La petite ourse, un grand projet humain

La Petite Ourse est une ressourcerie installée à Gap. Portée par l’association du même nom, elle œuvre depuis 1992 au réemploi et à l’insertion de personnes en difficulté.

Son directeur, Gérard Davanceau précise d’emblée, « ici l’activité n’est qu’un support à l’insertion ». 12 encadrants techniques, 45 salariés en insertion, deux sites sur Gap (l’atelier et le magasin), la Petite Ourse porte un grand projet, avant tout humain.

Aujourd’hui, dans les 4 camions de l’association, les équipes récupèrent environ 1000 tonnes de déchets par an qui sont à 65% revalorisés dans les ateliers avant d’être vendus dans les 300 m2 du magasin à quelques 40 000 clients. Le reste est recyclé et part dans les filières adaptées. Depuis 12 ans, l’association a recentré ses activités sur la ressourcerie ce qui a gêné quelques brocanteurs du coin, y voyant une concurrence au rabais. C’est pourquoi, en bon voisin de paix, la Petite Ourse organise chaque année deux brocantes (pas une de plus !) avec les objets recherchés par ce public particulier. De même, pour les objets exceptionnels, ayant un intérêt patrimonial ou historique, la Petite Ourse les remet aux collectivités pour alimenter les archives départementales, musées et autres lieux de conservation. Tout cela à un prix loin d’être celui du marché. Mais Gérard Davanceau y tient, «  c’est une véritable démarche de notre part  » précise-t-il, rendre à la collectivité ce qu’on lui doit.

Ici l’esprit associatif règne, fort d’un engagement quotidien et malgré les difficultés financières. L’association dégage 37% d’autofinancement et voit les deniers publics diminuer chaque année, tout comme l’activité qui baisse : les gens donnent moins, les professionnels profitent des nouvelles filières REP (responsabilité élargie des producteurs). Un fait contre lequel peste Gérard «  avant, il nous fallait 3 appareils pour en réparer un, aujourd’hui, il en faut 12 ! ».

"On ne fait pas de l’éducation à l’environnement, on la pratique !"

Malgré cette situation inconfortable, la Petite Ourse continue de tracer son chemin singulier dans le paysage haut alpin. L’atelier tapisserie d’ameublement, par exemple, est unique dans la région. Un encadrant, ancien artisan tapissier, aide les salariés à redonner vie aux centaines de chaises, fauteuils et autres meubles qui s’entassent dans le local. Au détour d’une discussion, il nous précise utiliser de la véritable colle de tapissier, à savoir un mélange farine et eau et le moins possible de néoprène. La démarche écologique de la Petite Ourse est exemplaire, même si Gérard Davanceau répète qu’ils essaient de s’améliorer sur le volet éducation à l’environnement. En effet, dans tous les ateliers, on nettoie les objets à l’air comprimé à l’aide d’un ingénieux système, c’est autant d’eau économisée pour un résultat similaire. De même, après une rencontre avec un ingénieur d’EDF, la Petite Ourse a mis en place une méthode de test de la consommation électrique des réfrigérateurs. Ainsi, lorsqu’ils sont mis en boutique, ils sont tous accompagnés d’une estimation en euros de leur consommation électrique annuelle. Et pour un public dans le besoin, l’information est loin d’être anodine.

Côté insertion, la Petite Ourse est aussi exemplaire. Les salariés sont encouragés à passer le Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) délivré par un jury après des périodes de formation. Bien souvent un premier diplôme pour des salariés en insertion et une valorisation nécessaire pour reprendre confiance. Le CQP est aussi l’occasion de faire du lien avec des entreprises qui souhaitent embaucher des salariés à qualifier mais qui ont besoin d’être rassurées sur l’employabilité des personnes. 6 bénévoles de l’association ont également été formés à la détection de l’illettrisme et accompagnent les salariés dans cet apprentissage fondamental.

 "Une vraie gouvernance partagée" 

Mais l’exemplarité de la Petite Ourse ne s’arrête pas aux portes de son activité. Quand Gérard Davanceau arrive dans l’association en 2002, elle est en crise. Il partage alors la direction avec deux autres personnes pendant un an, ils forment un triumvirat. La situation est complexe mais il garde le souvenir d’une richesse immense. «  Après, on ne voulait plus travailler seul tellement c’était bien  », avoue-t-il un brin nostalgique. Une fois la situation stabilisée, les deux autres co-directeurs s’envolent ailleurs et Gérard continue son travail à la Petite Ourse avec la volonté de créer une véritable gouvernance partagée. Aujourd’hui, l’association compte une trentaine d’adhérents tous impliqués. Un conseil d’administration de 10 personnes se réunit une fois par mois et travaille en collaboration avec l’équipe salariée. Un document sur le partage des responsabilités entre CA et équipe dirigeante salariée est revu chaque année. Pour Gérard, «  la Petite Ourse est une véritable association car c’est le projet le plus important ». Il est parfois bon de rappeler certaines évidences... Mais il voudrait aller plus loin et avoue rêver de glisser vers un modèle coopératif (SCIC ou SCOP), ce qui ne semble pas partagé au sein de l’équipe. Alors pour l’heure, la coopération s’organise avec d’autres associations et réseaux, du local au national. La Petite Ourse est membre du réseau CHANTIER école qui regroupe nationalement des acteurs de l’IAE (insertion par l’activité économique). Elle participe également au réseau des Ressourceries, est affiliée à la Ligue de l’Enseignement, conventionne avec le Rotary qui lui envoie des bénévoles pour le CQP...

Bref, la Petite Ourse est loin d’être une étoile isolée dans le ciel gapençais.

Plus d’infos :
Association La Petite Ourse
18 rue des gentianes - ZA les Eyssagnières - 05000 Gap
04 92 53 49 04
asso@petiteourse05.com

Mis à jour : vendredi 4 avril 2014
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