Par Sophie Bovero

Ébullitions créatives des Piles : des idées en émergence ...

Sophie Bovero, chargée de mission à l’Apeas, anime (entre autres) le réseau des Piles. Elle nous livre le récit enthousiaste d’une journée passée en groupe d’appui dans les Alpes de Haute Provence.

Invitée à un groupe d’appui organisé par Catherine Berthonnèche du Piles 04 à l’issue d’un cycle d’ateliers collectifs avec des porteurs de projet « en émergence », me voici en route en ce mercredi 28 novembre 2013, quelques jours après les premières neiges. Rendez-vous à Manosque, sur le parking d’une grande surface pour être embarquée en co-voiturage par Valérie, qui vient de démarrer depuis quelques mois, un projet de jardins solidaires «  le cabanon  » à proximité de Manosque dont elle me raconte les premières bribes d’activités, les interrogations, les forces...

Elle est l’initiatrice de ce projet qui commence à prendre une forme collective autour du village dans lequel il s’est installé : avec les villageois, qui commencent à bêcher la terre, avec les enfants et les écoles sur des parcelles pédagogiques, avec les parents qui participent au jardin collectif et à travers leurs enfants autour des activités pédagogiques, et bientôt peut-être autour des premières récoltes qui iront notamment alimenter la cuisine scolaire… Et puis, entre temps, nous avions embarqué également Vassili et Oleg, qui portent un projet de lavage de voitures « bio » ou plutôt « écolo »... Arrivés à Carmejane, nous sommes accueillis par le reste du groupe déjà sur place : les autres porteurs de projets, des personnes « ressources » invitées comme moi à porter un regard bienveillant sur les projets présentés…

Des cycles d’ateliers pour passer de l’idée au projet

Après une boisson chaude partagée, nous nous mettons au travail… Ah oui ! Catherine, en animatrice de séance, nous précise l’objet de notre rencontre : nous sommes arrivés en fin d’ateliers « émergence de projet en économie solidaire » : 2 cycles d’ateliers (8 journées sur la méthodologie autour de l’écriture de projet, puis 6 journées sur la viabilité économique du projet) qui ont permis à 7 personnes et 6 projets de passer de l’idée – celle qu’on a au fond de soi, depuis longtemps parfois, qui vient de loin, celle qui vient de surgir au détour d’une rencontre, d’un déclic, d’un regard … celle qui nécessite d’être posée, réfléchie, tournée d’un côté, de l’autre, secouée, puis posée à décantation, à maturation … et formalisée … pour être présentée et puis, qui sait, faire son bout de chemin par la suite – au projet.

Activité pédagogique du Cabanon

Les projets présentés ce jour ont des stades d’avancement différents, le parcours est propre à la ou les personnes qui les portent, personnes qui pour la plupart sont en activité par ailleurs. Pour cette première présentation à l’oral devant d’autres personnes, non seulement celles du groupe d’ateliers mais également devant des personnes invitées « ressources », on sent un effort particulier de préparation, un peu d’appréhension, et dès les premiers mots lancés et la diapo de présentation qui l’accompagne, quelques hésitations, quelques soucis d’ajustement, de fluidité… pour le côté formalisé, paf ! La place est laissée à l’engouement, la croyance, l’envie, la motivation, la persévérance autour de cette idée, celle qui vient de loin, celle qui vient de surgir… et on est emporté, on a envie d’avancer avec ces personnes rencontrées le matin même sur leur projet, d’y participer ! A chaque présentation, les autres membres du groupe, qui ont pourtant suivi la personne et son projet tout au long des ateliers, semblent surpris et étonnés de la progression et du résultat présentés ce jour : la clarté du projet, de la présentation, la Révélation…

Une véritable cellule créative !

Ce comité d’appui permet non seulement à chacune des idées transformées en projet écrit, structuré, formalisé de se mettre en route par cette présentation, mais également de lancer une réflexion collective sur chacun des projets et apporter des commentaires, des idées, des questionnements, des liens à faire avec d’autres projets, des personnes ressources qui vont pouvoir accompagner les personnes et les projets à naître ! Et voilà une couche de construction collective supplémentaire qui permet d’asseoir, de conforter, de modifier, de poursuivre le projet. Une véritable « cellule » créative ! Des graines qui ont commencé à germer et que l’on aide collectivement à faire pousser …

Comment se questionner ensemble sur les conditions de poursuite du projet de Vassili et Oleg ?

L’idée est simple ! Mettre en place une station de lavage auto « bio » ou plutôt « écolo ». Et oui, vous comprenez, le terme « bio » c’est plus facile à signer et à traduire en langue des signes que le terme « écolo » nous précise l’interprète en langue des signes présent pour traduire les propos de ces deux porteurs de projet, par ailleurs russe et ukrainien d’origine. L’un travaille dans une grande surface – celle sur laquelle nous avions rdv le matin même – et dispose d’un lien particulier avec le directeur de cette boite, l’autre a travaillé dans une entreprise de lavage de voiture et souhaite en faire son métier. Ils y ont réfléchi ensemble : ils souhaitent créer leur entreprise ! Ils ont regardé le marché, cherché en quoi se démarquer de la concurrence. Ils sont attentifs aux principes de respect de l’environnement … et voilà que l’idée se précise ! La technique est prête ! Reste à travailler l’idée, le projet ! Un besoin : une troisième personne ! Pour faire le lien entre le monde des non-entendants et celui des bon-entendants… pour des tâches « simples » comme répondre au téléphone, prendre les rdv, passer les commandes…
Et voici que le collectif réuni ce jour-là s’interroge : comment imaginer un fonctionnement de cette entreprise de lavage auto en valorisant la communication non verbale : par des symboles, des affiches, des dessins, des schémas, des signes… Oui c’est envisageable, de même que d’imaginer un partenariat et un appui de la grande surface auprès de laquelle le projet pourrait voir le jour. La suite ne sera sans doute pas simple, mais on y croit tous ! Et on cherche des solutions ensemble pour favoriser la poursuite de ce projet. Rendez-vous dans quelques temps pour suivre les avancées de ce projet.

"On se dit rien n’est impossible"

Repas partagé des porteurs de projet. L’économie solidaire c’est aussi la convivialité !

La journée se termine à l’issue de la présentation du sixième projet. Un petit « pépites et râteaux » avant de se quitter ?
Quelques râteaux autour du froid de la salle, de la longueur de la journée et en même temps du peu de temps passé sur chacun des projets, laissent vite place à une avalanche de pépites, pour la journée mais plus largement pour la créativité et la bienveillance collective autour de ces graines d’idées de projet : « ça ressource  », ça « rassure », « on a été comme des petits oiseaux venus picorer ensemble et puis on peut prendre notre envol chacun de son côté » (traduit de la langue des signes) « j’ai avancé  », « je sais où j’en suis  », «  c’est intéressant de partager son projet et de s’entraîner à le présenter », « c’est très intéressant de pouvoir confronter son projet à des personnes extérieures et de voir ce que ça leur évoque » « c’est intéressant d’avoir leur avis, et d’avoir des commentaires qui nous font progresser  » … et puis « bravo » aux Piles, à Catherine, pour y mettre autant d’énergie, pour donner crédit à une idée, on y croit, on se dit « rien n’est impossible », « c’est donner de la chance au réalisable », « c’est mettre l’accent sur l’idée, sur le sens … avant le financier ! Et c’est précieux  ».

Mais, c’est le dernier jour aujourd’hui. Comment on va faire ensuite ? Ces ateliers, c’est structurant ! Ça aide à se fixer des échéances, à avancer ! Et on est pas tout seul !

La journée se termine sur une date prise pour se retrouver autour d’un échange convivial en fin d’année et l’idée du groupe de poursuivre les ateliers sous une forme « autonome », « informelle » … et qui sait, 2014 verra peut-être la naissance d’un de ces projets ? Le ou lesquels ? On ira voir ça pour vous le raconter !

Avec Catherine Berthonnèche, animatrice du Piles 04

Vu côté Piles04, comment on a « senti » l’année 2013 ?
Une belle année en termes de projets, chargée, mais avec chaque fois la magie des rencontres au sein de l’atelier, qui participe à la force des idées, la persévérance des porteurs d’idées, et pour moi aussi à la chance qu’elles aboutissent.

Quelques éléments « caractéristiques » - réalisations sur le Piles ?
Cette quatrième année d’ateliers a vu la huitième session démarrer, et surtout jaillir l’envie chez plusieurs participants d’une rencontre de tous les autres, pour se retrouver, sans doute se reconnaître, mesurer les possibilités de faire ensemble une autre économie.

Comment on entrevoit 2014 ?
Pour moi en 2014 on devrait changer d’échelle (!), entre les porteurs accompagnés depuis des années, les partenariats engagés avec parcs, pays, collectivités, réseaux congruents, ...et la force du réseau des Piles qui passe à un site internet commun vers encore plus de visibilité pour les acteurs à venir de l’économie solidaire.

Mis à jour : lundi 13 janvier 2014
La dynamo

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