avons donc travaillé avec des chercheurs, on a monté des programmes de recherches et on a découvert qu’une semence stable et homogène n’existe pas, même celles de semenciers industriels. Pour le maïs en ressemant une partie des récoltes on peut arriver à des rendements supérieurs à ceux des maïs hybrides.

Où en est la situation en France et ailleurs ?
La biodiversité commence à réapparaître dans certains champs, mais cela ne se dit pas car c’est illégal. La production et l’échange de semences non inscrites au catalogue est particulièrement fort dans les pays de l’Est, environ 80% de semis.
L’Autriche favorise l’agriculture bio et permet aux producteurs d’échanger leurs semences.
La France est une exception, c’est le plus gros producteur de semences industriels, et l’interprétation des lois amène les industriels à dire que les agriculteur n’ont pas le droit d’échanger leurs semences, ce qui s’est fait de tous temps, c’est la base de l’agriculture paysanne. Pourtant la France a signé le traité européen « Ressources bio-génétiques » qui autorise l’échange de semences, mais n’applique pas la loi européenne. Des collectivités territoriales comme Paris, et bientôt la Région Paca, ont adopté des motions interpellant le gouvernement à respecter la loi sur ce sujet.

Quels sont les enjeux de la bio-diversité pour les générations futures ?
Il ne reste quasiment plus de semenciers indépendants, 5 gros industriels se partagnet la quasi-totalité du marché. Le nombre d’espèce distribuées par eux est très restreint par rapport à ce qu’on fait traditionnellement, il y a une enjeu de sécurité et de souveraineté alimentaire pour les années à venir si les espèces anciennes disparaissent fautes d’être suffisamment cultivées et diffusées.
La sélection participative marche très bien dans des pays du Sud. Les paysans ont des connaissances empiriques très fines des plantes et de leurs réactions. Les chercheurs se nourrissent de ces savoirs, et ils valident scientifiquement des procédés traditionnels.

La préservation de la biodiversité ne concerne pas que les paysans ?
Les paysans ne peuvent pas changer la situation seuls. Des syndicats agricoles majoritaires sont acquis aux semenciers industriels, il faut faire intervenir la société civile sur le bien commun que représentent les semences. On a vu en Inde que les paysans se sont révoltés contre les OGM, ils ont résussi à rejoindre des mouvements de la société civile. On voit qu’on peut provoquer du débat public là où l’industrie essaye de passer en force : l’opinion publique française ne veut pas d’OGM. Rien n’est gagné mais cela permet d’établir un rapport de force. Parfois on perd, comme avec le procès de Kokopelli.

Un bilan à chaud du forum qui s’est tenu à Marseille ?
On a déjà fait des rencontres réussies au Sénégal, au Maroc, en Tunisie, mais nos amis n’ont pas pu venir faute de visa. Par contre, en Paca, c’est un vraie réussite, tous les acteurs concernés de prêt se sont mobilisés, et tout le monde est surpris de la qualité du forum : les expositions de plantes et légumes, les stands, les conférences...
Il n’y a pas eu une grande fréquentation, peut-être à cause du froid et c’est dommage car le lieu est superbe.
Nous remercions la Mairie des 13e et 14e arrondissements de Marseille pour ce superbe parc qui nous a été prêté. Ça fait plaisir de voir des élus sont sensibles à la biodiversité.

Propos recueillis par Cédric Lefebvre

Mis à jour : mercredi 17 mars 2010
La dynamo

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