L’exemple de Salies en transition

Kitty de Bruin est hollandaise. Membre du groupe Salies en Transition, elle a participé à la création d’un jardin collectif dans le village de Salies de Bearn. Elle nous en raconte l’histoire.

Prendre sa retraite en France, c’est un rêve de beaucoup de Hollandais. Il existe même une expression en Hollande : "vivre comme Dieu en France"(Leven als god in Frankrijk).

Depuis 2002 j’habite en France, en Béarn, entre montagne et mer. Quelques années avant la retraite, je pouvais organiser mon travail en distance comme consultante (indépendante) en télétravail.

Cultiver un jardin m’a toujours intéressé. Mais avec une petite parcelle (600m2) à coté de la péniche où j’habitais en hollande et plus de 60 heures de travail par semaine, il ne me restait pas beaucoup de temps pour m’en occuper vraiment et c’est pourquoi les techniques comme la permaculture et les plantes vivaces ont attiré mon attention.

Quel bonheur en France avec un grand terrain de presque un hectare !

Le premier livre en français que j’ai acheté sur le sujet des jardins était "Le beau jardin du paresseux" ( Partricia Beuger). Sans vraie méthodologie de permaculture, mais très pratique, j’ai bien compris comment et pourquoi on doit couvrir le sol. Le deuxième livre était d’Antoine Breuvart : "Le monde des plantes de terre argileuse".

Une des premières leçons de permaculture que j’ai retenue est que si on ne connaît pas et n’observe pas le sol et la biodiversité, les résultats sont durs et coûteux. Bref, nous avons transformé le jardin petit à petit, réinstallé la mare, ajouté des arbres locaux dans le verger avec 60 arbres et nous avons planté plus de 3000 plantes, arbres et arbustes dans notre jardin privé.

Nous avons fait un voyage dans le Devon, en Angleterre, dont le but était de parler avec Martin Crowford qui a installé à coté du Schumacher Institute une forêt où l’on intégrait des plantes comestibles ainsi que des arbres et des arbustes à fruits : "The edible forest garden". Un concept magnifique, malheureusement encore mal connu dans le monde. La symbiose des plantes induit un cycle perpétuel, ne nécessitant ni rotation, ni binage, ni arrosage. Le système est autonome. Non loin de cet endroit, se trouvait la petite ville de Totnes où presque tous les magasins proposaient des légumes bio et/ou locaux. Il y avait même un commerce de pompes funèbres qui offre des draps en feutre et des cercueils en roseau. Nous sommes entrés dans une librairie pour acheter le livre de David Jacks et Eric Toesmeier, "Ecological vision and theory, design and practice for temperate climate permaculture" ainsi que "The transition handbook". Nous nous sommes alors rendus compte qu’il s’agissait de la ville de "Totnes en Transition".

Création de Salies en transition

Nous avons amené l’idée de la transition en Béarn et après 3 projections du dvd « En transition 1 » à Salies, un premier groupe de travail fut créé juste après la projection du film « Solutions locales pour un désordre global ». Le débat qui suivit mit en évidence la demande de personnes de se procurer des semences locales. Notre proposition fut de former un groupe d’échanges de semences afin d’échanger et partager nos savoir-faire sur le terrain. Le groupe a démarré à 12 personnes et en compte maintenant plus de 40. Pendant l’été 2010, le maire a mis à disposition du groupe un terrain nu de 3000 m2 en plein centre-ville. C’était un terrain vague, entre un lotissement, les salines et l’ancienne gare, utilisé pendant les festivals comme parking.

Afin de mener à bien ce projet, nous avons fondé l’association « Salies en Transition » et signé une convention avec la mairie en 2011. Outre la convention, nous avons fait un plan et une liste des activités à faire par nous et celles incombant aux services techniques de la municipalité. Le lieu est ouvert au public, sans clôture, accessible à tout le monde.

Le jardin participatif et culture en carré

La parcelle était l’ancien terrain de la gare, une ligne entre Puyoo et Biarritz, malheureusement supprimée. L’ancienne gare est devenue l’école de Musique. Le terrain n’était pas adapté pour cultiver les légumes (les rails, le béton les pesticides, etc). Compte tenu qu’il devait y être plantés des légumes oubliés ou anciens, nous avons choisi de les installer en hauteur, dans des caisses à kiwi ou construites en bois de palettes. Il y a plusieurs avantages à ce choix : le fait que les légumes soient plus visibles en hauteur, l’entretien et la culture en sont facilités, les chiens n’urinent pas sur les plants, la terre est plus saine et propre grâce à un apport de compost, on peut également y faire des mélanges de terre différentes (sableux, argileux, calcaire.. en fonction des plantes).

Sikig, producteur bio de kiwi, nous a offert 40 palox. Pour la première phase, nous avons rempli 12 palox avec le terreau mis à notre disposition par les services techniques de Salies de Béarn. Nous avons placé le géotextile dans les bacs, pour éviter au terreau de disparaître.

Ensuite, nous avons mis en œuvre la technique dite de "lasagne" en permaculture (couche de carton, couche de compost, etc). Une technique utile pour garder l’humidité et bénéficier d’un meilleur compostage.

Les difficultés 

L’installation de cuve de récupération d’eau de pluie à partir de la toiture de l’école de musique (avec un capacité de 3000 litres) a été réalisé à la fin de l’été 2012. En automne nous avons élargi le projet avec 24 bacs, mais à cause de l’hiver très froid et humide, nous n’avions pas rempli tous les bacs. Avec les tas de compost et les bacs pas encore en ordre, le maire a jugé que le jardin n’était pas assez représentatif. Après discussion, nous avons décidé de réduire le projet aux 24 bacs et améliorer la présentation (structures avec bambous, panneaux avec dessins sur les bacs, etc). Toutes les personnes des groupes de semences ne sont pas adhérentes, certaines ont un jardin eux mêmes ou n’habitent pas à Salies, mais notre but est d’avoir 40 adhérents au projet cette année.

Les résultats en 2012 

Pour le groupe c’était un vraie réussite. Nous avons cultivé plus de 50 variétés de légumes et fleurs (par exemple des tomates voyageurs, des panais, des choux fleur violet etc.) pendant l’été 2012. Et parce que nous travaillons ensemble tous les jeudi soirs et que la distance entre les bacs est petite, nous échangeons des idées, des savoir-faire, des plantes etc. Une école s’occupe de trois bacs et nous échangeons avec eux livres et savoir-faire. Après le travail, on mange souvent ensemble spontanément, les personnes amènent des boissons et des plats faits maisons et on mange bien sûr les légumes de notre récolte.

Expérience

Notre groupe cumule beaucoup d’expériences en agriculture biologique. Dominique, qui entretient un hectare de culture au château d’Orlon fait aussi partie du groupe. Mélanie, maraîchère professionnelle, amène des légumes extraordinaires. Une voisine, Johanna, qui habite à coté de ce jardin est la « vraie gardienne » du jardin. Elle a réalisé beaucoup des dessins qui embellissent les bacs et nous donne de bonnes idées comme les structures en bambou par exemple. Le lieu est ouvert comme un espace collectif et participatif et nous avons organisé plusieurs trocs des graines et plantes, bien appréciés par le public.

Le liens sociaux

Nos adhérents ont travaillé ensemble au jardin et ont planté, semé, récolté, échangé des savoir-faire et des recettes de cuisine, appris des méthodes de rotation de culture, retrouvé des variétés anciennes, le paillage, la technique en lasagne etc. On se retrouve aussi dans nos jardins privés pour aider au moment des récoltes et amener le surplus. Pour permettre l’accès de notre jardin à toutes les générations, surtout aux personnes ne pouvant pas se déplacer, c’est le jardin qui va à ces personnes. Ainsi nous avons disposé 4 bacs à la maison de retraite St Joseph pour créer un jardin thérapeutique, outil de stimulation de la mémoire pour nos anciens, issus du milieu rural avec une grande expérience du jardinage. L’atelier jardinage avec les résidents âgés est encadré par l’animatrice de l’institution en collaboration avec l’association Salies en Transition pour les dons de plantes et semences. Nous avons participé au marché des producteurs à Burgaronne, au jury des maisons fleuries à Salies de Béarn, à la journée d’information sur les abeilles.

Projets pour l’année 2013

Mise en place avec la mairie d’un massif de plantes aromatiques, qui sera mis à la disposition des Salisiens. Ouverture d’un emplacement spécial enfants. Deux bacs à compost en bois avec informations pour l’utilisation. Identification et usage des plantes. Création de panneaux d’information. Matérialisation de l’entrée. Nous souhaitons faire un abri pour se protéger des intempéries (pluie et soleil).

Les leçons

Faire un jardin totalement différent des « normes » en France est difficile et nécessite beaucoup de patience et de tact. Pour ma part, j’ai appris beaucoup de la culture française et des mots béarnais. J’ai aussi compris que le mot exemplaire ne veut pas dire "donner les exemples pour apprendre le jardinage et montrer des plantes extraordinaires", mais signifie "parfait", et notre jardin n’est pas parfait du tout.

Pour le groupe, nous avons appris collectivement qu’un jardin pour et par les citoyens est possible avec les liens sociaux entre générations et des personnes avec des idées différentes.

Plus d’infos :
saliesentransition@gmail.com
http://salies-de-bearn.transitionfrance.fr/

Mis à jour : mardi 23 avril 2013
La dynamo

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