La Choucroute nouvelle est arrivée


La Choucroute de Marseille est un collectif d’irréductibles empêcheurs de penser en rond qui met en exergue les méfaits de l’ultralibéralisme. Entretien avec Dany Bruet un de ses fondateurs.

Propos recueillis par Sandra Blondel

D’où vient la choucroute de Marseille ?

L’origine des Choucroutes vient de Nantes. Ce sont des acteurs de théâtre de rue qui ont décidé d’occuper l’espace public pour marquer leur désaccord avec l’idéologie ultra-libérale avec humour. Lorsque nous avons découvert leur action nous les avons contacté et ils nous ont aidé à monter le collectif.

Quelle a été votre première action ?

Notre première action date janvier 2009 et s’intitulait « La France rêvée de Sarko 1er » Le scénario : Dans une voiture décapotable, pavanait le couple présidentiel. Les médias étaient enchaînés dernière la voiture suivis de tous les ministres. On a distribué 800 masques de moutons au public et à chaque fois que Nicolas Sarkozy annonçait une horreur, il y a avait 800 personnes qui bêlaient dans la rue. Cette action a été commune à la Choucroute de Nantes, Marseille, Montbelliard et Toulouse

Qu’est-ce que vous motive à faire ça ?

C’est un combat que je mène depuis longtemps puisque j’ai adhéré à Attac rapidement après sa création. Je suis un militant anti-ultra-libéralisme. Ce qui me motive c’est de construire un monde plus juste où chacun vive tranquille et pas dans ce monde de sauvages où les inégalités s’accélèrent de façon très inquiétante.

Pourquoi agir dans l’espace public ?

Le constat, c’est qu’il y a une grande démobilisation des citoyens qui ont abandonné le champ de la démocratie. Pour aller à la rencontre des citoyens, il n’y a pas meilleur endroit que l’espace public. Il s’agit aussi de trouver de nouveaux espaces d’expression qui ne soient pas pesant ou fassent fuir les gens en courant. Le militantisme sacrificiel n’est pas très mobilisateur. Il faut intéresser les gens et leur montrer que l’on peut s’amuser en voulant changer le monde.

Quel est votre meilleur souvenir ?

On est très contents de toutes les choucroutes qu’on a pu mener. A chaque fois c’est un souvenir incroyable. C’est un projet collectif donc le plus important c’est prendre du plaisir à faire les choses ensemble. On se connaît depuis longtemps maintenant, on est bien rodé. L’idée se peaufine au téléphone et en une réunion on met en place toutes les modalités pratiques. Au lieu de regarder la télé, on préfère organiser des choucroutes et se réunir entre copains !

D’autres exemples d’actions ?

« Les traders de la BNP ». Suite à la crise de 2008, on commençait à nous faire croire que c’était fini. La BNP nous annonce qu’elle a provisionné un milliard d’euros de bonus pour les traders pour les six mois d’activité. Ca nous a donné immédiatement l’idée de faire une choucroute car en même temps il y avait les ouvriers de Molex qui étaient en train de subir un licenciement boursier. On a inventé des douches portatives avec des rideaux transparents et à l’intérieur on a demandé à des copains de jouer les traders et on a demandé à des ouvriers de chez Molex de déverser des billets de 500 euros sur les traders de la BNP. On fait ça devant l’agence BNP de la rue Saint Féréol en plein centre de Marseille. Le directeur régional de la BNP qui était un aussi copain est venu avec son parachute doré exprimer tout le mépris qu’il avait pour ces clients et pour la démocratie.

Au mois de juillet, sur la plage des prophètes au moment où tout le monde est en maillot de bain. On s’est pointé en costard cravate. Il y avait le PDG de Goldman Saxe la première banque d’affaire au monde accompagné de François Baroin porte parole du gouvernement qui a expliqué que s’était fini de se dorer la pilule au soleil car les actionnaires réclamaient plus de dividendes et qu’il fallait se mettre au boulot tout de suite. Il y a avait aussi un service d’ordre, les fameux men in black qui ont contrôlé toute la plage pour vérifier que tout le monde était bien détenteur de son APB - Autorisation Patronale de Bronzage.

Comment réagissent les gens à vos actions ?

Nous recevons très peu de mauvaises réactions et de mauvaises humeurs. Toute la plage a joué le jeu. Quand on intervient dans la rue tout le monde s’arrête très vite. Quand on donne un saut de billets de 500 euros (c’était des faux – des « sarkeuros ») les gens jouent le jeu, ils prennent le seau et arrosent les traders. Ils deviennent acteur très vite. C’est aussi le but de la choucroute. C’est de faire prendre conscience des travers de notre société.

Et les forces de l’ordre ?

On les prévient à chaque fois. Ils sont très discrets. On n’a jamais eu d’ennui mais nous sommes en règles. A chaque fois on fait une déclaration à la préfecture.

On vous a vu dernièrement aux Rencontres Capitales, pourquoi agir dans ce lieu là ?

C’est eux qui nous donné le signal de départ en voulant « orienter le monde vers des valeurs humanistes ». Quand on lit à qui on a confié cette belle mission, c’est une vrai escroquerie intellectuelle : Etienne Mougeotte qui veut vendre du temps de cerveau disponible à Coca cola, Claude Bébear le fossoyeur de nos retraites, Jean-Pierre Levade grand banquier devant l’éternel, Bernard Kouchner girouette politique, Henri Guaino conseillé spécial de Nicolas Sarkosy, Luc Ferry philosophe médiatique etc. Le dispositif n’aurait pas marché si ces gens là s’étaient déplacés pour tenir comme d’habitude un discours ultralibéral mais la farce constituait à parler d’humanisme. On assiste à une véritable conversion à l’humanisme de la part de propagandistes du libéralisme. Comme ça tient du miracle on a demandé à la Choucroute de faire venir le Pape à cet événement miraculeux. Il a donc accepté de venir entourés de ses évêques et de ses nones et de bénir ces gens là.

La prochaine Choucroute ?

C’est l’actualité qui nous le dira. Moody’s agence de notation a mis la France sous surveillance pendant trois mois. Puisque Moody’s met la France sous surveillance, il faudrait mettre en place un tribunal populaire qui mette Moody’s sous surveillance. L’idée serait d’établir ce tribunal sous les bureaux de Moody’s. Depuis le fim Inside Job, nous savons que ces gens sont des dépravés et des incompétents, des escrocs car il faut voir les salaires et les bonus que ces gens s’accordent, ils ont un niveau de stress incroyable et c’est ces gens là qui se permettent de mettre sous surveillance les démocraties. Un tribunal populaire devant leurs bureaux ça aurait de la gueule. Mais on n’a pas la chance d’avoir d’agence de notation à Marseille. A voir dans d’autres villes !

Mis à jour : jeudi 27 octobre 2011
La dynamo

· Lire les anciens numéros