La Bricothèque

Les outils de la solidarité

La Bricothèque a ouvert ses portes en septembre 2013 à Marseille. Un lieu solidaire où l’on vient emprunter du matériel de bricolage et apprendre quelques notions de base pour retrouver l’envie de s’approprier son logement.

1 1

Au 28 rue Flegier dans le 1er arrondissement de Marseille, une façade couleur abricot et une enseigne peinte à la main indique « La Bricothèque ». Cet espace unique dans la région a ouvert ses portes en septembre 2013 grâce à la volonté de deux associations, HAS (Habitat Alternatif Social) et les Compagnons Bâtisseurs de Provence. La première emploie près de 100 salariés et développe de nombreux dispositifs autour des questions du logement des plus défavorisées, de la santé et de l’insertion. La seconde mène des actions d’auto-réhabilitation accompagnée et d’insertion depuis plus de 30 ans. L’une et l’autre ont à cœur de travailler au quotidien les questions de participation et de citoyenneté. Mais pour un public aussi marginalisé que celui d’HAS, avant de parler de citoyenneté, il s’agit de retrouver la dignité. L’entretien de son habitat aide à cela mais faut-il encore disposer du matériel et des connaissances pour y parvenir.

Prêter, former, écouter, créer du lien social

C’est tout l’enjeu de la Bricothèque, un lieu où adhèrent des bailleurs sociaux et des associations « prescriptrices » et qui propose de louer du matériel de bricolage en contrepartie de la somme symbolique de 2 euros car “même chez les pauvres, quand on veut rester digne, on paye”, explique Nathalie Gurzynski, administratrice de la Bricothèque et directrice d’HAS. Dans une pièce au fond du local, des étagères sont remplies de matériel donnés par les grandes enseignes de bricolage. Les rouleaux de peintures neufs s’entassent à côté d’escabeaux, de perceuses et autres petits matériels de bricolage indispensables à tous travaux de base dans son logement. Au-delà des 2 euros, il n’est pas demandé de caution, les associations se portent garantes, mais si le matériel n’est pas retourné, les personnes fautives n’y auront plus accès. Telles sont les règles à la Bricothèque.

Autre obligation avant tout emprunt de matériel, la participation à une petite formation gratuite sur quelques notions de sécurité et sur les droits et devoirs des locataires afin de bien distinguer ce qui relève du domaine du propriétaire et du domaine du locataire dans les travaux qu’on peut faire chez soi. Ce travail sur la responsabilisation est central dans le projet de la Bricothèque car “si les gens que nous accompagnons ont bien d’autres priorités que l’entretien de leur logement, il faut leur rappeler qu’un logement ça se dégrade vite. Et se dégradant, ça a un coût qui conditionne leurs relations avec leur bailleur et donc la confiance qu’il peut leur rendre et, au bout du compte, ça conditionne leur maintien dans le logement”, poursuit Nathalie.

Ouverte les mardi, mercredi et jeudi, la Bricothèque dispose d’une salle où sont dispensées les ateliers avec un mur « cobaye » qui permet au public de s’exercer. Les Compagnons Bâtisseurs proposeront plusieurs petites formations au bricolage à partir du mois de mars. Le coût de ces ateliers (5 euros) est pris en charge par les associations.

« Pas une copie pour pauvres de Castorama »

Si beaucoup de choses restent encore à mettre en place (l’activité démarre à peine), la Bricothèque a été pensée comme un lieu ouvert. Tout d’abord, en favorisant la mixité des publics avec la possibilité pour des membres solidaires d’adhérer et venir emprunter du matériel ou faire des dons (ce matériel n’est pas prêté pour des raisons de sécurité mais redonné). “Ils viennent aussi rendre service ici, on réfléchit à un système de tutorat” précise Nathalie. Ensuite, dans la conception même du lieu pensé pour accueillir des exposition et un atelier en étage qui peut être utilisé comme résidence d’artiste pour deux ou trois semaines maximum. Ce que traduit Nathalie avec humour : “le fait d’en faire un lieu un peu artistique et culturel en même temps que le bricolage ça nous sort de l’idée qu’on soit une simple copie pour pauvres de Castorama”. Cette ouverture voulue par les fondateurs de la Bricothèque a également permis d’associer les jeunes volontaires européens d’UnisCité aux travaux d’aménagement ainsi qu’à la réalisation de la fresque sur la façade. Et d’envisager avec eux un événement au mois de juin qui associera l’école, les commerçants et les habitants du quartier.

5 5 Véronique et David anime la Bricothèque 3 jours par semaine

« Un jour, la Bricothèque devra vivre par elle même »

La Bricothèque n’a pas pour vocation de continuer à être éternellement portée par les deux associations fondatrices. Leur volonté est qu’elle puisse trouver son propre chemin, s’autonomiser et continuer avec les gens qui la font vivre, en l’occurrence David et Véronique embauchés en contrat aidé pour animer le lieu. Mais le projet vient à peine d’être lancé, il a besoin de temps pour que d’autres y adhèrent et, qui sait, s’en emparent un jour. Et Nathalie d’imaginer un parallèle avec le public accompagné par HAS, “c’est comme avec les personnes qu’on héberge. Une fois qu’elles sont locataires, on n’a plus de raison d’exister. Pour la Bricothèque, c’est pareil, le jour où ils s’en emparent, on n’aura plus besoin d’y être. On viendra encore les voir, on sera peut-être membre solidaire mais ils n’auront plus besoin d’être poussés”.

2 2

Reste que d’ici là, le projet doit trouver un modèle économique solide. Aujourd’hui, il parvient tout juste à se financer grâce aux soutiens de la fondation Abbé Pierre, la Fondation de France, la Caisse d’épargne et du Conseil général 13 pour les aides à l’emploi. Les institutions ne l’ont pas subventionné, trop original probablement. Mais force est de constater que l’idée est bonne, opérationnelle et répond à un besoin identifié. À tous ceux qui voudraient essaimer, le message de Nathalie est aussi enthousiaste que limpide : “si le modèle plaît, les gens copient, on leur explique même comment on l’a fait et on est prêt à les aider dans la démarche !” Voilà pour l’état d’esprit de ses fondateurs.

La Bricothèque, ce lieu unique dans la région, apporte bien plus que ce qu’elle propose en façade : lien social, dignité, autonomie, pouvoir d’agir, autant de valeurs qu’elle diffuse à travers les notions de bricolage. Bien loin de l’obsession de ceux qui voudraient nous faire travailler le dimanche !

Plus d’infos :
La Bricothèque
30, rue Flégier - 13001 Marseille
labricotheque@hotmail.fr
04 96 21 20 07

Mis à jour : jeudi 20 février 2014
La dynamo

· Lire les anciens numéros