Juin 2005

Les Diables Bleus à Nice


Interview de Richard, membre du collectif artistique Les Diables Bleus à Nice

La Dynamo : Où en sont les Diables Bleus aujourd’hui ?
Richard : Les Diables Bleus sont nés à Nice en 1999, de l’initiative d’artistes - comédiens, musiciens, plasticiens... - avec comme volonté de partager des pratiques autant que des moyens, notamment de trouver un espace de création commun. Nous avons occupé une ancienne caserne dans Nice, jusqu’en décembre 2004, où nous avons été expulsé ; la caserne a été démolie depuis. Malgré ce coup dur le collectif perdure, nous avons ouvert un petit local à proximité de l’ancienne caserne, mais nous sommes loin du potentiel que nous avions.

La Dynamo : Comment vous définissez vous, des amuseurs, des agitateurs, des résistants… ?
Richard : On n’est pas des rebelles ni des marginaux, nous voulons participer à la vie culturelle et à la vie tout court de notre ville. La culture populaire n’a pas ou peu de prise en charge de la part des élus locaux. Or notre travail nécessite un minimum de moyens, notamment des locaux adaptés. L’initiative personnelle des artistes de notre collectif remédie à la carence politique sur Nice.

La Dynamo : Nice est un territoire verrouillé ?
Richard : Nice est verrouillée et cadenassée par le pouvoir politique. Mais ce n’est pas seulement une question d’étiquette politique, c’est avant tout une question de conception du développement sur la côte d’azur. Nice est très touristique, tout en matière de culture est fait autour du tourisme.
Quand on essaye faire quelque chose pour la population locale, on ne trouve ni soutien ni reconnaissance des pouvoirs publics. Il ne reste que les initiatives de collectifs indépendants, de constructions alternatives de quartiers. Pourtant il est possible sur d’autres territoires de construire des offres culturelles populaires en partenariat avec les collectivités locales. C’est ce que nous revendiquons pour Nice.

La Dynamo : Pas de locaux, pas de création, les Diables Bleus sont dans l’impasse ?
Richard : Ce n’est pas la fin des Diables bleus. En 1999 nous étions un regroupement de cultureux sans locaux. Aujourd’hui certains ont eu des solutions individuelles, certains ont été dégoûtés et sont partis, et d’autres continue dans le collectif. Le collectif a besoin de rebondir après la démolition de nos anciens locaux. L’envie d’un lieu de création est forte. Des idées existent : réinvestir un nouveau lieu, mais ce n’est pas facile car il y a de moins en moins de lieux potentiels, de louer des locaux de taille intermédiaire, ou encore de monter une SCI et d’acheter à plusieurs. Mais dans tous les cas la situation est difficile, la pression foncière joue contre nous, l’absence de soutien des pouvoirs publics n’aide pas. Et puis cela ne fait que six mois que nous avons été expulsés, nous avons encore besoin d’accuser le coup, de faire le bilan.

Ce sont des espaces éphémères et populaires dans l’espace public : spectacle de rue, repas de quartier… Ça recrée du lien, ça permet de se rencontrer dans la rue, là où on ne fait que se croiser. C’est une façon de refaire du collectif contre l’individualisme ambiant.

La Dynamo : Festivals, foires, fanfares… ça produit quoi ?
Richard : Ce sont des espaces éphémères et populaires dans l’espace public : spectacle de rue, repas de quartier… Ça recrée du lien, ça permet de se rencontrer dans la rue, là où on ne fait que se croiser. C’est une façon de refaire du collectif contre l’individualisme ambiant.
Les acteurs culturels qui travaillent avec et pour la population, dans les espaces publics, n’ont plus les moyens de faire leur travail, alors la seule solution c’est d’occuper des lieux de deux jours à vingt ans. La culture populaire n’est pas prise en compte. La DRAC finance une culture qui touche une certaine catégorie sociale et culturelle, pas ceux qui investissent la rue.
La découverte de talents divers est un travail permanent.
Par exemple, le Conseil régional Paca peut soutenir des projets culturels de qualité. Toutes les institutions ne sont pas à mettre dans le même panier, mais les temps sont durs pour les créateurs.

Contact
Richard : cougourdemasquee@hotmail.com
Diables Bleus : 04 93 56 26 58

En images

Lolo rebel, les diables bleus, 2004 Les diables bleus, manifestation, 2004
Mis à jour : lundi 26 septembre 2011
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