L’épargne citoyenne au service des initiatives solidaires

L’argent est au centre de nos vies et de notre société, il participe à l’organisation des échanges et au modèle économique. Parler de l’utilité et du sens de l’argent est donc éminemment politique. Cela nous renvoie à la question : dans quelle société souhaitons-nous vivre ?

Aujourd’hui, le modèle économique dominant, basé sur le capital, donne une place prépondérante à l’argent et plus particulièrement à la finance. Il conduit à faire du profit la finalité de l’économie au détriment de l’économie comme moyen au service des hommes. Où est le vivre ensemble ?

La mondialisation en cours, en favorisant la libéralisation des marchés des capitaux, accentue les inégalités entre une minorité qui profite de ce système et une majorité qui le subit. En plus de l’accroissement des inégalités sociales, ce système a un impact de plus en plus négatif sur la gestion de la planète, la gestion des biens communs de l’humanité (pillage des ressources naturelles, destruction de la bio diversité...). L’argent, à travers la marchandisation accrue des biens et des services, s’infiltre au coeur de tous nos échanges. Ce qui avant relevait du troc, de l’échange de services ou de la solidarité familiale devient aujourd’hui une prestation de services à la personne. Tout s’achète et tout se vend, prône le libéral convaincu. La société humaine est en fait un vaste marché où l’offre et la demande se régulent pour le bien-être de l’humanité. Cette vision d’un monde basée sur les valeurs du marché, qui institue comme finalité la recherche de profit et comme moyen la concurrence, devient chaque jour plus prégnante. Cette logique nous entraîne à ne plus nous questionner sur nos besoins réels ou nos envies mais à répondre constamment aux nécessités du marché, à consommer quitte à s’endetter, à placer son argent dans l’espoir d’en tirer un profit maximum qui nous permette de consommer davantage, etc. Le cercle vicieux s’installe.

A l’opposé de cette approche, des citoyens se regroupent, s’associent pour construire des alternatives. Ils se questionnent sur la valeur de l’échange, sur une autre conception du développement plus respectueux des hommes, de la redistribution des richesses, du développement durable, du respect de l’environnement. Ils réinventent des manières d’échanger autrement, de consommer autrement, d’entreprendre autrement, que ce soit dans une économie non marchande (réseau d’échange de savoir, système d’échange local...) ou au coeur de l’économie marchande (commerce équitable, insertion par l’économie, tourisme solidaire, écodéveloppement...).

donner une autre utilité à son argent

En tant que consommateur, nous pouvons faire nos choix dans nos modes d’achat. Nous pouvons aussi décider d’utiliser notre argent à d’autres fins que la consommation. Etre un épargnant solidaire, c’est décider de donner une autre utilité à son argent. C’est choisir d’utiliser cet argent pour soutenir des initiatives solidaires, que ce soit par une participation directe à un projet ou par un don d’une partie des gains de son épargne à une cause solidaire.

Entreprendre au sein de l’économie marchande dans une démarche d’économie solidaire, c’est placer une finalité sociétale (protection de l’environnement, solidarité, partage du savoir, lien social) au centre de son activité en lieu et place du profit et de la rentabilité financière. Cette situation place « l’entreprise » solidaire dans un double défi : assurer une viabilité économique pour permettre de pérenniser son activité et remplir sa mission d’utilité sociale. Cette nécessité de maîtriser à la fois gestion économique et utilité sociale se confronte à une difficulté supplémentaire : trouver des financeurs. La finalité sociale est beaucoup moins attractive que la finalité de profit d’une entreprise classique pour les banques ou les investisseurs traditionnels, puisque c’est le profit qui intéresse l’investisseur. De plus l’entreprise solidaire est souvent innovante ce qui ne garantit pas sa viabilité économique à court terme.

Cette situation a amené les acteurs de l’économie sociale et solidaire à réfléchir sur les moyens de contribuer au financement des initiatives solidaires, tant du point de vue de la collecte que du financement.

Comment utiliser mon argent pour contribuer à l’émergence d’initiatives solidaires ? Comment investir directement, placer mon épargne dans des instituts de finances solidaires, redonner une partie de la rémunération de mon livret d’épargne ? Quels choix en terme de prise de risque ? Pour quelle participation ? Comment est utilisé mon argent ? Quelle transparence ? Fond éthiques, épargne solidaire, quelle différence ?

Comment trouver des capitaux pour mon projet ? De quoi ai-je besoin : participation au capital, prêt, garanties financières... ? Qui fait quoi ? Comment ça marche ? D’où vient l’argent ?

Bruno Lasnier,
Directeur de l’Apeas

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Mis à jour : mardi 15 décembre 2009
La dynamo

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