Avril 2014

2L déploie l’arme du vrac

2L, pour Léger et Local, est une association née en 2010 à Marseille de la volonté de Nathalie Boudé. Son objet : œuvrer pour une réduction des déchets à la source, en amont du tri.

Tout part de la réflexion d’une mère de famille charriant chaque semaine des sacs entiers de verres, bocaux et autres cartons d’emballage dans sa voiture pour se rendre au conteneur de tri le plus proche. Ce geste, que beaucoup d’entre nous intègrent comme une contrainte normale de l’éco-citoyenneté, Nathalie Boudé n’en voulait plus. Pour elle, changer véritablement nos pratiques, ce n’est pas accepter le fardeau de déplacements encombrants. En tous cas, ce n’est pas suffisant : les emballages continuent d’être produits en quantité et la part recyclée reste infime. Il fallait agir autrement.

DÉFINITION :
Le vrac (du néerlandais wrac : mal salé, mauvais) désigne des marchandises qui ne sont pas emballées ou arrimées.

En 2010, après avoir nourri une longue réflexion sur le sujet, Nathalie Boudé crée 2L avec la volonté de proposer des solutions pratiques pour réduire les déchets à la source. Le vrac s’impose comme une solution évidente mais la perspective de tenir un commerce ne l’emballe pas vraiment. Son premier réflexe : trouver une solution côté consommateur. Elle travaille alors avec un écodesigner sur un modèle de sac à compartiments permettant de répartir ses achats de vrac. Un sac qui peut indifféremment être porté sur le dos ou sur un chariot. L’idée est belle, le sac est une réussite mais elle ne parvient pas à le commercialiser.

Pour renforcer un modèle qui se cherche encore, elle intègre ensuite le starter d’Intermade et dote 2L d’une offre innovante qu’elle formule après la diffusion d’enquêtes auprès de consommateurs, producteurs et distributeurs. Premier constat qui peut surprendre : les consommateurs semblent plus prêts que les professionnels à passer au vrac. Les quelques producteurs qui ont osé répondre à l’enquête s’interrogent sur la réglementation quand les distributeurs y voient un travail supplémentaire et la crainte de comportements maladroits des consommateurs. Ces réponses ne découragent pas pour autant Nathalie qui bâtit l’offre de 2L grâce à un financement européen qu’elle met à profit dans une recherche-action avec Biosens (fabriquant de cosmétiques et produits d’entretien biologiques à Marseille) et un producteur de miel (car, oui, le miel en vrac, c’est possible, tout aussi bon et bien moins cher).

De recherche-action...

Elle travaille alors sur la réglementation, les techniques possibles et les aspects commerciaux et marketing qui doivent accompagner le passage au vrac. Avec du recul, Nathalie avoue s’être "laissée embarquer dans le montage de solutions techniques". Elle crée, avec l’aide de designers, des meubles pour distribuer des savons liquides et shampoings qui sont testés dans des Biocoop. Bien que les résultats soient positifs, les boutiques finissent par s’en séparer. Biosens n’investit pas après la recherche-action. Quant au distributeur de miel, il trouve un temps refuge dans l’épicerie paysanne de la rue Léon Bourgeaois avant de déménager dans l’épicerie Adèle, sa petite cousine du boulevard Chave à Marseille. Mais au moment où nous écrivons l’article, le distributeur hiberne, car le miel fige ce qui l’oblige à passer l’hiver à vide.

en coups durs...

En 2012, Nathalie prospecte, démarche, cherche des débouchés. L’accueil est toujours enthousiaste mais les contrats ne viennent pas. On lui conseille de changer de statut, de créer une société pour faire face aux réticences qui seraient soi-disant liées à la forme associative. Elle fait également le dur constat que son travail est purement pillé. Peu méfiante, elle présente ses solutions, envoie des photos des meubles et les clients potentiels préfèrent les copier avec l’aide de leurs partenaires historiques plutôt que de faire appel à 2L. C’est un coup dur, d’autant que du côté institutionnel, elle n’a aucun retour des projets déposés à la mairie de Marseille et à la communauté urbaine. Elle leur propose des plans de réduction des déchets sur les marchés mais les politiques font la sourde oreille, semblant préférer le passage des bennes et des nettoyeurs haute pression aux solutions innovantes de 2L.

Malgré ces obstacles, 2L continue de recevoir un accueil favorable d’autres structures, de partenaires. Pour autant, Nathalie ressent le besoin de faire une pause et se consacre à autre chose en 2013. Elle vient en soutien d’Adèle, l’épicerie paysanne du boulevard Chave pendant 6 mois. Le temps de prendre du recul, de recentrer le projet et retrouver la volonté des débuts.

Vers un nouveau printemps

Puis Divers’étik la sollicite au début 2014 pour chercher des solutions de vrac à sa large gamme de produits jusqu’ici conditionnés.

Témoignage :
DIVERS’ ETIK est une association de commerce équitable qui importe et distribue, en région PACA, les produits de petites organisations paysannes et artisanales majoritairement implantées dans l’anti- Atlas marocain. Les produits alimentaires et cosmétiques sont entièrement produits localement et issus de l’agriculture biologique, pour permettre aux producteurs/ices le meilleur retour possible sur la valeur ajoutée de leurs produits.
L’association privilégie des modes de distribution groupés, ou en gros, ce qui lui permet de diminuer ses marges, au bénéfice du consommateur final. Actuellement, le packaging de ses produits se limite au strict nécessaire et se constitue principalement de matériaux réutilisables ou recyclables.
Pour aller le plus loin possible dans sa démarche, elle a fait appel, en 2013, à 2L, opérateur local, seul en capacité de répondre à ses attentes, pour étudier des solutions possibles de vrac sec et liquide.

« Nous souhaitions donner une plus grande une liberté de choix au consommateur en fonction de ses revenus, de ses engagements, de ses besoins tout en nous inscrivant dans une véritable logique de réduction des déchets à la source.
L’étude, financée par le FSE et la région PACA dans le cadre du dispositif Micro-projets nous a permis de mieux maîtriser les aspects règlementaires liés à l’importation et à la vente en vrac de produits alimentaires et cosmétiques bio ; elle confirme la pertinence de développer une telle offre, dans un contexte de crise économique et de prises de consciences environnementales. Aujourd’hui, nous abordons la partie logistique de l’étude ; parmi les enjeux : identifier des solutions plus adaptées aux produits liquides après avoir consulté les distributeurs sur leurs contraintes et les pistes d’amélioration sur l’existant. 
Nous aimerions ouvrir notre premier point de vente en vrac d’ici 2015. Nous remercions aussi, au passage B.A.balex, pour son efficacité sur le volet réglementaire de l’étude.
 »


Contact DIVERS’ETIK :
Bérengère MICHELOT,
Coordinatrice
06 64 52 08 84
diversetik@gmail.com
diversetik.blog4ever.com

Et comme les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules, 2L vient de recevoir deux nouvelles demandes de prestation pour des boutiques à Paris et à Anvers (Belgique).

Face à ce nouveau printemps qui s’annonce, l’association imagine à nouveau monter une boutique exemplaire en matière de vrac et de consignes. 2L n’a pas fini d’innover pour alléger nos bennes...

Quelques chiffres sur l’emballage (source wikipedia) :
Les emballages représentent 50 % en volume et 30 % en poids des déchets ménagers.
Pour un gisement annuel d’emballages de 12,3 millions de tonnes (Adème 2002) pour la France :

  • 1. Papier et carton 4,2 millions de tonnes ;
  • 2. Verre 3,4 millions de tonnes ;
  • 3. Bois 2,1 millions de tonnes ;
  • 4. Plastique 1,9 millions de tonnes ;
  • 5. Métaux 0,73 million de tonnes.

En France, l’emballage est le 8è secteur industriel (SESSI 2004), autant que l’aéronautique.
L’agroalimentaire absorbe 65 % des emballages plastiques (réciproquement, 50 % des aliments sont emballés dans du plastique).
Viennent ensuite :

  • les produits d’entretien 13 % ;
  • hygiène, santé, beauté 12 % ;
  • l’industrie et le transport 10 %.

Plus d’infos :
2L Léger&Local
16, avenue des Chartreux, 13004 Marseille
contact@legerlocal.org
http://legerlocal.org
04 91 62 52 86
06 21 97 18 38

Mis à jour : vendredi 4 avril 2014
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