Margrit Kennedy et Bernard Lietaer

Monnaies régionales, De nouvelles voies vers une prosperité durable


La crise enfonce le clou. Le clou c’est la somme de catastrophes annoncées qui appellent des changement d’ampleur. Les monnaies régionales sont de ces outils qui peuvent appuyer les changements salutaires, par la voie pacifique et démocratique.

Monnaies régionales, De nouvelles voies vers une prosperité durable Monnaies régionales, De nouvelles voies vers une prosperité durable De Margrit Kennedy et Bernard Lietaer
Éd. Charles Léopold Mayer 2008, 589 p., 29

Les auteurs affirment que pour envisager les mutations de société nécessaires, une approche par territoires régionaux semble plus adaptée que par les Etats-nation. Une monnaie unique est davantage le signe d’une volonté centralisatrice qu’un signe de modernité. L’Etat est souvent soucieux de couper court à l’autonomie locale et à toute forme de développement local qui s’émanciperait de sa tutelle. Pour les auteurs l’Europe est un espace de convergence des régions engagées dans le développement durable.

La monnaie officielle perd de plus en plus son rôle de facilitateur d’échanges, sous les coups de boutoir de la finance et de la spéculation. Elle est surabondante en certains lieux et manque terriblement dans d’autres lieux, où elle ne fluidifie pas les échanges économiques, voire génère des situations d’aridité économique. Les monnaies complémentaires, loin de se substituer ou de concurrencer la monnaie officielle, la complète en renforçant la fonction d’échange de la monnaie. Elles sont le plus souvent sous contrôle démocratique, contrairement aux monnaies officielles, notamment depuis que les banques centrales sont devenues indépendantes.

Le livre présente des expériences de monnaies locales réussies, parmi lesquelles le Banjar, à Bali. C’est une monnaie-temps propre à des communautés villageoises, pour lesquelles le temps est clairement une forme d’argent. Grâce au Banjar un certain nombre de services sont rendus et attribués aux membres de la communauté. Par exemple, quelqu’un a besoin d’organiser un mariage ou de refaire la toiture de sa maison, il peut faire appelle à la communauté qui comptabilise le temps que chacun passera à l’aider. Un organisme, sorte de banque centrale sous contrôle démocratique, comptabilise le temps de main-d’œuvre que chacun donne ou reçoit de la communauté. Le Banjar ne se substitue pas à la Roupie, monnaie officielle mais la complète bien en permettant des échanges que le manque de Roupie empêcherait. C’est bien un outil de développement local.

Et des expériences comme celle là on en compte partout dans le monde, et particulièrement au Japon où elles sont assez développées. En France on apprendra que les monnaies régionales ont existé en continu entre Charlemagne et Napoléon, et ailleurs en Europe, qu’elles ont eu un impact positif sur l’économie et la vie sociale. Si elles ont disparu depuis ce n’est pas par manque d’efficacité mais parce que les pouvoirs centraux voulaient étendre leur propre système monétaire pour mieux contrôler les économies régionales, sans égards pour les effets négatifs sur la population.

Mais il est vrai que le développement local et solidaire des territoire a toujours heurté le pouvoir, ce qui explique en partie la difficulté à les voir éclore.

Mis à jour : lundi 15 novembre 2010
La dynamo

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