Adels

Animer un projet participatif, modes d’emploi


La fonction animation est autant affaire de dynamique de groupe et d’accompagnement de projet que d’ouverture au territoire et de démocratie.

L’animation d’un groupe s’inscrit ainsi dans un propos global : quand les participants décident d’inscrire leur projet dans l’espace public, ils entrent dans une dynamique de changement, dans des relations à nouer avec de multiples partenaires, quelquefois radicalement différents d’eux-mêmes. Pour que les transformations qu’ils proposent soient durables, la fonction animation prend alors la dimension d’un débat de société et de la démocratie participative.

Ce guide est découpé en trois grands chapitres.
Le premier propose une réflexion sur le sens que revêt aujourd’hui l’animation des projets participatifs.
Le second invite à suivre les différents temps de la vie d’un groupe porteur de projet.
Dans le troisième, ce sont les situations d’animation et les attitudes de l’animateur qui sont proposées, comme éléments de méthode.

Enfin, seize fiches-expérience, comme autant de fenêtres sur des compétences et des motivations multiples d’animateurs originaux et reconnus (territoriaux, associatifs, culturels, dans les champs de l’environnement, du social, de la citoyenneté, etc.) viennent compléter ce guide, pour donner envie d’ouvrir l’animation de projet à la dynamique de changement social sur un territoire.

Avertissement au lecteur
Vous avez les réponses…
Quelles sont les questions ?
Comment lire le guide animer un projet participatif ?

La participation n’est pas spontanée. Comment le serait-elle alors que le débat public est si difficile à mener du fait de la crise de la représentation, des questions d’alternances politiques sur fond de mondialisation de l’économie ? Comment les gens, préoccupés par leur situation économique, l’avenir bouché des jeunes,… pourraient-ils s’occuper de Politique alors que les partis, les syndicats, les associations, les administrations leur semblent si éloignés ?

La question sociale se pose avec une acuité nouvelle. Des mouvements portent avec détermination sur la scène publique des questions fondamentales de droit, de justice, de coopération, de solidarité. Pendant un temps, le débat a semblé être partitionné en deux espaces disjoints.

D’une part, une approche globale, portée par les altermondialistes, critique et conteste l’hégémonie de l’économie capitaliste, interpelle les États et les institutions internationales. Les mouvements qui animent ce renouveau politique ont diverses origines. Si les liens qui les unissent sont à l’échelle de la planète, leur révolte est nourrie par des luttes locales.

D’autre part, une énergie citoyenne locale qui s’immisce dans la gestion du territoire et dans les méandres de la décision publique locale. La décentralisation ayant rendu celle-ci plus visible, les décideurs semblent être " à portée de main ". De nombreuses sources de contestation se font jour, elles aussi d’origines et de sensibilités très diverses. Territoires ruraux et urbains développent des projets, organisent des lieux où l’aménagement du territoire comme le sens de l’action publique sont questionnés.

Certains souhaitent, d’autres redoutent le lien entre les deux mouvements.

Partout, en milieu rural comme dans les agglomérations, des usagers, des habitants s’affirment non plus en sujets mais en acteurs. La vie quotidienne fourmille d’événements à propos desquels les citoyens sentent plus ou moins confusément qu’ils recèlent des dysfonctionnements. Le consommateur voudrait comprendre plus précisément les ressorts de la grande distribution ; l’électeur s’y retrouver dans la répartition des compétences ; l’usager de l’administration connaître les fondements du droit auquel elle se réfère ; le salarié être en capacité d’agir sur le positionnement de son entreprise dans le système économique…

Quel sens donner aux valeurs, aux objectifs, aux pratiques d’éducation populaire dans ce contexte ? L’animation doit-elle être le bras séculier d’un pouvoir, ou l’outil de mobilisation de contre-pouvoirs ? La logique binaire ne convient pas. Les organisations associatives, syndicales, para administratives se pensent-elles comme un espace de médiation entre le politique et l’individu ?, entre l’économique et le social ?, entre les groupes d’appartenance ? La question n’est pas nouvelle dans le monde de l’animation. Même si les contextes changent, l’animateur est toujours amené à se poser la question de sa mission, de son rapport à la commande des institutions ou de sa hiérarchie, à la demande des personnes et des groupes ; aux méthodes aptes à créer de l’autonomie, de la citoyenneté ; aux fondements politiques, sociaux, éducatifs de cette mise en mouvement. Les contradictions institutionnelles ont de tout temps été au cœur de cette introspection nécessaire. Aujourd’hui comme hier, la fonction d’animation est le reflet des contradictions politiques qui l’environnent.

Nombreuses sont actuellement les organisations qui, au contact des territoires en mouvement, veulent infléchir la formation des animateurs, leur statut, les filières métiers. Les chantiers sont plus ou moins avancés par l’Union nationale des acteurs et structures du développement local (Unadel), dans les centres ressources politiques de la ville, dans plusieurs unités de formation et de recherche des universités ou dans quelques grandes associations employeur. Pourtant, rares sont les espaces et les temps réservés à un approfondissement des études, dans l’action, dans le service municipal, dans une équipe d’agents de développement ou parmi les salariés d’une association, qui soient au service de l’animateur et lui permettent de prendre un peu de recul sur ses pratiques et leurs fondements.

Le présent ouvrage se veut un guide d’accompagnement dans l’animation des projets menés par des collectivités locales, des associations ou des groupes de citoyens sur le territoire local, pour lesquels la participation de la population, d’une communauté d’appartenance plus ou moins large, d’un groupe social déterminé est requise en préalable ou imposée dans le cours du déroulement de l’action.

Il se situe au croisement de deux démarches : expliquer des notions, les distinguer les unes des autres pour éclairer et aider à la compréhension des mobiles de l’action ; accompagner l’action en proposant des temps de réflexion permettant aux acteurs de s’arrêter et de vérifier qu’ils partagent ou non les fondements philosophiques, politiques et sociaux du projet auquel ils participent.

Il est découpé en trois chapitres :
- le premier propose une réflexion sur le sens que revêt aujourd’hui la question de l’animation des projets participatifs.
- Le second invite à suivre les différents temps de la vie d’un groupe porteur de projet.
- Dans le troisième, ce sont les situations d’animation et les attitudes de l’animateur qui sont proposées comme éléments de méthode.

Mais, au vu de la multiplicité des approches, la diversité des contextes locaux, des liens entre les différents acteurs, quelques pages ne peuvent prétendre à l’exhaustivité des questionnements. Cela commande au lecteur de ne pas se satisfaire des premiers pas qui lui sont proposés ici et d’approfondir sa démarche avec ses interlocuteurs.

Les phases, les séquences que suit un projet ne sont jamais exactement les mêmes, dans un déroulement et une méthode qui se confondraient avec un calendrier. De même, la participation est un mouvement multiforme qui a fait dire à certains animateurs locaux qu’elle n’arrivait jamais là où on avait conçu de la convoquer !

Mis à jour : lundi 18 juillet 2011
La dynamo

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