Agir contre la précarité énergétique

La précarité énergétique toucherait 15% des ménages de la région PACA (soit 700 000 personnes). Face à l’urgence, des acteurs se mobilisent.

Un contexte qui s’aggrave

En France, on estime entre 4 et 5 millions le nombre de foyers en situation de précarité énergétique (en savoir plus sur la précarité énergétique). Le réseau RAPPEL propose de définir la précarité énergétique "comme la difficulté, voire l’incapacité à pouvoir chauffer correctement son logement, et ceci à un coût acceptable. Sous cette définition relativement simple, se cachent des réalités très différentes, liées à des causes multiples", précise le réseau d’acteurs précarité - énergie - logement.
Face aux coûts croissants des énergies (EDF annonce une hausse de 20% dans les cinq prochaines années), à la mauvaise isolation des logements qui en deviennent parfois insalubres et à la situation sociale qui empire pour bon nombre de nos concitoyens, on peut estimer que la précarité énergétique n’a pas fini de gagner du terrain. Appeler de nos vœux la transition énergétique, c’est aussi agir pour que les énergies soient mieux partagées car elles font partie de nos biens et besoins communs.

Fin mars, la première trêve hivernale pour les coupures d’énergie s’est arrêtée. Le médiateur de l’énergie a annoncé que 60 000 coupures nettes et 87 000 réduction de puissance avaient été réalisées dans la foulée par les fournisseurs d’énergie.

Le phénomène s’aggrave et face à cette situation, les travailleurs sociaux ne cessent de sonner l’alarme, voyant débarquer dans leurs bureaux des ménages désespérés, risquant l’expulsion, malades parce qu’ils ne peuvent plus assumer le coût exorbitant de leurs factures. Il y a urgence et pour répondre à cette épineuse question, de nombreux projets sont mis en œuvre un peu partout sur le territoire régional.

Agir sur les logements

Si la précarité énergétique est avant tout une question sociale, elle est aussi largement liée à l’état des logements. La première des causes est probablement la mauvaise isolation de nombreuses constructions qui engendre, en hiver, des déperditions de chaleur que l’on compense en chauffant plus. Et les factures augmentent tout au long de la saison pour atteindre des sommes qu’il devient très difficile de régler. Les impayés s’accumulent, et c’est ainsi qu’on s’endette pour passer l’hiver dans un confort tout relatif.

Pour agir sur les racines du mal, les Compagnons Bâtisseurs ont mis en place depuis plusieurs années l’Auto-Réhabilitation Accompagnée (ARA), une démarche destinée à des habitants en difficulté dans la résolution de leurs problèmes de logement, qu’ils soient locataires ou propriétaires. Les territoires d’interventions sont très divers : parcs publics et privés, centres anciens, copropriétés dégradées, logements diffus en milieu rural,.. Le principe est simple : réhabiliter soi-même son logement avec l’aide d’un encadrant technique, de bénévoles et de volontaires civiques. Généralement, les chantiers d’ARA s’inscrivent dans un projet territorial (quartier, commune, espace rural, ...). A l’échelle de ces territoires, les opérations mobilisent différents partenaires : Collectivités territoriales, Services de l’Etat, Caf, MSA, CCAS, Bailleurs, ANAH, Fondations... investis dans les politiques de l’habitat, de la cohésion sociale et de l’amélioration du cadre de vie. Au-delà de la réhabilitation de logements occupés par des familles ou individus isolés n’ayant ni les moyens, ni les connaissances techniques pour entreprendre une rénovation, l’ARA crée du lien et vient rompre l’isolement des personnes en situation de précarité. Il fait monter en compétences les ménages qui gagnent en confiance, retrouvent du pouvoir d’agir et diffusent bien souvent dans leur voisinage leur motivation et leurs conseils.

Avant toute intervention, les Compagnons Bâtisseurs réalisent un diagnostic sur la performance énergétique du logement. L’ARA est donc un moyen utile et concret de lutte contre la précarité énergétique puisqu’il permet aux ménages de retrouver un confort thermique en limitant les consommations. C’était d’ailleurs le thème des 4è rencontres nationales des Compagnons Bâtisseurs qui se sont tenues à Marseille en avril 2013 dont vous pouvez trouver les actes en cliquant ici. En 2012, les Compagnons Bâtisseurs avaient mené 45 actions territoriales en France et accompagné près de 1000 logements dans un programme d’auto-réhabilitation accompagnée. L’effort existe, il est loin d’être suffisant et, comme toujours, ce sont les moyens qui manquent bien que les résultats soient très encourageants. Car agir en profondeur sur la précarité énergétique passe obligatoirement par une réhabilitation du bâti. Quant aux changements de comportements pour rationaliser ses consommations énergétiques, c’est le travail d’autres structures qui, elles aussi, luttent contre la précarité énergétique en s’attaquant à ses causes profondes.

Agir au plus près des ménages

Nombreuses sont les associations menant des actions de lutte contre la précarité énergétique dans la région. Certaines d’entre elles ont décidé de se regrouper dans le réseau régional Énergie et Précarité, animé par le Geres et l’association Ecopolénergie, afin d’échanger entre acteurs et mutualiser les retours d’expérience.

Le 15 avril dernier, le Geres organisait une journée consacrée au retour d’expérience du dispositif Achieve qu’il porte à Marseille depuis 2012. L’objectif de ce programme consiste principalement à agir sur les comportements des ménages en situation de précarité énergétique par le biais de visites à domicile. Grâce à des partenariats avec des bailleurs sociaux, le Ccas de la ville de Marseille et des associations de quartier, plus de 500 visites ont été réalisées en 2 ans. Les ménages qui ont osé ouvrir leur porte ont bénéficié d’un diagnostic de leurs consommations avant de se voir prodiguer quelques conseils facilement applicables pour améliorer leur confort tout en réduisant leur débit énergétique. A l’occasion de ces visites, de petits équipements économes étaient également donnés (ampoules basse consommation, économiseur d’eau, programmateurs...).

L’utilité et les résultats objectifs qui ressortent de ce dispositif (une enquête a été commandée à une agence indépendante) sont évidents. Les témoignages recueillis le 15 avril dernier étaient édifiants. Côté bénéficiaires, tous ont salué le travail des chargés de visite dont l’implication est allée bien au-delà de leur mission. Tous ont réduit significativement leurs consommations et certains sont sortis de difficultés qui leur semblaient insurmontables avant de rencontrer Kheira Miloud, célèbre chargée de visite que vous pouvez apercevoir dans le film plus bas. Côté partenaires, les travailleurs sociaux, souvent démunis face à des situations sur lesquelles ils n’ont d’autres moyens d’agir que le déblocage d’aides d’urgence, ont relevé l’importance de se rendre au domicile pour diagnostiquer et accompagner les ménages. Karim Mederag, conseiller en économie sociale et familiale au Ccas de Marseille n’a cessé de répéter l’intérêt sonnant et trébuchant des visites mais surtout les effets produits sur la confiance des ménages qui, à travers ces visites, ont pu retrouver du pouvoir d’agir et une forme de citoyenneté. Un "cercle vertueux" selon l’expression de ce travailleur social. Des mots qui ont résonné puissamment dans la petite salle du centre social des hauts de Mazargues où se déroulait la journée de restitution.

Mais voilà qu’Achieve se retrouve sans moyens pour être pérennisé alors même que son bilan est largement positif. Il en est ainsi de la plupart des dispositifs de lutte contre la précarité énergétique... toujours soumis à la précarité des financements publics !

Plus d’infos :
Geres
2 cours Foch, 13400 Aubagne, France
04 42 18 55 88
http://www.geres.eu/fr/http://www.geres.eu/fr/

A Gardanne, l’association Ecopolénergie travaille également sur ces questions en partenariat avec des bailleurs sociaux, des collectivités, des fondations. Si son champ d’intervention est large, elle est une des rares associations à proposer des formations destinées aux travailleurs sociaux pour qu’ils puissent appréhender au mieux les situations de précarité énergétique.

Plus d’infos :
Ecopolénergie
Quartier Pesquier, maison le Pesquier RD58 - 13120 GARDANNE
http://www.ecopolenergie.com

Dans le nord Vaucluse, le Ceder (Centre pour l’Environnement et le Développement des Énergies Renouvelables) a mène un dispositif de lutte contre la précarité énergétique financé par le Conseil Général du Vaucluse et le conseil Régional depuis 2009. La demande a émergé du terrain, venant des travailleurs sociaux, débordés et mal armés face aux factures énergétiques des bénéficiaires qui souhaitaient les orienter vers des professionnels de la question. Permanences, ateliers de sensibilisation et visites à domicile constituent les trois volets de l’action. En 2014, le programme a été renouvelé avec l’ouverture d’un poste d’éco-diagnostiqueur depuis le mois de janvier. Un poste financé par la région PACA, la fondation MACIF et l’ARS qui souhaitent renforcer la professionnalisation des structures œuvrant contre la précarité énergétique sur les territoires. En 2010 et 2011, un premier bilan avait permis de constater que chaque euro investi dans ce programme générait 16 centimes d’économie par an pour les ménages. Une fois ces économies réalisées, elles se répercutent chaque années, ne subissent pas la hausse des tarifs de l’énergie et, une fois les gestes compris, les familles peuvent mieux comprendre ce qu’elles consomment chez elles et ainsi faire d’autres économies. Le calcul est rapide pour constater que le programme est vite "rentable" pour la collectivité.
Un argument qui devrait être diffusé plus largement tant les institutions manifestent de la frilosité quand il s’agit de précarité énergétique.

Plus d’infos :
Ceder
Avenue Gabriel Péri - 84110 Vaison La Romaine
04 90 36 39 16
ceder@ceder-provence.org
http://www.ceder-provence.fr

Mis à jour : vendredi 13 juin 2014
La dynamo

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