Des modèles économiques divers pour un même socle de valeurs

Nous avons interrogé 4 acteurs de l’économie solidaire sur leur modèle économique : une ressourcerie, un café associatif, un disquaire indépendant, une association d’éducation à l’environnement, une plateforme de distribution en circuit-courts.

L’occasion de constater la diversité des modèles et des domaines dans lesquels s’inscrivent ces initiatives qui partagent des valeurs, des pratiques et une farouche envie de faire autrement.

Un statut qui n’est pas figé dans le marbre

L’économie solidaire est largement dominée par les associations. Parmi les structures interrogées, seule Musiques Arles, disquaire-libraire indépendant à Arles est en SCOP. Toutes les autres sont des associations loi 1901. La plus ancienne de notre « panel » est le Recyclodrome qui va fêter ses 10 ans l’an prochain. Le 3C, café associatif citoyen d’Aix a déposé ses statut fin 2011, Energie Forever, jardin écologique et animalier d’éducation à l’environnement au Pradet (83) existe depuis 2009, la Plateforme Paysanne Locale (PPL) a été créée cette année mais envisage à terme une transformation en SCIC.
Car si la forme associative est souvent appropriée au démarrage d’une activité dans l’économie solidaire, elle peut évoluer pour intégrer au mieux toutes les parties prenantes du projet. Dans le cas de la PPL qui réunit producteurs, distributeurs, restaurateurs et collectivités, la SCIC semble répondre aux objectifs. Mais dans un premier temps, il s’agit pour les structures de consolider le projet et la souplesse du statut associatif aide à cela.

La juste marge pour un prix juste

Fixer un prix est une démarche délicate dans un projet d’économie solidaire car le prix intègre de nombreux paramètres qu’il convient de prendre en compte, de mesurer pour trouver le juste équilibre.

Certaines structures partent du consommateur, ce qu’il peut payer, ce qu’il est raisonnable de payer pour le service rendu. C’est le cas du 3C qui a composé sa carte comme cela. « On s’est dit que 2€ pour un jus de fruit, c’était raisonnable, c’est une pièce, c’est simple et moins cher que dans la plupart des cafés de la ville pour des produits de bien meilleure qualité  » nous raconte Sandra. Mais chaque jus n’a pas le même coût de revient pour le café. Le producteur vend le jus d’abricot plus cher que le jus de pomme. Alors pour ne pas compliquer la carte, trouver un équilibre autour d’un prix rond, la marge est lissée sur l’ensemble de la gamme jus de fruit. La poire est plus rentable que la pêche mais moins que la pomme. L’équilibre est trouvé !

Jean de MusiqueS Arles part du même principe : « nous avons pour ligne de conduite de ne pas vendre de CD au-delà de 18,5-19€  ». Une règle qui oblige la SCOP à limiter drastiquement sa marge sur les disques et être malgré tout plus cher que la plupart des grandes surfaces et sites internet alors que le produit est identique. «  Si on prend l’exemple du dernier disque de Stromae. On l’achète à monsieur Universal 12,5€ hors taxe et nous le vendons 18,5€ TTC. Avec une marge viable, on devrait le vendre plus de 21€. De son côté Amazon peut le distribuer à 14€. On essaie de trouver un juste milieu mais depuis 25 ans qu’on existe, on ne cesse de baisser les prix. Pas les maisons de disque !  » explique Jean. A MusiqueS Arles, la différence se fait sur la qualité du service, la proximité, ce que les fidèles reconnaissent. Voir la création de l’ AMADIP.

La question du prix se pose différemment pour une structure comme le Recyclodrome, ressourcerie à Marseille depuis 2004. Ici, les objets sont récupérés, la matière première est donc gratuite. Le prix doit donc intégrer le travail de revalorisation et toutes les charges de la structure tout en restant accessible aux consommateurs du Recyclodrome, situé dans le quartier Noailles. La question du flux intervient aussi dans la fixation du prix : pour mener à bien sa mission, le Recyclodrome doit disposer d’espaces de stockage, il est donc nécessaire que les produits soient vendus rapidement. D’autre part, le marché de l’occasion est scruté régulièrement pour déterminer le prix des objets.

La PPL, en phase de lancement, n’a toujours pas arrêté définitivement sa méthode de fixation des prix. Elle a choisi de ne pas partir sur des prix saisonniers fixés à l’avance mais sur des prix variables pour débuter. Elle mettra en place un système de stabilisation des prix de façon progressive, une fois que les fluctuations du marché et les contraintes économiques des acteurs impliqués auront été mieux appréhendées. De plus, elle réfléchit à une péréquation globale des prix basée sur la complémentarité des produits entre petits producteurs (moins de 5 ha de maraîchage) et des producteurs de taille intermédiaires (entre 5 et 15 ha de maraîchage) pour assurer cette diversité de partenariats. Les marges plus élevées réalisées avec les exploitations les plus importantes (coût de production bas) permettront de compenser les marges plus faibles réalisées avec les petites exploitation plus diversifiées (coûts de production plus élevés). Ici aussi, tout est une question d’équilibre.

Atelier de groupe autour de la mare d’Energie Forever

Energie Forever, jardin écologique et animalier au Pradet propose des prestations diverses aux groupes et aux individus. Pour fixer les prix, Delphine Pastor, coordinatrice de l’association a choisi d’interroger les structures alentours dans un esprit de coopération et de complémentarité. Celles qui ont accepté de jouer le jeu lui ont expliqué leur démarche et l’association s’est adapté à l’existant pour ne pas créer de déséquilibres. Si le volume des entrées payantes au jardin ne représente pas la ressource principale de l’association, il y contribue fortement. Dans une structure d’éducation à l’environnement l’équilibre se fait entre prestations réalisées à l’extérieur, diversification des activités (le jardin peut être réservé pour des fêtes d’anniversaire, il proposera bientôt des nuits sous tipi...) et partenariats. Après 4 ans d’existence, Energie Forever commence à stabiliser son modèle et à équilibrer ses recettes entre financements privés et publics.

L’hybridation coule de source

C’est un principe central de l’économie solidaire qui consiste à mêler ressources privés et publiques, ressources marchandes et non marchandes.
Parmi les 4 structures interrogées, toutes bénéficient d’aides plus ou moins directes des pouvoirs publics.

Le Recyclodrome et le 3C, parce qu’ils emploient des salariés en contrats aidés bénéficient d’aides aux postes. Le Recyclodrome arrive ainsi à équilibrer ses ressources et affiche un autofinancement d’environ 55 %. Ses autres ressources proviennent de la vente des objets, de matières, prestations de collectes et pour la coordination du réseau régional des ressourceries.

Le 3C tire quant à lui ses ressources de la vente des consommations et jouit de l’appui de nombreux bénévoles, une ressource non-marchande qu’il convient de valoriser. Le café constitue une exception en la matière du fait de sa création très récente. En phase d’émergence, les projets d’économie solidaire s’appuie souvent sur des subventions nécessaires au démarrage de l’activité. Le contexte politique à Aix-en-Provence n’étant pas favorable à ce type de projet, le 3C a opté pour d’autres moyens (cf article de présentation du projet).

MusiqueS Arles, du fait de son activité de commerçant de proximité ne bénéficie pas d’aides publiques directes. Mais la SCOP profite de la réglementation autour du prix unique du livre qui lui permet de dégager une marge viable sur l’activité librairie. Une forme d’aide indirecte qui assure la pérennité de la structure. Et que Jean rêve de voir appliquée au disque.

Enfin, Energie Forever, de part son activité de sensibilisation et d’éducation à l’environnement est aidée notamment par le Conseil Régional. A ce jour, la structure présente 50 % d’autofinancement. Elle emploie également une personne en service civique, un dispositif sans lequel elle ne pourrait assurer ses missions.

Économie de l’exemple, laboratoire du faire autrement, l’économie solidaire est riche de modèles très divers que les valeurs rassemblent.

Le Recyclordome
21, rue Chateauredon 13001 Marseille
0954 246 246
recup@recyclodrome.org
www.recyclodrome.org

Energie Forever
06 16 48 12 11
energie.forever@gmail.com
http://www.energieforever.org

Musiques Arles
http://www.passionnes.com/
14 rue Réattu 13200 ARLES
04 90 96 59 93
contact@passionnes.com
http://www.amadip-arles.fr

Plateforme Paysanne Locale
06 48 30 87 03
commande.ppl@orange.fr

Mis à jour : vendredi 27 septembre 2013
La dynamo

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