L’Atelier citoyen d’urbanisme

Faire la ville ensemble

L’Atelier Citoyen d’Urbanisme est un projet porté par l’association Arènes en partenariat avec la Fondation Abbé Pierre. Offrir à des collectifs d’habitants l’appui d’experts dans différents domaines pour leur donner les moyens d’être de véritables acteurs, tel est l’objectif de ce dispositif né en janvier 2013.

Des constats partagés

Depuis 1999, l’association Arènes élabore et anime des démarches participatives et de concertation dans le but de développer la démocratie locale pour un développement durable des territoires. Mettre autour d’une table élus, techniciens et habitants pour que de leurs discussions émergent des solutions partagées et durables constitue son cœur de métier. Pendant des années, les chemins d’Arènes ont croisé ceux de la Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés sans pour autant travailler sur un projet commun. D’un côté, Arènes souhaitait élargir le champ de la participation et de l’autre, la Fondation Abbé Pierreétait saisie par des collectifs sur les questions d’habitat et notamment d’habitat social sans pouvoir leur apporter une réponse satisfaisante. Les moyens de la Fondation alliés à l’expertise et au réseau de l’association ont permis à l’Atelier Citoyen d’Urbanisme (ACU) de voir le jour sur le territoire régional.

Comment ça marche ?

Des collectifs d’habitants rencontrent Arènes, exposent leur demande et à partir de ces échanges, l’association propose l’intervention d’un ou plusieurs experts pour apporter les compétences nécessaires à la consolidation du projet. Pour Fathi Bouaroua, directeur de régional de la Fondation Abbé Pierre, l’ACU constitue “une opportunité de réduire le décalage qui existe entre les attentes des habitants et ce que propose la puissance publique. Il donne les moyens aux habitants d’être de véritables acteurs, c’est-à-dire d’avoir la possibilité de formuler des contre-propositions”. illustr : Jérôme Terrier illustr : Jérôme Terrier

Faire entendre la voix des locataires

Après une année d’existence, l’ACU a été confronté à différents types de demandes. A Antibes (06), le collectif « les oubliés des châtaigniers » se mobilise pour que des travaux de rénovation et de sécurisation de leur résidence soient assumés par Côte d’Azur Habitat, leur bailleur social sans jamais obtenir gain de cause. “Jusqu’à l’arrivée d’Arènes, notre avocate nous aidait bénévolement, mais cela ne pouvait pas durer. L’association nous apporte aujourd’hui un soutien financier auprès de notre avocate et nous fournit des experts”, expliquait Farah Cohen, trésorière de l’association "les oubliés des châtaigniers", à la tribune de la rencontre-débat organisée par Arènes le 15 novembre 2013.

A Hyères (83), c’est auprès de l’association des locataires La Palmeraie que l’ACU intervient. Depuis 2008, Bernard Lambotin, président de l’association, scrute les quittances et a déniché nombres de trop perçus de la part du bailleur. “ Je pensais naïvement qu’un service public français était garant du respect de la réglementation. Aujourd’hui, ce postulat est mort et enterré !” Voilà ce qui constitue le carburant du combat de celui qu’on appelle dans le réseau "Monsieur calculette". Outré qu’un bailleur social puisse gratter ici et là quelques euros qui, ramenés à la masse des locataires, constituent de véritables pactoles pour les organismes HLM, Bernard Lambotin est devenu un spécialiste en matière de procédures et de calculs en tous genres. Accompagné par l’ACU, il fait également profiter d’autres collectifs de son savoir. La mutualisation tourne à plein régime. C’est aussi cela que crée l’Atelier Citoyen d’Urbanisme, “une sorte d’accélérateur du mouvement local et de la mise en réseau”, comme le traduit David Bodinier, Sociologue-urbaniste à Grenoble. illustr : Tom Lechner illustr : Tom Lechner

Au-delà de l’habitat, penser la ville ensemble

Car au-delà des interventions sur des questions de charges et de droits des locataires face à leurs bailleurs, l’ACU accompagne également des habitants sur des projets d’urbanisme plus structurants comme ce fut le cas dans le quartier Saint Mauront à Marseille. “Des réflexions et des projets portés par Marseille Rénovation Urbaine et les services de la politique de la ville étaient en cours dans ce quartier. Des démarches avaient été initiées avec un groupe d’habitants qui s’est pris au jeu et a commencé à réfléchir à l’échelle d’un périmètre plus large dépassant le cadre de la commande publique à laquelle ils étaient associés”, raconte Mathias Bourrissoux, chargé de projets à Arènes. Le collectif d’habitant constitue alors des groupes thématiques, hiérarchise ses priorités et dégage un ensemble de projets. Mais comme l’explique Guillaume Seze, coordinateur du collectif d’habitants Saint-Mauront Bellevue : “Notre militantisme depuis des années ne suffisait pas. Les techniciens n’ont pas l’habitude que des habitants viennent les solliciter. Ils ont peur d’avoir uniquement affaire à des personnes qui réclament. L’expertise technique est indispensable pour être crédible.” Et les pouvoirs publics de voir leur échapper une démarche de concertation qu’eux-mêmes avaient initiée. Ici, “les habitant se saisissent des problématiques qui les concernent, qui leur tiennent à cœur et ils prennent en main leur propre réflexion. Par conséquent, ça sort des cercles que les institutions ont décidé d’établir” ajoute Lauriane Garcia, chargée de projets à Arènes.

illustr : Jérôme Terrier illustr : Jérôme Terrier

Voilà les véritables ambitions de ce dispositif : apprendre à faire la ville ensemble, rééquilibrer les rapports de force et élargir le champ de la participation pour créer des rapprochements. Les experts mis à disposition par Arènes sont un moyen d’y parvenir. Mais comme le rappelait Zora Berriche, membre de l’association des locataires CSF St-Barthélémy (Marseille) : “Nous, les habitants, sommes des experts de notre quartier.” Il faudra désormais faire avec !

L’Atelier Citoyen d’Urbanisme n’est pas isolé. D’autres projets défrichant le champ de la participation citoyenne sur les questions d’habitat et d’urbanisme sont nés un peu partout en France. Beaucoup sont soutenus par la Fondation Abbé Pierre et tous mutualisent leurs constats et savoir-faire.

Le 15 novembre dernier, lors des rencontres initiées par Arènes pour une mise en perspective des actions réalisées en 2013, David Bodinier avait eu ces mots : “Ces outils sont présentés souvent comme techniques, mais sont-ils uniquement des outils techniques, ou sont-ils également des outils politiques (au sens de « citoyens ») ? La finalité est de gagner du pouvoir sur nos vies.” Tout est dit.

TÉLÉCHARGER LES ACTES DE LA RENCONTRE DU 15 NOVEMBRE 2013

Plus d’infos :
Association ARENES
11 boulevard National - 13001 Marseille
04 91 08 05 53 / 09 52 21 39 93 / 06 63 39 57 16
arenes@wanadoo.fr
http://www.arenes.org/

Mis à jour : vendredi 7 février 2014
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