Dans la vallée, la Juncha

Des produits locaux, équitables et solidaires, un esprit convivial, collectif et citoyen, Hélène Béguin, chargée de coordonner le projet, nous présente La Juncha, un « cafépicerie » audacieux qui vient de fêter son premier anniversaire.

La Juncha est un « cafépicerie » situé dans la vallée du Champsaur à St Léger les Mélezes (05). Il a ouvert le 14 mai 2012 après un long travail de préparation.

La Juncha vient de fêter son premier anniversaire, comment ce projet a vu le jour ?
Hélène Beguin : Le cafépicerie a un an effectivement, il a ouvert le 14 mai 2012, mais l’association qui porte le projet a 3 ans. Elle a été créée au printemps 2010 par un collectif lié né de l’AMAP du Champsaur. Il a donc fallu 2 ans pour concrétiser une idée qui animait tout un groupe de militants. Ils souhaitaient approfondir le travail qui se faisait au sein de l’AMAP du Champsaur (créée en 2006) en allant plus loin dans l’approvisionnement en bio sur le territoire. Beaucoup de produits n’étaient disponibles qu’à Gap, à une cinquantaine de km. Sur le territoire, il manquait également un lieu pour approfondir les questions de sensibilisation à la consommation responsable, au commerce équitable, à l’agriculture en circuit-court... Le principe du cafépicerie pouvait donc répondre à cette double attente.
Ensuite, il a fallu trouver un local adapté, ce qui a pris beaucoup de temps. On espérait pouvoir bénéficier d’un lieu mis à disposition par une commune mais toutes les pistes dans ce sens ont échoué. Le projet imposait pas mal de contraintes : suffisamment central dans la vallée pour être accessible par le plus grand nombre, adaptabilité pour pouvoir accueillir l’épicerie et le café etc. Finalement, on a trouvé en novembre 2011 un local en bord de route, très central, mais difficilement accessible autrement qu’en voiture. C’est aussi pour cela qu’on travaille toujours sur un projet d’épicerie itinérante ou au moins un système de commande et de livraison en points relais.

Comment le projet a été financé ?
HB : Au départ du projet, nous avons pu financer un poste salarié pendant un an grâce au FSE région. Le temps nécessaire pour trouver le lieu, étudier la faisabilité etc. Une fois le local trouvé, l’association a obtenu un financement de la Fondation de France (17000€) et de la Région sur le dispositif Creactives pour financer le poste. Et en attendant la subvention, nous avons fait un appel à apport associatif avec droit de reprise auprès des adhérents. Nous avons récolté 13000€, ce qui nous a permis de constituer le stock de départ. Quant aux travaux d’aménagement, ce sont les forces bénévoles qui ont été à l’œuvre.

A propos des bénévoles, facteur primordial dans un projet de café associatif, comment se porte la vie associative ?
HB : Ils ont été nombreux et très impliqués jusqu’à l’ouverture du lieu. Leur participation active est un peu retombée après, notamment parce qu’une salariée à plein temps s’occupe de la Juncha. Aujourd’hui, on compte une vingtaine d’adhérents actifs qui aident à tenir l’épicerie et qui s’impliquent aussi sur le volet animation. On essaie d’organiser et de dynamiser la vie bénévole par la création d’outils : planning, notices, formations. On organise aussi des cafés adhérents avec celles et ceux qui participent activement à la vie associative de la Juncha. Mais c’est un point sur lequel on doit continuer de travailler.

Et du côté de la vie inter-associative ?
HB : Tout d’abord, il y a nos relations à l’Équitable café qui ont commencé dès l’origine du projet. On a d’ailleurs participé avec eux en mars dernier aux rencontres nationales des cafés associatifs citoyens à Marseille dans les locaux de l’APEAS. On est aussi en contact avec «  Le Champ commun », un cafépicerie de Bretagne très dynamique. Ça, c’est pour la vie de réseau liée à notre activité.
Plus localement, pour faire vivre le lieu, on a créé un collectif informel avec «  Planète Champsaur  » (centre social) pour coordonner nos activités et éviter que nos programmations se chevauchent, échanger avec les associations locales, être dans la coopération et expérimenter ensemble. La présence de Sandrine en service civique à la Juncha a également beaucoup apporté de ce côté. Des ateliers cuisine et couture très dynamiques ont pu voir le jour grâce à elle !
Beaucoup d’associations locales sont impliquées dans la vie de la Juncha : l’AMAP du Champsaur distribue tout naturellement ses paniers au cafépicerie, des événements sont organisés avec « Chemins de Traverse », une association locale de sensibilisation aux questions environnementales. On essaie d’ailleurs parfois de sortir de la Juncha pour déplacer au plus près des habitants les débats auxquels nous participons, dans les salles communales. Avec « Échangeons le monde », on organise le festival alimenterre. Avec la « Maison du Berger », on co-organise aussi des événements. Actuellement, on essaie de développer nos relations avec le réseau des bibliothèques. On est aussi très proche de l’association « Echanges paysans 05 » qui œuvre à la création d’une plate-forme commerciale en circuit court mettant en lien l’offre et la demande locale de produits agricoles, dans une logique équitable et avec une dimension d’intérêt général .
Côté animation, l’espace se prête très bien à des soirées musicales (les rayonnages de l’épicerie sont sur roulettes pour dégager l’espace les soirs d’événement) mais plusieurs lieux sur le territoire proposent déjà ce type d’animation et nous n’avons pas vocation à entrer en concurrence. On essaie donc de se concerter.

Faire vivre un « cafépicerie » au cœur d’une vallée alpine, c’était quand même un sacré défi...
HB : Il suffit d’adapter et d’équilibrer le modèle. Aujourd’hui, ce qu’on constate après nos échanges avec le réseau des cafés associatifs citoyens, c’est qu’en milieu urbain, il est nécessaire de cibler. Nous, on va dans tous les sens ! Quand une projection est organisée par un partenaire par exemple, le café est plein, les gens sont en demande de ce type d’événement. Pour le café, la question est de ne pas épuiser la dynamique associative mais, en terme de remplissage, le public répond présent. En revanche, du fait qu’on soit un peu éloigné des villages, le niveau des consommations est assez faible. On n’y vient pas juste pour boire un café.
Ensuite, une de nos difficultés est de faire venir une partie de la population locale, celle qui est installée ici depuis plusieurs générations, qu’on va appeler « le milieu agricole traditionnel ». Les gens qui fréquentent la Juncha sont plus des « néo-ruraux » même si parfois, on a des surprises. Par exemple, la propriétaire du lieu passe de plus en plus régulièrement, elle commence à apprécier le lieu...
Autre point qu’on avait peu anticipé et auquel on réfléchit aujourd’hui, la fréquentation des touristes en saison. Souvent des urbains qui connaissent un lieu similaire chez eux et qui viennent régulièrement à la Juncha pendant leur séjour. Économiquement, c’est une clientèle qui a beaucoup apporté, même si le lieu a été pensé pour le territoire et ceux qui l’habitent toute l’année. Cependant, pour l’équilibre économique, on ne néglige pas cet apport, on travaille avec les offices de tourisme et le VVF propose de réfléchir à la constitution de paniers pour la saison prochaine.

Vous venez de réunir l’Assemblée Générale de l’association, quelles sont les perspectives pour l’année à venir ?
HB : Ça a été un moment très intéressant après un an d’ouverture. Elle nous a permis de réfléchir collectivement aux paradoxes auxquels on est confronté. Par exemple, comment garder le sens initial du projet tout en augmentant la marge commerciale de l’épicerie ? La question du « tout bio » se pose aussi : est-ce qu’on privilégie le local et la relation qu’on peut avoir aux producteurs en circuit-court quitte à sacrifier une labellisation bio sur quelques produits ? On a fait le choix de privilégier les produits locaux. On a également travaillé sur le projet initial d’épicerie itinérante pour répondre aux besoins des personnes isolées. Ce projet était en attente et depuis, une épicerie itinérante (la Tournée des Alpes) a vu le jour sur le territoire. Pour ne pas entrer en concurrence, le projet est réorienté vers un système de commande et de livraison à domicile ou en points relais. Ces questions sont toujours en discussion au sein de l’association.
L’Assemblée Générale a également été un moment intéressant pour la vie associative puisque le conseil d’administration a été renouvelé de moitié, signe que la dynamique reste forte.

Plus d’infos :
Cafépicerie LA JUNCHA
Le moulin du Serre - 05260 Saint Léger les mélèzes
http://lajuncha.wordpress.com
lajuncha@gmail.com
09 72 33 13 19

Mis à jour : mardi 16 juillet 2013
La dynamo

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