Nous sommes aujourd’hui dans la troisième phase d’élaboration du projet :
- 1. Phase des explorations (mai-août 2010) : beaucoup de discussions pour comprendre ensemble ce qu’est une monnaie, une monnaie locale, ce que seront les questions qu’il faudra se poser.
- 2. Phase des fondations (septembre-décembre 2010) : celle des textes qui organisent l’association commune-Mesure et des textes qui décrivent le fonctionnement de la Mesure.
- 3. Phase des constructions (janvier-avril 2011) : tracer le réseau des prestataires éthiques, fabriquer les billets, construire avec d’autres acteurs du même territoire.
Une monnaie locale, donc une monnaie citoyenne : « citoyennne » non pas au sens « moderne » de l’individu « démocratique » qui se contente de n’être qu’un « ayant-doit » revendicatif mais au sens antique de celui qui habite une « Cité », c’est-à-dire un espace public délimité territorialement au sein duquel il exerce pleinement sa légitime souveraineté.
Une monnaie complémentaire, donc un projet qui replace l’« éthique » avant l’économie : le projet est porté par une association, commune-Mesure, qui va émettre des billets, la Mesure, avec l’objectif de ne pas refaire ce que fait l’Euro. Dit plus directement, l’Euro n’a pas d’odeur, c’est du « fric » qui accepte d’être un moyen d’échange n’importe où, avec n’importe qui, pour n’importe quoi. Le même Euro qui peut permettre aujourd’hui d’acheter une pomme bio produite localement par un jeune producteur en installation peut très bien permettre demain de rémunérer au noir un travailleur exploité à produire dans des conditions sanitaires indécentes des produits inutiles.
La réappropriation éthique de la monnaie passe par un triple refus : du n’importe où, du n’importe qui, du n’importe quoi. Pour la Mesure, qui, où et quoi c’est au contraire très « important », cela importe ; cela « importe » du sens dans le mécanisme de la Mesure. D’où par exemple un mécanisme de « fonte » trimestrielle de 2%.
Ce triple refus est un triple choix : du qui, du où, du quoi. Donc la Mesure, ce ne sera pas avec n’importe qui mais seulement dans le réseau des commerçants, associations, artisans, agriculteurs "éthiques", qui se seront engagés au moyen d’une Convention qui a une double face : la face technique du « comment » et la face éthique du « pourquoi ». Donc le Mesure ce ne sera pas n’importe où mais seulement sur le bassin de vie Romans-Bourg de Péage. Donc la Mesure ce ne sera pas pour n’importe quoi : car ce sont bien les produits échangés et les prestations fournies avec de la Mesure qui vont lui donner son sens ; en elle-même, la Mesure n’est qu’un moyen, cela veut dire qu’à elle toute-seule, elle ne suffit pas pour « donner du sens ».
La Mesure joue ainsi le rôle d’un label, d’un « signe de reconnaissance », qui permet de reconnaître qui, où et quoi accepte de remettre l’économie au service du social, sans sacrifier ses responsabilités écologiques, dans le respect de l’humain et du citoyen. En passant devant un magasin qui affichera son acceptation de la Mesure, le client pourra se dire qu’il peut aussi se conduite en citoyen et on peut espérer qu’il sera de plus en plus incité à donner sa préférence, au moment de faire le choix d’un achat, aux autres prestataires qui font vivre le même réseau. C’est là que le mécanisme de la Mesure – elle n’est valable qu’à l’intérieur d’un réseau – permet à chacun de retrouver de la responsabilité : en redonnant à chacun la maîtrise du qui, du où et du quoi.
Il aurait été plus simple de réduire la Mesure à une simple carte de fidélité ou de se contenter de rester entre producteurs bio et consommateurs bobos. La Mesure a choisi tout au contraire de tenter une expérimentation sociale « sur la crête », une « espérience ».
A propos de l’auteur : Michel Lepesant est l’un des porteurs du projet de la Mesure et est membre des Objecteurs de croissance.

