Deux coalitions sont à l’origine de ce sommet :
Le réseau Climate Justice Now - dont le correspondant en France est le collectif Urgence Climatique Justice Sociale - veut placer la question de la justice sociale au cœur des débats et critique la part de plus en plus grande que prend le marché du carbone. Ce réseau regroupe plus de 160 organisations dont Via Campesina, Attac, International Forum of Globalisation, Third World Network.
Climate Justice Action a un discours plus radical. Il se présente comme un nouveau réseau mondial de personnes et de groupes déterminés à mener des actions urgentes nécessaires pour éviter un changement climatique catastrophique.
Le réseau Climate Justice Action est solidaire des pays du Sud et souhaite promouvoir et renforcer les droits et les voix des peuples indigènes et des peuples touchés face à la crise climatique. Soutenir les réparations et le paiement de la dette écologique au pays du Sud par les pays riches industrialisés.
Il dénonce le rôle des fausses « solutions climatiques » basés sur le marché ainsi que la domination des négociations du climat par des sociétés privées dans l’aggravation de la crise climatique.
Le mouvement des Camps Action Climat fait partie de ce réseau et le Camp action Climat français avait appelé à soutenir la semaine d’actions organisée par CJA.
Au delà des interventions quotidiennes et des débats du Klimaforum - le forum des peuples, qui a abouti à signer la déclaration des peuples - c’est dans l’action confrontative de désobéissance civile que ces coalitions souhaitaient se faire entendre pendant la Conférence des Nations Unies.
Le 12 décembre, la plus grande manifestation jamais organisée à propos du climat a rassemblé plus de 50 000 personnes dans les rues de Copenhague. 522 organisations de 67 pays sont parties du centre ville pour rejoindre dans une ambiance pacifique le Bella Center où se tenait la COP 15.
Une semaine d’actions confrontatives
Le 12 décembre, la plus grande manifestation jamais organisée à propos du climat a rassemblé plus de 50 000 personnes dans les rues de Copenhague. 522 organisations de 67 pays sont parties du centre ville pour rejoindre dans une ambiance pacifique le Bella Center où se tenait la COP 15.
Le mot d’ordre clamé était de réclamer un accord juste et contraignant avec des slogans tels que « il n’y a pas de planète B », « plus de blabla, action maintenant »…
Les autres manifestations plus thématiques souhaitaient dénoncer le système actuel : souhait de bloquer le port pour dénoncer l’industrie du transport maritime, impact de l’agriculture industrielle, dénonciation des politiques d’immigrations, mise en évidence des alternatives à l’agriculture de masse…
Le point d’orgue de la semaine d’actions devait se matérialiser par l’action Reclaim the Power (Reprenons le Pouvoir) du 16 décembre en occupant le Bella Center, comme l‘annonce l’appel lancé par les coalitions :
"Le 16 décembre, au début de la phase ’ministérielle’ de haut niveau du sommet, nous, les mouvements pour la justice mondiale, occuperons la conférence pour une journée et la transformerons en une Assemblée des Peuples.
Notre but est d’interrompre les sessions et d’ouvrir un espace au sein de la zone ONU pour tenir l’Assemblée des Peuples. L’assemblée donnera une voix à ceux et celles qui ne sont pas entendues, ce sera l’opportunité de changer l’ordre du jour, de parler des vraies solutions, d’envoyer un message clair au monde appelant à la justice climatique."
Benjamin nous explique comment s’est déroulée l’action :
"Cette assemblée des peuples a eu lieu devant le Bella Center, mais il manquait le groupe qui devait sortir du centre (Climate Justice Now !, des militants d’ONG, des délégués des peuples du Sud,...). Plus de 300 personnes voulaient rejoindre l’Assemblée et ont été bloquées et malmenées par la police danoise.
Au préalable, l’action était constitué de plusieurs « blocs » : le bloc bleu pour la manif « légale », le bloc vert pour la diversion venant de l’autre coté du Bella Center, les blocs affinitaires autonomes pour les actions coup de poing (diversions, barricades, banderoles, franchissement clowns), les « insiders » (les gens à l’intérieur du centre censés converger vers le bloc bleu.
Enfin, il y avait le Bike Bloc à vélo, qui devait faire des diversions, des barricades, semer le trouble dans le dispositif policier. Ce nouveau genre de composante d’une action de masse comme celle-ci a été très enthousiasmant, car très mobile, très réactive, assez confrontative (barricades de vélos, vélos jetés sous les roues des camions de police pour les empêcher d’avancer...), très complémentaire des autres blocs.
Si les tactiques de diversion n’ont pas fonctionné devant la réponse disproportionnée de la police, l’objectif de perturber la Conférence a été atteint.
Le mouvement mondial « Changer le système, pas le climat » est né
Xavier, de la Caravane du Commerce au Climat livre son analyse sur cette répression policière et sur les perspectives qui s’ouvrent sur l’après Copenhague :
"Nous n’étions que quelques milliers, seule une poignée a réussi à pénétrer les fortifications du Bella Center (où se tenait la Conférence des Nations Unies) et la manif de déléguées de l’intérieur qui tentait de nous rejoindre a été refoulée à coup de matraque. Mais à Seattle aussi, ce n’était que quelques milliers de jeunes qui ont mené l’action décisive, et ils n’ont fait que retarder l’ouverture de quelques heures. A Copenhague, les flics dominaient sur le terrain, mais leur violence n’a fait que souligner notre victoire politique étonnante."
Mais nous n’avions jamais imaginé que nos ennemis seraient assez bêtes pour dramatiser leur peur de notre action : exclusion arbitraire de centaines d’ONG qu’ils soupçonnaient de vouloir nous rejoindre : des centaines d’arrestations « préventives » et de fausses accusations, notamment contre les porte-paroles et organisateurs de la manifestation ;confiscation violente du camion sono d’une manifestation autorisée et surtout le fait de matraquer et tenir prisonniers dans le centre de Conférence les déléguées officielles qui voulait se joindre à l’Assemblée !
Après l’infiltration policière massive, l’attaque policière contre l’assemblée tenue à Christiania deux jours avant (qui leur a permis d’arrêter une bonne partie du service d’ordre de la manif) et la saisie de toutes sortes de matériaux (y compris les bicyclettes et les banderoles), ce niveau de répression apparemment irrationnelle était sans doute le reflet de la peur du pouvoir par rapport à notre projet.
Alors que les puissances mondiales perdaient toute crédibilité, se disputant pour se saisir d’un maximum de CO2 (c’est à dire de production et de profits), des centaines d’ONG accréditées et les délégations gouvernementales de la Bolivie, du Venezuela et de Tuvalu ont décidé de quitter le sommet pour se joindre à l’Assemblée Populaire et discuter des vraies solutions.
Exactement le scénario que nous avions rêvé.
Le gros des médias s’était déjà enfui au moment de l’Assemblée, mais cela n’enlève rien au sens politique d’une manifestation et d’une assemblée qui a réuni les jeunes activistes européens de Climate Justice Action avec les mouvements sociaux les plus significatifs du Sud.
Etaient présents des mouvements paysans de tous les continents de Via Campesina, Jubilee South et tous les mouvements représentés dans la Caravane du Commerce au Climat : les peuples d’Océanie, les pêcheurs Philippins, les sans-terre d’Inde, les paysans les plus menacés du Bengladesh, des peuples indigènes du Mexique, du Panama, de Colombie, des Andes, etc.
Tous sont menacés par le changement climatique et tous rejettent catégoriquement l’agression néo-coloniale. Qui sous couvert de « solutions de marché », cherche à faire payer – plus brutalement que jamais - pour un nouveau cycle d’expansion capitaliste « verte ».
Plus important, ils étaient là pour proposer de vraies solutions, telles que : la souveraineté alimentaire, la souveraineté énergétique, de laisser le pétrole sous la terre, de relocaliser radicalement la production et une autre conception du « vivre bien », qui invite le Nord à reconnaître sa Dette Climatique et questionner radicalement le projet capitaliste de croissance infinie avec sa sur-production et sa sur-consommation insoutenable.
Le point critique de l’Assemblée
Le point critique est que cette assemblée n’était pas un moment passager, ni le fruit du hasard. Elle a marqué une convergence sur le long terme entre différents réseaux et cultures politiques : des réseaux mondiaux de mouvements sociaux et d’ONGs progressistes, tels que Climate Justice Now (CJN) ou Our World Is Not For Sale (OWINFS) ; des réseaux composés plus par les jeunes activistes du Nord comme Climate Justice Action (CJA), les Climate Camps, les anciens de l’Action Mondiale des Peuples, etc.
Une victoire politique ne se juge pas sur tant le résultat concret face aux flics (et encore moins dans les résultats de leur sommet).
Une victoire, c’est de sortir de la bataille plus crédible et plus unis qu’avant.
Crédible : on peut espérer qu’aujourd’hui les gens qui croyaient qu’il suffirait de faire pression sur nos dirigeants pour faire un « bon accord », vont mieux comprendre la nécessité de construire nous-mêmes les solutions et de les imposer par une mobilisation à la base.
Unis : depuis que les Zapatistas ont suscité le mouvement anti-mondialisation il y a 13 ans, il n’y a jamais eu une alliance aussi large d’organisations appellant pour un « changement de système ».
Spontanément, la même proposition a surgi des assemblées de bilan du CJN et du CJA : organiser partout des Assemblées Populaires, pour s’attaquer aux problématiques du changement climatique au niveau local et régional.
Celles-ci pourraient organiser contre des sources locales de CO2 (les transports, par exemple) ou contre les fausses solutions (le nucléaire...), mais aussi imposer ou construire directement des solutions réelles (les réseaux locaux de souveraineté alimentaire...).
En même temps, par leurs liens avec les autres assemblées, elles construiraient le mouvement mondial, avec une journée mondiale d’assemblées l’été prochain, puis une journée mondiale d’action sous le mot d’ordre « Changer le système, pas le climat ! ».





