Jardins collectifs et aménagement du territoire

Le PADES, Programme d’Autoproduction et Développement Social, est une association reconnue d’Utilité Sociale. Il nous livre ici sa réflexion sur le rapport entre Jardins collectifs et aménagement du territoire.

Constats et besoins

Entendons par aménagement du territoire, l’expression politique et technique des réponses qui peuvent être faites aux besoins des habitants à partir des ressources en présence et de la capacité de mobilisation des acteurs du territoire, et ce, dans une perspective de moyen et long terme.

Faire des jardins collectifs un des déterminants de l’aménagement du territoire suppose qu’on trouve une certaine utilité à leur existence et à leur développement.

Du point de vue des « déjà jardiniers », c’est gagné : Interrogez-les et vous aurez une certaine idée de ce que Jardins collectifs et aménagement du territoire peut vouloir dire le jardin, dans le rapport personnel, sinon intime que chacun pourra entretenir avec lui, dans ce qu’il crée au sein de la famille et ce qu’il donne à sa table, dans ce qu’il offre comme relation entre soi et le monde.
Du point de vue des « non encore jardiniers », mais habitants de quartiers d’habitat social où des projets de jardin sont portés par des acteurs qui choisissent la concertation comme mode de définition des options d’aménagement et règles de fonctionnement, on estime la demande entre 20 et 50 % du nombre de foyers.

Du point de vue des aménageurs, entendons par là élus et techniciens des collectivités locales et moins locales, ainsi que leurs conseils et prescripteurs, rien n’est moins sûr. Certaines idées reçues persistent sur des jardins collectifs, ouvriers qui seraient surtout des nids à problèmes, d’autres émergent à partir d’une appellation pour le moins floue mais marquante et donc valorisable, celle des jardins partagés. On les plébiscite, on les soutient, sans toutefois en attendre beaucoup plus que du lien social. Pourtant, ceux-ci peuvent produire tous les effets espérés par ceux qui souhaitent en disposer : il y en a quelques – uns à en juger les listes d’attente des jardins existants, ou le nombre d’initiatives citoyennes actives pour en créer.
Du point de vue des aménageurs toujours, les exigences d’une politique de développement des jardins collectifs se heurtent à la complexité du maillage politique, juridique et administratif qui structure le territoire et à la primauté d’autres politiques impactant l’aménagement dudit territoire pour longtemps. On construit encore des aéroports sur des zones humides à fort potentiel environnemental. On grignote toujours les terres fertiles par des périphéries de ville.

espace à valoriser ? Phocéenne d’habitations, cité la rouguière libérateurs, Marseille 11e

Pourtant, force est de constater que les jardins collectifs, au meilleur de leur forme, favorisent, par l’accès à une parcelle cultivable, une alimentation diversifiée, la consommation de produits frais et une plus grande attention à la qualité de la nourriture. Les jardins collectifs sont aussi des outils de développement social, favorisant l’autonomisation pratique des ménages, la solidarité et l’intégration, les échanges intergénérationnels et le lien social. Ce sont aussi des outils de gestion urbaine car ils permettent la réappropriation de l’espace public par les habitants et la revalorisation de l’habitat. La création de jardins, même temporaires, permet de redonner une valeur d’usage aux friches, aux délaissés et aux dents creuses qui bien souvent dégradent le paysage urbain. Ces jardins deviennent des lieux de vie, de rencontre. Au plan environnemental, le développement de jardins collectifs gérés de manière respectueuse de l’environnement contribue au maintien de la biodiversité et de la gestion des déchets par des dispositifs de compostage de proximité. Les jardins collectifs constituent également un outil de sensibilisation à l’environnement. De plus, il s’agit d’un des moyens pour lutter contre les îlots de chaleur urbains : la présence d’une végétation et de sols perméables en milieu urbain très minéral permet d’abaisser la température ambiante (D.Cérézuelle, 2013 [1] ).

Voilà que la convergence de vues et d’intérêts, individuels, collectifs, intergénérationnels, s’impose du fait même que les besoins fondamentaux des habitants sont en jeu et que l’on commence à percevoir l’extrême gravité du risque de ne pas savoir y répondre.

En effet les institutions de santé publique française s’inquiètent de l’émergence de ce qu’il faut bien appeler une pandémie de « diabésité », qui affecte principalement - mais pas seulement - les populations les plus pauvres. Sur la base d’une hypothèse d’augmentation de 4 % ou 5 % par an, la prévalence de l’obésité passerait de 16,9 % en 2006 à près de 30 % en 2020. Selon M. Laurent Degos, président de la Haute Autorité de Santé, « seuls les pays qui auront su maîtriser l’épidémie d’obésité pourront préserver leur système de protection sociale. ». (D. Cérézuelle, 2013). Par ailleurs, l’Etat - et par voie de décentralisation - les collectivités, sont dans l’impérieuse obligation, sous peine d’être sanctionnées de modifier certaines pratiques : utilisation de produits phytosanitaires, production et gestion des déchets, gestion qualitative et distribution de la ressource en eau, protection et maintien de la biodiversité. Cela ne semble avoir que peu d’importance, si l’on observe la frilosité des initiatives publiques et leur manque de coordination. Mais après tout, qui pâtirait de l’absence de changement sur ces points, sinon les êtres vivants ?

Ambition et méthode

Ainsi peut-on souhaiter que les décideurs se dotent d’une certaine ambition quant à la création de jardins collectifs. Non pas simplement en répondant sans visibilité à chaque demande de soutien à des projets de jardins isolés et disparates. Ni en se pâmant devant les flashs sur projets aboutis, lorsqu’ils aboutissent, mais pourquoi pas en souhaitant gagner en longueur de vue et en identifiant les besoins auxquels il faut répondre à l’échelle des territoires. Pour exemple, une récente étude, s’appuyant sur des données concernant plusieurs catégories de personnes et visant à préparer une politique de jardinage collectif à l’échelle de la Communauté Urbaine de Bordeaux a permis de faire l’hypothèse basse suivante : 20 000 ménages seraient potentiellement intéressées pour faire du jardinage. (CUB = 551 km 2, 720 000 habitants, dont 230 000 hab. à Bordeaux pour 61 000 logements sociaux et 20 à 25 000 demandes de logements sociaux non satisfaites). Sur la Ville d’Aix en Provence [2], Thomas Issingrini, aux côtés du CPIE d’Aix en Provence, s’est appuyé sur les fonctions principales des jardins (socio-économiques, environnementales, paysagères et territoriales) pour identifier des zones de territoire susceptibles d’accueillir des aménagements de jardins familiaux.

Jardin des Cerises, A Fleur de Pierre, cité Pigeonnier-Barbejas, Digne les Bains

Des résultats probants à l’échelle d’une commune et de manière plus pertinente encore des EPCI supposent effectivement de disposer de terrains à jardiner. Pour ce faire, il s’agit bien évidemment que les collectivités se donnent les moyens d’une offre foncière. Recenser les terrains disponibles et tenir compte de divers critères, dont la présence de pollutions, l’accessibilité, la proximité des zones d’habitat, etc. est un préalable. Inscrire les fonctions vivrières des terrains dans les documents cadres d’urbanisme est un deuxième niveau d’engagement nécessaire, jusqu’à construire pour le moyen et le long terme des réserves foncières. Par exemple, des terrains aujourd’hui pollués ou infertiles, peu chers, peuvent faire l’objet de stratégies à long terme de remédiation environnementale ou de fertilisation qui les rendraient utilisables le jour venu.

Également, il s’agit de disposer sinon de créer un environnement technique et social propice, représentatif de l’ensemble des acteurs susceptibles de participer à la définition des jardins collectifs du territoire : collectivités territoriales, EPCI, communes, SEM ou autre établissement compétent en matière d’adduction d’eau, d’environnement et de risques, agences d’urbanisme, habitants et représentants d’habitants, etc. Que les compétences de chacun soient bien identifiées et que les responsabilités soient partagées entre tous, cela suppose de développer une gouvernance spécifique qui ne saurait garantir la qualité des mises en œuvre sans un minimum d’accord préalable sur le concept même et les objectifs globaux des jardins collectifs. Les outils de cette gouvernance ? Des chartes, des décisions politiques avisées, des services et partenaires qualifiés, des opérateurs et animateurs mobilisés et formés.

Des résultats probants signifieraient par exemple que l’on penserait les jardins collectifs non pas du point de vue des seuls enjeux liés à leur aménagement matériel et technique mais également ceux liés à la fonction alimentaire. La taille des parcelles à mettre à disposition comme la qualité du sol de celles-ci sont importantes, au même titre qu’une animation qualifiée et une gestion partagée des responsabilités sont impératives contre certaines dérives identitaires et privatives et pour la qualité des productions comme des échanges au sein du jardin.

Le programme JASSUR

C’est ce que le programme JASSUR ( Jardins ASSociatifs URbains), dont le PADES est partenaire souhaite préciser. Il s’agit d’un programme de recherche sur trois ans (2013 – 2015) s’appuyant sur un consortium de 12 partenaires de la recherche et du monde associatif, dans 7 agglomérations françaises (Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Nantes, Paris, Toulouse). Il doit permettre d’éclairer les collectivités sur les fonctions, les usages, les modes de fonctionnement, les avantages ou les dangers potentiels qu’induisent les jardins associatifs au sein de villes durables en émergence.

Il entend identifier les modes d’action nécessaires au maintien voire à la restauration, au développement ou à l’évolution de ces jardins associatifs sur des territoires urbains confrontés aux défis de la durabilité.

Plus d’infos :
http://www.padesautoproduction.net/
Florence GHESTEM, chargée de mission région PACA
06 63 30 28 57
florence.ghestem@free.fr

[1] Préparer une politique de jardinage collectif à l’échelle de la communauté urbaine de Bordeaux. CUB, PADES, Saluterre, 21 mars 2013.

[2] T. Issingrini : « jardins familiaux, du développement social au développement durable – projet de diagnostic territorial sur la commune d’Aix en Provence ». Université Paul Cézanne Aix-Marseille III – Institut d’urbanisme et d’Aménagement Régional - Mémoire de Master-FC 2009/2010 Urbanisme, Projet territorial et Développement durable

Mis à jour : lundi 29 avril 2013
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