Guerilla Jardinière

Faire pousser des fleurs et des légumes afin d’interpeller les pouvoirs publics. Telle est la mission des guerilleros jardiniers

C’est l’histoire d’un mouvement qui se manifeste aujourd’hui partout dans le monde. Celui de quelques activistes (dont le nombre ne cesse de grandir) qui ont pour seules armes des graines et un arrosoir et pour cause l’envie de rendre aux villes le vert qu’elles ont perdu.
Richard Reynolds se fait le porte parole de ces activistes disséminés sur la planète, de New York à New Dehli en passant par Tokyo et Kagoma en Ouganda. Des activistes qu’il appelle des guerilleros en se référant aux origines du terme guerilla, puisant dans la littérature révolutionnaire des Mao et autres Che Guevarra.
Dans ces "guerillas", il distingue deux catégories : ceux qui embellissent, qui posent des couleurs sur le gris de la ville et ceux qui récoltent. Parmi ces derniers, les zapatistes au Mexique ou le Mouvement des Sans Terre au Brésil sont les plus connus. Une troisième catégorie émerge aux Etats-Unis, la guerilla de cueillette qu’un collectif californien a popularisé en créant "fallen fruit", un site internet recensant tous les endroits où l’on peut cueillir des fruits sur l’espace public.
Les motivations de ce mouvement libre et diffus sont très variées. Certains cultivent des terrains vagues pour nourrir les SDF, d’autres jettent des bombes de graine par la vitre de leur voiture pour fleurir des ronds points trop ternes... tout est permis.
Ce qui relie ces activités peut être résumé par cette phrase tirée de la conclusion du livre : "choisir de cultiver le terrain d’autrui s’il est négligé, c’est prendre une responsabilité là où d’autres ne l’ont pas prise." Un acte de désobéissance civile qui vise à rendre à la terre sa liberté d’expression.
Et comme souvent, quand il s’agit de désobéissance, les pouvoirs publics finissent par légitimer ces actions non violentes. Nombre de jardins partagés sont d’abord nés d’actes de guerilla jardinière avant de trouver un écho favorable de la part des autorités (voir l’article consacré au programme EUGO et les jardins de Barcelone ou Berlin).
L’ouvrage de Richard Reynolds date de 2008. Depuis, le mouvement "guerilla gardening" a continué de prendre de l’ampleur et l’internationale des jardiniers rebelles se retrouve désormais sur le site www.guerrillagardening.org pour rendre compte de leurs actions et échanger sur leurs pratiques.
Véritable manuel à l’usage des jardiniers insoumis du monde entier, "La Guerilla jardinière" est également un récit passionnant d’actions écolo-créatives sur les 5 continents. Édité dans sa version française par Yves Michel, éditeur conscient et solidaire, voilà un ouvrage qu’il est bon de découvrir et devenir soi-même un guerillero vert et non-violent arpentant la ville la fleur au fusil.

Reynolds, Richard. La guérilla jardinière. Gap : Y. Michel, 2010. 274 p. / 20 x 13 cm. Société civile. index / photogr.

Mis à jour : jeudi 25 avril 2013
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