Par Pascal Hennequin

Le FestiS : monnaie locale, le temps d’un festival


Photo de Vincent Lucas Photo de Vincent Lucas

Retour en quelques questions sur l’expérience menée en juin 2010 lors de FestiSol-Les Estivales de la Biodiversité à St Cannat

Pourquoi avoir lancé une initiative monétaire ?

Dans le cadre de l’organisation de FestiSol, festival participatif sur les alternatives citoyennes écologiques et solidaires en région PACA, le groupe Compter et Echanger Autrement avait lancé l’idée d’utiliser une monnaie locale le temps d’un festival avec plusieurs objectifs : comprendre et expérimenter la création monétaire, informer le public présent sur d’autres façons d’échanger, dynamiser les échanges entre structures participantes, mesurer les échanges et enfin (sur proposition des organisateurs !) de réduire le budget en euros en mettant en place un pourcentage de la rémunération des intervenants en monnaie locale réutilisable ensuite dans le réseau ainsi initié, tout cela en prémices de coopérations plus larges au niveau de la Région.

Quel est le modèle et le fonctionnement de l’initiative : quel type de Monnaie Sociale Complémentaire a été choisi ? Quand a-t-elle été lancée ? Quels acteurs ont aidé ? Quel est le territoire concerné, le public qui utilise cette monnaie ? Quelle est l’échelle atteinte, l(es)’ impact(s) ?

En amont, des séances d’informations sur l’argent et les monnaies ont eu lieu afin de se construire une culture commune. Des films comme l’Argent Dette II, ou la Double Face de la Monnaie, ou L’argent ont été regardé en groupe et ont permis de lancer les discussions.

C’est une monnaie locale basée sur la parité avec l’euro qui a été utilisée, pour des raisons évidentes qu’une partie des participants présents était des commerçants (producteurs bio et consommation responsable). Une centaine de structures associatives étaient présentes ainsi que 70 commerçants, et plus de 2000 sont venues pendant les 2 jours grand public. Il était envisagé aussi de créer un système de crédit mutuel entre les structures organisatrices et leurs fournisseurs-partenaires sur une base de 10 à 15% sous cette forme.

A l’occasion du festival qui a eu lieu en juin 2010 à St Cannat, environ 14 000 FestiS ont été utilisés sur les 45 000 FestiS fabriqués avec des valeurs faciales de 5, 1 et 0,2 FestiS. Deux caisses permettaient de faire l’échange 1 euro = 1 FestiS et les commerçants se constituaient un fond de caisse de 200 FestiS en échange d’un chèque de caution. Un petit tract d’information sur la monnaie et l’argent était distribué à cette occasion.

Au départ, il était question de pratiquer un taux de change positif, du genre 100 euros pour 105 FestiS, mais les montants faibles des échanges prévus nous ont fait y renoncer. Le grand public ne pouvait rééchanger ses FestiS en euro, la monnaie étant fondante en totalité au bout des 3 jours. Pour les professionnels, ceux-ci pouvaient repasser en euro, moyennant un taux de change identique, bien qu’au départ un taux de 3% ait été envisagé pour aider à financer l’opération.

Quels sont les (principaux) résultats, les leviers et les obstacles identifiés, rencontrés, à venir… ?

L’information et la communication ont manqué lors de la phase de change afin d’expliquer les objectifs de la démarche. Il aurait fallu clairement afficher et distribuer par écrit les différents objectifs. Il faut vraiment prévoir des outils de communication en amont et avertir les commerçants d’une telle opération qui peut surprendre.

La confiance a été présente et l’acceptabilité de la monnaie s’est faite puisqu’environ 30% du chiffre d’affaires des commerçants a été réalisé en FestiS, et de 90 à 100 % au bar ou en restauration. Cela a généré des échanges autour de 14000 FestiS. Cependant, beaucoup d’exposants et de commerçants ont vu dans les Festi’S un moyen de contrôler leur chiffre d’affaire et ne sont pas forcément prêts à tant de transparence… La gestion des 2 caisses et de la “banque centrale“ a nécessité un gros travail pour 5 personnes pendant les 3 jours.

590 FestiS ont fondu et sont venus financer le festival. Les bénévoles et les invités ont reçu des FestiS (environ 15 par jour) pour se restaurer, avec la liberté d’en disposer, facilitant ainsi la trésorerie et la comptabilité des organisateurs tout en laissant le choix aux bénévoles de dépenser leur FestiS où bon leur semblait. Cela a permis aux “caissiers“ de mesurer précisément les différents flux d’échange et de limiter la circulation d’euros. La contrefaçon de billets imprimés sur offset était peu risquée puisque ceux-ci n’avaient une durée que de trois jours. Se pose la question pour des temps plus longs.

Enfin, nous aurions pu faire une monnaie encore plus spéciale, en donnant aux FestiS des caractéristiques qui la rendent beaucoup plus différente des Euros (avec un taux d’échange aval ou amont permettant de financer un projet d’économie solidaire) ou en donnant au public l’opportunité d’obtenir des FestiS par d’autres moyens que par l’échange contre des euros.

Finalement, cette expérimentation n’avait pas pour but perdurer dans le temps et était vraiment à but pédagogique.

L’expérience du FestiS a permis de constituer un premier noyau d’acteurs, de semer des graines de changement dans les esprits, notamment avec le SEL de Mars, l’APEAS et plusieurs autres structures de son réseau, afin d’expérimenter d’autres formes de monnaies complémentaires.

Quels sont les besoins et les futurs projets (objectifs à court, moyen et long termes) ?

Nous essayons de prolonger cette expérimentation en 2011 avec dans un premier temps une mesure des échanges inter-structures déjà existants tout en l’ouvrant à nos adhérents et/où clients.

Existe-t-il d’ailleurs un tel outil dans d’autres réseaux ?

Nous essayons de mobiliser plus largement, et mettre par écrit nos objectifs communs afin de lancer une monnaie d’ici moins d’un an.

Quels sont les outils utilisés, ceux sur lesquels l’acteur réfléchit pour aller plus loin (information/communication, gestion, etc.)

Nous proposons en libre accès notre méthodologie (gestion du flux des caisses, outils de suivi, billets, …).

Nous avons mis en ligne de manière détaillée tout le bilan de cette expérience et les outils : tract d’information, répartition des billets, outils de gestion et de suivi caisse et banque, enquête inter-associative. On se référera à l’annexe Bilan du FestiS dans le bilan du Polyforum FestiSol-Les Estivales

Quel « intérêt » pour une mise en réseau internationale ?

D’une part, toute expérience venant aider les autres et aider à résoudre de nombreux points techniques sont intéressantes à partager : outils d’information, forme électronique utilisant la téléphonie et internet, TVA, impôts, aspect légal, temps nécessaire à la gestion d’une banque alternative, micro-crédit, …

A l’instar des SELs, il nous faut échanger entre nous sur nos savoirs et savoirs-faire. Peut-être cela permettra -t-il aussi de réaliser des échanges inter-monnaies et de créer des constellations monétaires, qui sait ? Avoir un retour sur les ressources nécessaires (temps, moyens) pour lancer et gérer une ou des monnaies, serait un plus. Il faut aussi intégrer en plus de la quantification des échanges – doit on d’ailleurs tout mesurer ? - , des valeurs de reconnaissances pertinentes pour évaluer la qualité et la justesse des échanges et ainsi favoriser ceux qui sont réellement basés sur la réciprocité et la coopération dans l’objectif de re-créer du bien commun. Le colloque international sur les monnaies sociales et complémentaires, organisé à Lyon mi-février, souhaite initier un tel espace d’échange et de travail.

La création monétaire libre : une révolution aussi importante qu’internet ?

Au niveau de communautés et des associations, Jean-François Noubel porte avec The Transitionner le développement de Flowplace, c’est à dire un site web où une communauté, une association, peut créer et échanger ses propres monnaies dites libres (à l’image des logiciels libres) en fonction de ses besoins et de sa vision de la richesse (échange qualitatifs et/ou quantitatifs), car comme le dit Patrick Viveret : « ce qui compte n’est pas forcément ce qu’on compte ».

A un niveau plus national, Philippe Derruder et André Jacques Holbecq proposent la Création d’une monnaie nationale complémentaire (aux Editions Yves Michel) afin de développer des entreprises à mandat sociétal et toute une économie associée pour relever les défis humains et écologiques.

Au niveau des transnationales, il est aussi intéressant de suivre les initiatives telles que celle portée par Bernard Lietaer avec le projet de monnaie TERRA, monnaie mondiale pour des transactions multimillionnaires entre grandes entreprises, qui a pour but de stabiliser l’économie en période de crise (comme le fait le WIR en Suisse avec 60 000 entreprises adhérentes) et aussi afin de les encourager à penser à long terme.

Et à présent, et si on apprenait ensemble à créer et échanger des monnaies qui portent nos valeurs ? Rendez-vous à l’Apeas pour en discuter lors de l’atelier du vendredi 4 mars 2011 après midi, avec l’aide de Jean-Michel Cornu de la FING, et auteur du livre De l’innovation monétaire aux monnaies de l’innovation, et du SEL de Mars. Un exercice pratique que j’animerai, se fera sur le flowplace. Inscription auprès de l’APEAS. Cet atelier se poursuivra par une soirée à l’Equitable Café sur la création monétaire alternative.

A propos de l’auteur : Pascal Hennequin a porté le projet Festisol de l’Apeas et mis en place le FestiS dans le cadre de cet évènement en juin 2010. Il est membre fondateur de fokus 21.

Mis à jour : mardi 15 février 2011
La dynamo

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