Embrun, dernière née des ressourceries

Ces dernières années, des ressourceries ont fleuri un peu partout sur le territoire. Dans les Hautes Alpes, elles sont au nombre de trois. La ressourcerie de l’Embrunais, dernière née en PACA, a ouvert ses portes le 5 mars 2014.

Le 5 mars dernier, sur le territoire d’Embrun, le syndicat mixte qui gère les déchets de la communauté de communes de l’Embrunais et du Savinois (SMICTOM) ouvrait une ressourcerie. La première sur une vaste zone où vivent près de 13000 habitants.

Entourée de montagnes encore enneigées en cette fin d’hiver, la ressourcerie est installée dans un chalet de 300 m2 au coeur des activités du SMICTOM : décharge, déchèterie, plateforme de compostage, tout est concentré au même endroit.

Julien Ripaud y coordonne une équipe de 8 personnes composée d’un encadrant technique, d’une animatrice socio-professionnelle (poste mutualisé avec l’association le Gabion) et de 5 employés en contrat d’insertion pour la collecte, la revalorisation et la vente.

Charger, décharger, trier, peser, revaloriser..

L’activité démarre à peine mais l’objectif est de revaloriser 100 tonnes de déchets par an, leur donner une nouvelle vie et les vendre à bas prix dans la boutique. Joliment mis en scène, l’espace de vente n’est que la vitrine de la ressourcerie. Derrière les murs, les employés s’activent à décharger, peser, trier ce qui a été récupéré. A cette période de l’année, les paires de ski s’entassent, donnés par des particuliers ou des loueurs dans les stations renouvelant leur stock. Après discussion, les services à fondue remontent à l’étage pour attendre l’hiver prochain, saisonnalité du produit oblige. Quant au canapé qui trône au milieu du stock, un employé s’y assoit plusieurs fois pour en tester le confort, soulève les coussins pour inspecter les ressorts, pas sur qu’il passe le test...

C’est ainsi que s’organise la vie d’une ressourcerie : la récupération tout d’abord peut se faire directement chez les particuliers qui prennent rendez-vous auprès du SMICTOM ou bien en apport volontaire directement à la ressourcerie, ou bien encore dans une cabane à l’entrée de la déchèterie où les gens ont pris l’habitude depuis plusieurs années de laisser les objets qu’ils pensent récupérables par d’autres. La pesée ensuite, pour avoir une idée précise de ce qui est revalorisé chaque année. Autre étape importante, le tri qui permet de savoir ce qui est récupérable ou non. Le nettoyage, la réparation et l’éventuel conditionnement des objets avant leur vente en boutique est évidemment un passage obligé. Reste alors à fixer le prix, exercice toujours délicat que Julien a voulu le plus participatif possible au sein de l’équipe. Chaque objet part en boutique avec une fiche précisant le prix et sa date d’entrée. Ainsi, tous les 15 jours l’équipe fait le tour du magasin et baisse le tarif des objets qui n’ont pas trouvé preneur en deux semaines. Une manière d’écouler plus vite le stock, car dans un local de 300m2, il s’agit de créer du flux.

"Ici, c’est comme en ville, on jette trop"

Avant de gérer la ressourcerie d’Embrun, Julien Ripaud avait participé à la belle aventure de TriLogik, une ressourcerie marseillaise depuis 2010. Lorsqu’on l’interroge sur les différences entre l’activité dans une ville aussi dense que Marseille et celle d’une zone de montagne comme Embrun, il note quelques difficultés liées au territoire, à son enclavement, à la saisonnalité des activités mais s’étonne surtout de voir que les pratiques des consommateurs sont semblables. Même gaspillage, même sur-consommation, il constate avec dépit des «  pratiques homogénéisées entre la ville et la campagne  ».

Bien qu’encore en rodage, la ressourcerie de l’Embrunais a déjà trouvé son rythme et sa place. Le projet, dans les cartons du SMITCOM depuis 2009, a eu le temps d’être intégré par la population qui s’est retrouvée à faire la queue devant la boutique le jour de son ouverture. Si le modèle est vertueux ici aussi, sa dimension solidaire reste limitée du fait de la structure porteuse, le SMITCOM dont l’objet est avant tout de collecter et traiter les déchets d’un territoire. Si les ressourceries ont longtemps été portées par des associations citoyennes, les collectivités commencent à s’approprier le concept via les syndicats mixtes. Un phénomène récent qui a permis aux Hautes Alpes d’inaugurer la troisième ressourcerie du département. Reste seulement à espérer que cette « tendance » ne privera pas les acteurs historiques du secteur de leurs ressources.

Mais derrière les montages institutionnels, il y a les hommes et Julien Ripaud a la culture de la coopération. Ainsi, la ressourcerie de l’Embrunais travaille en lien avec les acteurs du territoire : la Petite Ourse à Gap, AUSSI à Barcelonette, la Miraille dans les environs de Briançon. Elle participe également au réseau des Ressourceries.

Quant à l’objet même d’une ressourcerie - moins jeter pour préserver l’environnement - un coup d’œil par la bais vitrée du magasin sur les majestueuses montagnes qui entourent le site doit suffire à penser que ça en vaut la peine.

Ressourcerie de l’Embrunais
http://www.smictom-embrunais.com
04 92 43 76 27

Mis à jour : jeudi 3 avril 2014
La dynamo

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